Jeudi 19 septembre 2019

Spécial Fiac 2010 - La Fiac en position d’avant-garde

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 28 septembre 2010 - 1901 mots

En théorie, la géographie de la foire indique le degré de contemporanéité des œuvres et des exposants : au Grand Palais les galeries modernes et classiques, à la Cour Carrée l’art plus actuel, et au sein de la Cour Carrée le secteur plus prospectif des Galeries Lafayette. En théorie seulement car, à l’image d’une Camille Henrot chez Kamel Mennour ou du stand conceptuel de Jocelyn Wolf (toutes deux au Grand Palais), les galeries panachent valeurs sûres et jeunes pousses. Les artistes en compétition pour les prix bénéficiant évidemment du renfort de leur galerie.

Chez Valentin (Paris)
Cour Carrée - Un mur de cuivre signé Laurent Grasso accompagné de gravures au sujet déréalisé, des sculptures issues du moulage de tuyaux industriels en PVC réalisées par Étienne Bossut, les peintures d’Anne Neukamp dont les différentes couches accumulent les motifs, les volumes de George Henry Longly qui jouent de l’espace et de la lumière ambiants… La plupart des œuvres que présente la galerie Chez Valentin sont à tendance abstraite. Elles relèvent toutes d’un même questionnement qui vise à la remise en question de nos habitudes perceptives.

Baronian-Francey (Bruxelles)
Grand Palais - Fidèle à la Fiac depuis de nombreuses années, la galerie que dirigent Albert Baronian et Edmond Francey présente un panel très éclectique de leur team, peintures, sculptures, photos et vidéos heureusement réunies. Aux sculptures construites de Xavier Mary, aux installations vidéo de Marie José Burki font écho tant les mini-peintures de Robert Devriendt que les imposantes compositions colorées de Gilbert & George. Lumineuses et aériennes, les nouvelles peintures d’Alain Séchas contribuent à irradier le stand d’un jour perpétuellement neuf.

Claudine Papillon (Paris)
Grand Palais - Sur le mode de l’environnement , la galerie Claudine Papillon a invité l’artiste irlandais Michael Craig Martin à structurer l’espace de son stand en différents petits espaces colorés. Fruit d’un savant mélange entre Pop Art, minimalisme et art conceptuel, son œuvre qui en appelle aux objets tente d’exploiter au maximum la richesse qu’ils peuvent contenir. Ainsi transformé, le stand de la galerie Papillon accueille outre quelques pièces de l’artiste les travaux, entre autres, de Didier Trenet, de Gaëlle Chotard et de Françoise Vergier.

Frédéric Giroux (Paris), Esther Schipper (Berlin) et Mai 36 (Zurich)
Grand Palais - La tendance s’est amorcée l’an dernier lorsque des galeries françaises se sont associées à leurs homologues étrangères, notamment Kamel Mennour avec Johann König et Jan Mot. Rien de moins. Cette année, le triumvirat qu’il faudra suivre est celui de la zurichoise Mai 36, de la berlinoise Esther Schipper et du parisien Frédéric Giroux. Tous au service d’une seule cause : le collectif canadien historique General Idea. Trois galeries, trois œuvres, l’équation est simple. Avant une rétrospective au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, c’est l’histoire qui s’invite sous la verrière du Grand Palais. Club Canasta, FILE’s Filathon Telephone Canasta Party tire les documents qui la constituent d’une performance de 1972. Mondo Cane Kama Sutra 9 figures #1 est une toile de plus de 5 mètres réalisée en 1983 dans le cadre du projet Miss General Idea. Et enfin, One Month of AZT (1991) traite du sida qui, en 1994, décima le groupe dont il ne reste plus aujourd’hui qu’un membre, AA Bronson.

Galerie Loevenbruck (Paris)
Cour Carrée - Habituellement la galerie frappe par ses accrochages délirants – l’architecte Édouard François avait métamorphosé les lieux en 2009. Cette année encore, le stand est le plus vaste de la Cour Carrée et chargé d’œuvres annoncées « énormes » des Français dans le vent (Bruno Peinado, Giraud et Siboni, Dewar et Gicquel) mixés à des artistes historiques nouvellement arrivés dans l’écurie. Jean Dupuy, transfuge de la galerie Semiose, et la Polonaise Alina Szapocznikow (1926-1973) comptent parmi ceux-là. L’histoire d’un nouveau tournant pour l’équipe d’Hervé Loevenbruck.

