Tenace Turquie

Elle récupère 1600 monnaies pillées

Le Journal des Arts

Le 29 juillet 2008

La Turquie a une fois de plus apporté la preuve de sa pugnacité dans la récupération de ses trésors pillés, en obtenant le retour de 1 661 monnaies anciennes provenant de fouille illicites effectuées en 1984 dans le sud de l’Anatolie. William I. Koch, l’homme d’affaires américain acquéreur des pièces incriminées, a annoncé son intention de les restituer à leur pays d’origine.

WASHINGTON - La résolution, survenue à la veille d’un procès, met un terme à la bataille juridique entamée il y a dix ans. Le ministre turc de la Culture, Istemihan Talay, a félicité le propriétaire américain pour son attitude. Toutefois, il a affirmé que certaines pièces des fouilles réalisées illégalement près d’Elmali en 1984, plus connues sous le nom de “trésor d’Elmali” ou “trésor du siècle”, n’ont toujours pas été retrouvées. Ceux qui en possèdent encore, a-t-il continué, ne doivent pas se leurrer sur les intentions de la Turquie : si elles ne sont pas restituées de plein gré, son pays poursuivra ses efforts incessants à travers le monde pour les retrouver, ainsi que toutes les autres antiquités dérobées en Turquie. En vertu de la loi turque, l’État revendique le droit de posséder tous les objets culturels découverts après 1906. Parmi les pièces grecques et lyciennes en argent de la cache d’Elmali remontant au Ve siècle avant J.-C., se trouvaient treize décadrachmes athéniens, des monnaies extrêmement rares et précieuses dont on connaissait seulement treize autres exemplaires avant 1984. M. Koch a acheté les pièces avec d’autres investisseurs auprès de marchands de Munich, alors “connus pour leurs trafics illicites d’antiquités”, rapportent les documents du tribunal. L’un de ces trafiquants, Edip Telli, s’est échappé en 1988 de la prison italienne où il était détenu et court toujours. Lawrence W. Kaye, l’un des avocats de la Turquie dans cette affaire, a qualifié cette restitution “de nouvel exemple éclatant du succès de la Turquie dans sa guerre contre le trafic international d’antiquités pillées”. C’est grâce à lui, également, que le Metropolitan Museum of Art de New York a restitué la Lydian Horde, un ensemble exceptionnel de vases antiques, de sphinx et de peintures murales pillés en Turquie en 1966.

Les choses se présentaient mal pour Koch et ses associés. En soutenant que les monnaies n’étaient pas celles que la Turquie réclamait mais qu’elles venaient d’un autre lieu, ils ont implicitement reconnu leur origine turque, offrant ainsi des armes aux avocats de la Turquie. Par ailleurs, les efforts déployés par le pays pour récupérer ses biens culturels ont été couronnés par la restitution de huit statues antiques trouvées dans une épave au large de l’Angleterre, d’une tête de femme en marbre rendue par l’Autriche en 1997 et, la même année, d’un sceau ottoman conservé à New York. Dans cette même ville, une procédure civile de saisie a été engagée l’an dernier pour récupérer un panneau en bois du XIIIe siècle provenant de la salle de prière du sultan dans la mosquée d’Ulu à Divrigi, expédié à Manhattan par le marchand d’art londonien Oliver Hoare en 1998, à l’occasion d’une foire. Parmi les autres objets recherchés par la Turquie figurent les pages du Coran volées dans une bibliothèque d’Istanbul, et la partie supérieure d’une statue d’Héraclès détenue conjointement par les collectionneurs new-yorkais Leon Levy et Shelby White et le Musée des beaux-arts de Boston, qui aurait été découverte en 1980 près de Perga.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°81 du 16 avril 1999, avec le titre suivant : Tenace Turquie

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