Lundi 17 décembre 2018

« Soutenir les collectifs d’artistes »

Luxembourg est pour la deuxième fois capitale européenne de la Culture. Coordinateur général de l’événement, Robert Garcia en dévoile les enjeux qui s’étendent aux régions limitrophes

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007 - 1109 mots

Robert Garcia, coordinateur général de Luxembourg et Grande Région, Capitale européenne de la Culture 2007, est depuis longtemps impliqué dans les domaines écologique et culturel. Il présente le programme de cette année de festivités.

 C’est la première fois que la Capitale européenne de la Culture s’étend sur plusieurs régions et plusieurs pays, au Luxembourg, mais aussi en Allemagne, en France et en Belgique. Comment cela s’est-il traduit en termes d’organisation ?
La ville de Luxembourg avait déjà été Capitale européenne de la Culture en 1995, et, pour 2007, nous avons décidé d’étendre le projet au Luxembourg et à la Grande Région, mais il faut savoir que cette notion de « Grande Région » est vécue comme une abstraction pour la majorité des gens qui y vivent. Il s’agissait donc de faire un projet où un maximum d’acteurs culturels pouvaient se rencontrer et travailler ensemble, pour ensuite faire rayonner cette expérience transfrontalière à l’extérieur. D’un point de vue quantitatif, nous soutenons près de 500 projets, ce qui implique entre 3 000 et 5 000 manifestations ! Pour un visiteur étranger, c’est un peu difficile de se retrouver et le programme est difficile à déchiffrer car nombre de projets sont transdisciplinaires. Nous avons ainsi choisi de rythmer la vie culturelle en trois saisons. La deuxième, qui doit démarrer fin avril, promet de grandes expositions avec un temps fort lors de la fête de la musique. Fin septembre, la troisième partie inaugurera des festivals de théâtre et de cinéma.

Vous avez choisi, semble-t-il, d’orienter l’ensemble des manifestations vers les arts du spectacle et la création contemporaine. Pourquoi ?
L’art contemporain est effectivement très dominant. Mais nous n’avons pas fait de quotas ; nous avons travaillé sur un appel aux projets. Il s’est avéré que c’était surtout les jeunes forces culturelles qui avaient besoin de prouver leurs capacités. Les projets les plus intéressants n’étaient pas forcément ceux des grandes institutions, mais plutôt ceux de jeunes collectifs d’artistes que nous avons ensuite délibérément soutenus. Dans certains cas, nous leur avons même octroyé plus de budgets en dépassant sciemment la limite des 50 % fixée. Ce cofinancement était indispensable pour inciter des jeunes n’ayant pas un fonds de commerce déjà établi. Il faut souligner aussi que le Luxembourg et la Grande Région sont plutôt connus pour être des destinations touristiques traditionnelles avec leurs belles forêts, les châteaux du Moyen Âge, le patrimoine romain… On voit trop peu souvent le potentiel créateur, plus moderne, de la région ; nous voulions donc mettre en avant les expositions d’art contemporain ou les spectacles d’art vivant plus osés. Dans quelques endroits de la Région, certaines forces conservatrices auraient souhaité avoir plus d’expositions de patrimoine, mais le jeune public de la ville de Luxembourg – où 61 % de la population n’est pas luxembourgeoise – s’attendaient à des spectacles vraiment nouveaux et inattendus…

Autre sujet qui a soulevé la controverse, le Musée d’art moderne Grand-Duc Jean (Mudam), inauguré en juillet dernier…
Ce musée, conçu par Pei, a fait l’objet de nombreuses polémiques car il mettait en péril l’un des rares vestiges du patrimoine militaire de Luxembourg. Le fait qu’un architecte contemporain veuille intervenir sur le Fort Thüngen a entraîné des initiatives populaires et nous sommes arrivés à un compromis typiquement luxembourgeois : le projet a été réduit et la partie avant du Fort Thüngen va être aménagée en musée de la forteresse, une sorte de vitrine identitaire du lieu. Personnellement, je considère que, si l’extérieur du musée n’est pas exceptionnel, l’intérieur a un très grand potentiel. C’est un lieu très agréable et très spectaculaire. Pour l’heure, il accueille une exposition consacrée à Michel Majerus, un artiste peu connu à Luxembourg ou en France (lire p. 18).

Comme vous l’avez rappelé, Luxembourg a déjà été capitale européenne de la Culture en 1995. Quels impacts avait eu l’événement et qu’en attendez-vous aujourd’hui ?
Avant 1995, il y avait au Luxembourg quatre institutions culturelles (un musée, un théâtre, des archives, la bibliothèque nationale), maintenant, on en compte quatorze, et ce, grâce à l’impulsion donnée en 1995. L’énorme demande du public avait entraîné la construction d’infrastructures importantes, pour un investissement de plus de 700 millions d’euros, entraînant la construction de la Philharmonie, du Centre de rencontres, de la Rockhal (salle de concerts de rock), du Musée d’art moderne. Cela avait été l’occasion d’une réelle prise de conscience de la part du public et des décideurs. Pour 2007, nous étions donc déjà dans une position des plus confortables pour accueillir les manifestations. Nous nous sommes plutôt intéressés à d’anciens sites industriels que nous voulions réhabiliter comme les deux rotondes de Bonnevoie (lire p. 17). La ville souhaitait aussi créer un circuit artistique. Plutôt que de mettre des statues dans un parc, nous avons choisi de faire des interventions soulevant des questions d’urbanité et mettant en scène des propositions artistiques ou architecturales dans des quartiers délaissés. L’objectif de ce programme est de montrer qu’on peut aménager de manière plus conviviale des lieux publics comme les parkings, les faire revivre. Pour concrétiser ces réflexions sur l’urbanisme et l’art dans les espaces publics, nous avons invité des architectes internationaux tel Rem Koolhaas.

Quels sont les temps forts de cette année 2007 ?
Il y en a beaucoup, mais pour les projets que nous réalisons nous-mêmes, je voudrais citer les quatre expositions d’art contemporain organisées dans la Rotonde 1, consacrées, pour commencer, au photographe Martin Parr, puis à une réflexion autour de la mode, à laquelle succédera le travail de Sophie Calle (à partir de juin), et, enfin la présentation de jeunes artistes internationaux. L’ancienne aciérie de Dudelange abritera « ReTour de Babel », une interrogation sur le phénomène migratoire, question essentielle pour le Luxembourg où 40 % de la population et 70 % des gens qui y travaillent ne sont pas luxembourgeois. C’est une manifestation très spectaculaire avec un important programme d’encadrement du public. Enfin, l’ancienne Halle des Soufflantes abritera « All we need is… », une exposition sur la mondialisation en termes de consommation, de mode de vie et de production artistique.

Vous avez choisi de partager le titre de capitale culturelle avec Sibiu, en Roumanie. Qu’est ce que cela implique ?
Les capitales européennes de la Culture ont toujours eu la possibilité d’associer une autre ville extérieure à l’Union européenne (1). Sibiu a été choisie parce qu’elle a connu au XIe-XIIe siècle une importante immigration de la Grande Région vers la Transylvanie. Nous travaillons avec cette ville à travers 25 projets, des échanges d’expositions, des expositions réalisées en commun, des metteurs en scène de théâtre qui se promènent d’un pays à l’autre… C’est un réel travail de partenariat.

(1) La Roumanie est membre de l’Union Européenne depuis le 1er janvier 2007.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : « Soutenir les collectifs d’artistes »

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