Mardi 18 décembre 2018

Tefaf, 26e !

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 1379 mots

Malgré quelques petites faiblesses assumées, la nouvelle session de la foire de Maastricht présente, sur le papier, une offre pléthorique et de qualité, d’œuvres d’art.

Tefaf ouvre ses portes à Maastricht (Pays-Bas) le 14 mars, jour du vernissage, pour sa 26e édition. Au fil des années, elle s’est imposée comme l’une des plus prestigieuses foires d’art et d’antiquités au monde avec un nombre record de 265 exposants dans près de trente spécialités, se définissant elle-même comme « la plus grande ». À quoi tient la réputation de Tefaf ? « À ce que nous veillons au maintien de l’excellence, en sélectionnant nos exposants et en restant vigilant sur la qualité des œuvres présentées qui sont préalablement examinées par notre vetting », répond le marchand londonien Ben Janssens, président de Tefaf. Quoique considéré comme irréprochable dans son ensemble, le vetting (comité d’experts) est loin d’être idéal dans tous les domaines (voir encadré ci-dessous sur l’art tribal). Il doit vérifier le florilège d’œuvres d’art qui attirent annuellement à Maastricht collectionneurs et conservateurs du monde entier. Parmi les pépites de la saison 2013, on relève une statue tibétaine à onze têtes de 1,2 mètre de hauteur, en bronze avec des incrustations d’argent et de cuivre, sertie de pierres semi-précieuses, représentant la divinité bouddhique Avalokitèshvara et datant du tout début du XVe siècle, proposée par la galerie londonienne Rossi & Rossi (de retour après 17 ans d’absence) à un prix avoisinant les 6 millions d’euros ; ainsi qu’une monumentale Mappa (1989-1994) d’Alighiero Boetti, de près de 6 mètres de long et 2,5 mètres de hauteur, présentée par la galerie parisienne Tornabuoni à un prix non communiqué, mais qui se chiffre en millions d’euros.

Focus sur les arts islamiques
Cette année, la douzaine de défections de marchands a poussé les organisateurs à compléter certains secteurs. Le recrutement de deux exposants spécialisés dans les arts islamiques, les galeries Kevorkian (Paris) et Amir Mohtashemi (Londres), comble un manque évident à la foire, à l’heure où ce domaine est hypermédiatisé par la réouverture fin 2011 des salles consacrées aux « Terres arabes » au Metropolitan museum de New York, et par la création en 2012 du département des Arts de l’Islam au musée parisien du Louvre. Cette spécialité constitue une forte attraction de la foire cette année. Corinne Kevorkian offre des chefs-d’œuvre de la miniature persane et indienne moghole, peints à la gouache et à l’or ; de beaux exemplaires de céramiques seldjoukides du XIIe-XIIIe siècle à décor figuratif (dont une coupe aux lions et aux léopards), rayonnant ou épigraphique ; des céramiques samanides du Xe siècle à décor géométrique ou stylisé, ainsi qu’un beau groupe de carreaux d’Iznik du XVIe siècle. Avec une prédilection pour l’art islamique après 1500, Amir Mohtashemi propose des carreaux safavides du XVIIe siècle, illustrant des personnages ; un précieux coffret indien du Goujarat de la fin XVIe-début XVIIe siècle, en laque noire incrusté de nacre à riche et fin décor de figures, animaux, d’architectures et d’arabesques ; ou encore un aquamanile du Deccan (Inde), en bronze, en forme de canard et datant du XVIIe-XVIIIe siècle.

Nouveaux venus parmi les arts appliqués

Spécialisée en céramique contemporaine, la galerie tokyoïte Yufuku a par ailleurs été conviée pour la première fois, afin d’étoffer les arts appliqués, assez peu montrés à Tefaf. « Nous voudrions aussi faire entrer l’art coréen et les instruments de musique à Maastricht », ajoute Ben Janssens. Les organisateurs souhaitent autant consolider leurs positions arrière avec un panorama complet de l’art ancien que s’ancrer dans l’art moderne et contemporain. Or les galeries d’art d’après-guerre et contemporain sont plus difficiles à fidéliser, dans un contexte ultra-concurrentiel de salons d’art des XXe et XXIe siècle dépassant rarement cinq jours d’exposition. Le rythme de Tefaf (10 jours d’exposition) ne leur semble pas adapté à leur activité dont l’essentiel des ventes se conclut dans les tout premiers jours, contrairement aux autres spécialités qui travaillent avec régularité dans la durée. Pour cette raison, le galeriste Anthony Meier de San Francisco a lancé son clap de fin cette année.