Johann König (Berlin)
Grand Palais - L’an dernier, l’ambassadrice berlinoise s’était alliée à Kamel Mennour et Jan Mot, et avant cela, n’avait pas vraiment convaincu à la Cour Carrée. Installée désormais au Grand Palais, la galerie se la joue cabinet de curiosités et affiche pas moins de treize artistes avec en ligne de mire des pépites comme Jeppe Hein, Michael Sailstorfer, Micol Assael ou Tue Greenfort. Et beaucoup de petits objets, des dessins et des photographies, concentrés sur 22 m2 pour un effet chasse au trésor presque assuré !

Eva Presenhuber (Zurich)
Grand Palais - Stratégiquement, la maison zurichoise fait écho à la présence récente de Valentin Carron au Palais de Tokyo et présente certains de ses shaped-canvas. Et, alors que la nouvelle est à peine officielle, elle dévoile des œuvres de l’éclectique Stephen Shearer choisi pour représenter le Canada à la prochaine Biennale de Venise. La course est déjà lancée ! Enfin, Karen Kilimnik, l’une des grosses pointures internationales de la galerie, figure également en bonne place au Grand Palais. Du lourd et du pointu, comme à son habitude.

Kamel Mennour (Paris)
Grand Palais - François, Yona, Daniel, Anish, Claude et les autres… Ils ne seront pas moins de plus d’une douzaine sur le stand de la galerie Kamel Mennour. Si Morellet, Friedman, Buren, Kapoor et Lévêque en composent la première ligne avec Kawamata et Michel François, c’est une exposition de groupe très éclectique qu’on y découvre, forte de la présence de jeunes artistes émergents comme Camille Henrot, nominée au prix Marcel Duchamp, Lili Reynaud-Dewar et Latifa Echakhch. Des artistes qui font volontiers la part belle au signe et à l’architecture.

Nelson-Freeman (Paris)
Grand Palais - Anne-Marie Schneider est présente dans la Cour Carrée pour le prix Duchamp. La galerie franco-américaine ne pouvait faire l’impasse sur le travail de l’artiste et présente ses dessins. Mais elle a choisi de ne pas tout axer sur cet objectif et montre aussi les travaux de David Adamo, Mel Bochner, Éric Poitevin, Robert Filliou et, surtout, Rachel Whiteread, à l’honneur dans les murs de la galerie au même moment mais aussi sur ceux de la Tate qui expose son œuvre graphique. L’an dernier, elle avait été montrée à la Fiac par la galerie Luhring Augustine.

Baumet Sultana (Paris)
Secteur Lafayette - Depuis cet été, la galerie Baumet Sultana n’est plus qu’une. Elle a aussi déménagé rue des Arquebusiers à Paris. Et, nouveauté supplémentaire, elle participe à la Fiac. Qui plus est avec une nouvelle venue dans l’écurie de la galerie : Bettina Samson. Repérée lors du prix Ricard 2006, la demoiselle cultive un art tout en retenue, c’est pourquoi il n’y aura qu’une œuvre ; une réplique de cabine téléphonique du désert de Mojave à la célébrité insensée, autant qu’une activité intempestive, à déceler sur le stand de 25 m2.

Poggi & Bertoux Associés (Paris)
Cour Carrée - Pour sa première participation à la Fiac et dans sa tout juste deuxième année de fonctionnement, la galerie Poggi & Bertoux Associés qui s’est très vite fait remarquer par la rigueur et la qualité de sa programmation présente les travaux du Hollandais Kees Visser et du Français Bertrand Lamarche. Réunis autour de la notion de « cristallisation », ces deux artistes partagent à l’œuvre une même exigence : le premier au regard d’une réflexion sur l’abstraction et la monochromie, le second sur les questions d’échelle et de modélisation.

Semiose (Paris)
Cour Carrée - La discrète galerie du XXe arrondissement a fait le pari d’une présentation monographique. Le travail de stylisation d’Anne Brégeault s’installe donc dans les 20 m2 du stand autour d’une sculpture de maison en feu au titre mi-figue mi-raisin : J’envisage le pire. En satellite, d’autres sculptures qu’elle appelle joliment des Paysages oubliés et, enfin, des peintures sur papier grand format. Tout l’univers fin et poétique de cette artiste presque quadragénaire dont le Mac/Val vient d’acquérir trois œuvres.

