Dommages

Tremblement de terre pour Los Angeles

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 8 septembre 2006 - 825 mots

Le Centre Pompidou s’explique face à la polémique sur la destruction d’œuvres
lors de l’exposition « Los Angeles 1955-1985 ».

 PARIS - Avec 300 000 visiteurs, l’exposition « Los Angeles 1955-1985, naissance d’une capitale artistique » au Centre Pompidou (8 mars-17 juillet), à Paris, a été un succès à la fois critique et populaire. Cette réussite a toutefois été entachée le 3 août lorsque le quotidien américain The Los Angeles Times a révélé la destruction de deux œuvres prêtées pour l’occasion.
Une colonne en résine de Peter Alexander, envoyée par la galerie Franklin Parrasch (New York), s’est effondrée le 2 mars, six jours avant l’inauguration. Les équipes techniques de Beaubourg s’étaient inquiétées auprès de la galerie et de l’artiste du mode de fixation, limité à un simple clou. « Au moment de l’accrocher, nous nous sommes rendu compte que la pièce dans laquelle le clou devait entrer présentait du jeu, nous a expliqué Bruno Racine, président du Centre Pompidou. Notre restauratrice a passé une colle pour la fixer. Il semble qu’il y ait eu un malentendu entre la restauratrice et l’accrocheur sur la durée du temps de séchage. » Informée par téléphone, la galerie a mandé une autre pièce et a été dédommagée à l’aide d’un chèque de 28 000 dollars (21 870 euros).
Plus mystérieuse semble la chute le 15 juillet d’une peinture sur Plexiglas de Craig Kauffman prêtée par le Los Angeles County Museum of Art (Lacma). L’œuvre est tombée alors qu’un gardien et quatre autres personnes se trouvaient dans la salle, à bonne distance de la pièce. Cet accident est d’autant plus inexplicable que Lynn Zelevansky, conservatrice au Lacma, indiquait au Los Angeles Times que l’œuvre avait résisté à plusieurs tremblements de terre. « Soit elle n’avait pas été accrochée aussi bien qu’on l’avait cru, soit elle a été déséquilibrée en cours d’exposition », poursuit Bruno Racine. Le dédommagement, à hauteur de 60 000 dollars, destiné au Lacma, est en cours. Dernier incident enfin, une peinture de Robert Irwin, prêtée par la Broad Art Foundation (Santa Monica, Californie), a été déplacée dans un espace plus protégé, après avoir subi une légère marque aussitôt restaurée.

Un accrochage normalisé
Alors que ces révélations ont fait l’effet d’une bombe, le quotidien californien a publié le 7 août un second article plus explosif encore. Plusieurs conservateurs, artistes et collectionneurs y fustigeaient les négligences supposées chroniques du Centre Pompidou. Même un ancien directeur du Getty Museum, John Walsh, y est allé de son couplet alors que ce musée n’a jamais connu de contentieux avec Beaubourg ! Peter Alexander a pour sa part déclaré : « Je ne sais pas s’il s’agit d’arrogance ou de passivité, mais je n’ai jamais traité avec aucune personne ou institution qui travaille de cette façon ! » Une diatribe tempérée par Larry Bell. Cet artiste également à l’affiche de « Los Angeles » a témoigné de sa confiance vis-à-vis de Beaubourg. La virulence d’une vindicte teintée de mauvaise foi laisse quelque peu perplexe. Peut-elle être attribuée à l’activisme de la Georges Pompidou Art and Culture Foundation, basée à Los Angeles, laquelle lève des fonds à la barbe des institutions locales ?
Beaubourg a certes connu d’autres épisodes fâcheux par le passé. Au milieu des années 1990, une monumentale Nana de Niki de Saint Phalle s’était volatilisée de ses réserves. Cette disparition encore
inexpliquée a tellement irrité l’artiste qu’elle a préféré offrir ses œuvres au Musée de Hanovre plutôt qu’au Musée national d’art moderne. En janvier dernier, lors de l’exposition « Dada », l’artiste Pierre Pinoncelli a fracassé l’urinoir de Duchamp. Ces mésaventures n’ont pas pour autant changé la politique de prêt des musées américains envers leur homologue parisien. Le MOCA [Museum of Contemporary Art] de Los Angeles envoie ainsi dix pièces pour l’exposition « Rauschenberg » qui doit ouvrir le 11 octobre. Selon les prévisions, en 2006, le Centre Pompidou aura emprunté 3 371 œuvres, dont 17,23 % venant des États-Unis. Robert Graham, assureur chez Black Green Wall (1), affirme pour sa part que l’institution parisienne compte parmi ses meilleurs clients. Son taux de sinistre sur 100 emprunts effectués serait de 0,4 % dont 0,2 % est lié à des accidents, souvent minimes, au sein du musée. En revanche, le taux de sinistre pour les œuvres prêtées par le musée s’élève à 0,7 % (2). Voilà trois ans, Beaubourg avait essuyé sept dommages, dont un irréversible, après avoir prêté plusieurs œuvres pour une exposition.
Aucun musée n’est à l’abri d’erreurs humaines ou de malchance, encore moins de dégâts lors des transports, cas le plus fréquent selon Robert Graham. Cette fatalité ne doit pas pour autant exempter Beaubourg d’une plus grande vigilance. Bruno Racine compte pour cela instaurer une certification de qualité qui s’appliquerait à toute la chaîne de l’accrochage, sur le modèle de celle homologuée ISO 9001 pour sa régie d’œuvres.

(1) Prestataire notamment pour la Tate et la National Gallery de Londres.
(2) Ces chiffres concernent les années 2003, 2004, 2005.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°242 du 8 septembre 2006, avec le titre suivant : Tremblement de terre pour Los Angeles

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