TEFAF

Nombre d’exposants : 265
Nombre de pays représentés : 20
Nombre de spécialités représentées : 29
Nombre de sections : 9
Nombre d’objets exposés : plus de 30 000
Nombre d’experts du vetting : 175
Nombre de visiteurs en 2012 : 72 000 (dont plus de 30 000 venus hors des Pays-Bas)

TEFAF (THE EUROPEAN FINE ART FAIR) 26e édition,

du 15 au 24 mars au MECC (Maastricht Exhibition and Congress Centre), tlj 11h-19h, le 24 mars 11h-18h, Forum 100, Maastricht, Pays-Bas, www.tefaf.com

L’art tribal dans tous ses états

À Tefaf, l’art tribal représente une toute petite communauté de marchands, loin d’égaler l’importance de celle de la Brafa (Brussels Antiques & Fine Arts Fair) ou même celle de la Biennale des Antiquaires en 2012. L’offre y est néanmoins assez complète. Depuis seize ans, l’antiquaire parisien Anthony Meyer y présente le meilleur de l’art océanien dont, cette année, une massue U’U des îles Marquises (Polynésie) datant du XVIIIe ou du XIXe siècle, à la fois arme de combat et objet de prestige sculptée d’une tête de Janus, et un pilon royal (penu) polynésien en basalte d’une exceptionnelle qualité et ancienneté, orné à chaque extrémité de la barre en « T ». Depuis un an, il dédie aussi une partie de son stand à l’art esquimau archaïque. L’un des ses trésors dans ce domaine est une rare amulette de chamane (iinruq) représentant un demi-personnage orné de tatouages. Après six ans d’absence (suite au départ du galeriste bruxellois Émile Deletaille et du Parisien Santo Micali de la galerie Mermoz), les arts précolombiens font un retour à Tefaf grâce à l’arrivée de la galerie 1492. Remarqué en 2010 dans la section Showcase (section dédiée aux jeunes marchands), son fondateur Yannick Durand intègre la prestigieuse foire où il a à cœur de montrer un rare et beau masque mexicain Teotihuacan en pierre « dont l’équivalent ne se trouve plus que dans des musées » ; un très bel exemple de statue en céramique dite « souriante », typique de l’art du Vera Cruz au Mexique, et des œuvres des peuples Maya, Olmèque, Chavin et Mochica.

La galerie Entwistle (Londres, Paris) montre parfois à Tefaf quelques pièces océaniennes et précolombiennes. L’an dernier, elle avait vendu pour 1,75 million d’euros un masque en jade d’homme-hibou olmèque du Guatemala. La galerie reste cependant un des meilleurs représentants de l’art africain. Une figure de reliquaire Kota mbulu ngulu du Gabon datant du XIXe siècle et une tête Akan mma en terre cuite du Ghana remontant au XVIIIe siècle sont à l’honneur sur son stand. Participant de longue date à Tefaf, le Belge Bernard De Grunne est un pur africaniste. Sa sélection d’objets échappe aux membres africanistes du vetting (comité d’experts), selon le milieu de l’art tribal. En 2012, ils ont laissé en place chez De Grunne un important masque Songye du Congo soi-disant ancien, et pourtant faux. Le masque avait été acheté pour quelques milliers d’euros par un marchand belge (Monsieur D.) peu de temps après sa sortie d’Afrique, avant sa revente à Bernard De Grunne qui n’y a vu que du feu. Annoncée tambour battant, la vente de ce masque (autour de 450 000 euros) à un collectionneur de la foire a créé un scandale, un test scientifique ayant par la suite confirmé les soupçons de faux. « Ce masque s’est avéré être une copie moderne redoutable. Tout le monde, moi-même et le vetting, avons été trompés sur cet objet. Je fais Tefaf depuis 2000 et c’est la première fois qu’une telle erreur s’est produite », rapporte Bernard de Grunne. De très bons marchands d’art africain ont été invités à Showcase depuis son ouverture, il y a six ans : le Bruxellois Didier Claes en 2008, Dierk Dierking de Cologne (Allemagne) en 2010 et le Parisien Lucas Ratton cette année. Ce dernier présente une belle sélection de sculptures Luba du Congo et Kéaka du Nigéria, datant du XIXe siècle. Mais pour renforcer et développer durablement l’art africain à Tefaf, les organisateurs devront prendre des mesures plus strictes en matière de vetting.

Légende photo

Avalokiteshvara aux onze têtes, Tibet, vers 1400, bronze, incrustations d’argent et de cuivre, pierres semi-précieuses, 120,7 x 39,8 x 25 cm. Courtesy Rossi & Rossi, Londres.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Tefaf, 26e !

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