Cortex Athletico (Bordeaux)
Cour Carrée - Prise de risque maximum : comme à son habitude, la galerie bordelaise, qui représente Benoît Maire en lice pour le prix Ricard [lire p. 44] ne fait pas pas dans la facilité. Elle a bien l’intention de présenter le délicat travail de sculpture sonore d’un artiste septuagénaire allemand, Rolf Julius. Alors qu’il a écrit des musiques pour les vallées, les lacs gelés et les champs de blé, cet artiste trop discret déploie une œuvre exceptionnelle à découvrir absolument. Et surtout, il faut en parler avec Thomas Bernard, son hôte, totalement passionné et passionnant !

Martine et Thibault de la Châtre (Paris)
Cour Carrée - Orchestrée par la galerie M et T de la Châtre, la réunion des deux MO – François Morellet et Olivier Mosset – est ouvertement placée sous le signe de l’amitié. D’une part, celle des deux artistes qui se connaissent depuis des lustres et ont souvent fait chemin commun ; de l’autre, celle des artistes envers leurs marchands, tous très fidèles entre eux. Si elles sont tour à tour conceptuelles, abstraites, minimales et volontiers ludiques, les œuvres de Morellet et de Mosset diffèrent de par leurs formes et leurs mises en jeu.

Schleicher Lange (Paris)
Cour Carrée - Ils signent toujours des expositions délicates, parfois rétives, toujours justes, jusque dans les foires. Pour leur sixième participation, leur stand s’est agrandi, preuve que cette « jeune galerie » affirme sa maturité. Kristof Kintera les accompagne avec un lampadaire déstructuré, Évariste Richer dessine un jeu de 54 cartes à jouer. Quant à Alison Moffett, c’est aussi avec un dessin d’une toute autre échelle qu’elle compte bien envahir les murs. Une sélection pour reposer son œil du rythme effréné des visites et commencer à scruter.

Michel Rein (Paris)
Grand Palais - Conçu comme une exposition thématique sur le thème Inside/Outside, le stand de la galerie Michel Rein se présente sur un mode duel au regard du concept d’environnement. D’un côté, un premier accrochage suggère un intérieur domestique ; de l’autre, un second accrochage souligne l’idée d’un espace extérieur. Dans l’un et/ou l’autre, on y retrouvera les artistes familiers de la galerie, de Saâdane Afif à Christian Ward, sans oublier Didier Marcel, Armand Jalut, Stefan Nikolaev et la toujours surprenante Orlan.

Xippas (Paris, Athènes, Montevideo)
Cour Carrée - Alors que Céleste Boursier-Mougenot concourt pour le prix Duchamp [lire p. 44], la galerie a choisi de lui faire écho pendant la Fiac avec une exposition collective inspirée de l’œuvre de Peter Szendy, philosophe, musicologue et historien de la musique. Il s’agit d’un second volet à l’exposition plutôt intellectuelle de la rentrée qui avait déjà rassemblé autour du nominé les œuvres de Dominique Blais, Ricardo Brey, Isabelle Giovacchini, Claire-Jeanne Jézéquel, Jorge Macchi, Philippe Ramette, Yvan Salomone, Vittorio Santoro et Denis Savary.

Jocelyn Wolff (Paris)
Grand Palais - L’enjeu cette année pour Jocelyn Wolff est bien d’attirer les regards des collectionneurs étrangers, de trouver de nouveaux relais à son travail patient de diffusion d’artistes comme Guillaume Leblon, Franz Erhard Walther et Katinka Bock. Le stand est donc résolument conceptuel, faisant une large place à la sculpture matérialiste, cette tendance qui voit émerger des œuvres ouvertes et composites à partir de matériaux presque antagonistes. Une abstraction sculpturale délicate et intellectuelle plutôt difficile à apprivoiser au premier coup d’œil mais d’une grande densité.

Fiac Grand Palais et Cour Carrée

Fiac/Grand Palais
Du 21 au 24 octobre. Avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe. Métro : Champs-Élysées-Clemenceau. Horaires : de 12 h à 20 h.
www.fiac.com

Fiac/Cour Carrée du Louvre
Du 21 au 24 octobre. Rue de Rivoli, Paris Ier. Métro : Palais-Royal-Musée du Louvre. Horaires : de 12 h à 21 h.

Tarifs : 28 € et 15 €. Forfait entrée catalogue, 50 euros (catalogue seul : 35 euros). Laissez-passer 4 jours : 50 euros.
www.fiac.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°628 du 1 octobre 2010, avec le titre suivant : Spécial Fiac 2010 - La Fiac en position d’avant-garde

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