Dimanche 25 février 2018

L'oeil de l'amateur

Scène de banquet à Herculanum

Pompéi

Par Pierre Morio · L'ŒIL

Le 23 mai 2016

Le Musée des beaux-arts de Montréal consacre une vaste exposition aux cités
de Pompéi et d’Herculanum, ensevelies
en 79 apr. J.-C. par les cendres du Vésuve.

De plusieurs endroits du mont Vésuve, on voyait briller de larges flammes et un vaste embrasement dont les ténèbres augmentaient l’éclat », c’est ainsi que Pline le Jeune décrit cette journée de 79 qui voit basculer le destin de deux cités de Campanie dans l’horreur et la postérité : le volcan, sur les pans desquels se sont développées Pompéi et Herculanum, se réveille de façon brutale et violente. En quelques heures, la région est ensevelie sous plusieurs mètres de cendres, figeant à jamais la vie de ces villes… Le récit de l’éruption est bien connu, rapporté par Pline le Jeune, témoin de la mort de son oncle Pline l’Ancien dans l’éruption, ou encore Strabon. Les dernières recherches archéologiques ont  apporté quelques précisions sur le déroulement de la catastrophe, la situant désormais plutôt en automne, alors que la tradition la situe en août.

Un témoignage
La découverte fortuite au XVIIIe siècle des vestiges ensevelis va redonner une seconde vie aux sites. Charles de Bourbon, roi de Naples et des Deux-Siciles, grand amateur d’antiquités, lance les fouilles en 1738. La parfaite préservation du mobilier, de la statuaire, mais surtout la fraîcheur des fresques mises au jour dans les demeures ont fasciné les artistes et aristocrates de l’époque, faisant naître une vague d’anticomanie en Europe. C’est seulement au cours du XXe siècle que les études poussées de ces peintures vont permettre d’établir une évolution des styles, et d’établir une chronologie d’occupation et de développement de ces villes antiques.
La scène de banquet ici détaillée permet de comprendre l’un des moments clés de la société romaine : le repas de fête. Très codifié, celui-ci était le vecteur de l’importance et de la puissance financière de l’hôte. Une certaine dérive dans la débauche de moyens mis en œuvre par certains pour étaler leur pouvoir a marqué durablement les esprits, véhiculée par des auteurs antiques enclins à la satire. Il en est ainsi du Satyricon de Pétrone qui décrit par le menu le banquet offert par un riche affranchi du nom de Trimalcion. Quitte à fausser pour longtemps l’image de la vie quotidienne dans la Rome antique...

Le raffinement des intérieurs

À portée de main des convives, une table est dressée de quelques récipients. Leur éclat suggère le métal. Si les éléments à usage quotidien étaient le plus souvent en terre cuite grossière ou en bronze, la vaisselle d’apparat revêtait les aspects les plus précieux. Le trésor de Boscoreale, du nom de la villa dans laquelle il fut retrouvé, montre un raffinement extrême dans l’exécution des pièces d’orfèvrerie. Cette vaisselle n’était pourtant pas utilisée fréquemment, mais présentée dans une pièce de la demeure, à la vue des invités, qui pouvaient ainsi estimer le degré de richesse de la famille qui occupait les lieux. Le mobilier quant à lui était le plus souvent en bois, parfois en bronze chez les plus aisés. Les archéologues ont découvert des trépieds ou des bras de lampe en bronze, ainsi que des éléments métalliques décoratifs des lits. Les couches de cendres et de lapilli qui ont recouvert les deux cités antiques ont permis la conservation du bois. Ces meubles, notamment de stockage (armoires) ont pu ressurgir des entrailles de la cité.

L’esclavage et la servitude
À l’arrière-plan, une femme habillée tend à la maîtresse de cérémonie une boîte. Sans un regard pour son esclave, cette dernière tend la main pour saisir l’objet. La société romaine était grande consommatrice d’esclaves, dont la servitude permettait de faire fonctionner l’économie des grands domaines des patriciens, dont l’otium (oisiveté) était l’une des valeurs, caractérisant leur statut d’homme libre. L’esclave devenait l’un des rouages essentiels dans la bonne tenue d’une maison. Non libre, il dépendait du pater familias, l’homme qui occupait le plus haut rang dans une maisonnée, dont le statut social se jaugeait au nombre d’esclaves en sa possession. On pouvait devenir esclave de différentes façons : pour dettes, en tant que prisonnier de guerre, à la suite d’un acte de piraterie, par déchéance civique, pour traîtrise, en raison d’une mauvaise conduite, ou encore en étant un enfant d’esclave. Bien que la population de Pompéi se composât pour une grande partie d’affranchis, cela n’empêchait pas ceux-ci de recourir aux esclaves pour leur service, et ainsi de perpétuer cet état de fait…

La nature généreuse
La Campanie est une région très fertile, grâce à son sol volcanique. Cette scène de banquet montre à quel point les repas occupaient une place importante chez les Romains. Le vin campanien, très prisé, était bu partout, des espaces privés aux espaces publics comme les thermes. Les fouilles de Pompéi ont mis au jour pas moins de cent cinquante-huit échoppes de produits alimentaires et trente-sept boulangeries identifiées comme telles. De nombreuses fresques et mosaïques retrouvées sur les sites montrent des scènes de cuisine, de distribution de pains, mais aussi des mets consommés. Une mosaïque qui ornait les murs de la villa d’Ariane à Pompéi représente la faune marine de façon si détaillée que l’on y reconnaît les diverses espèces. Depuis quelques années, des paléobotanistes interviennent pour analyser graines et végétaux découverts et dresser un aperçu de ce que cultivaient et mangeaient les habitants de la région. Des amphores ont été exhumées, pleines de garum – cette sauce à base de poisson faisait la réputation de la cité –, attendant d’être chargées sur un navire en partance pour les autres contrées de l’empire.

La nature généreuse
La Campanie est une région très fertile, grâce à son sol volcanique. Cette scène de banquet montre à quel point les repas occupaient une place importante chez les Romains. Le vin campanien, très prisé, était bu partout, des espaces privés aux espaces publics comme les thermes. Les fouilles de Pompéi ont mis au jour pas moins de cent cinquante-huit échoppes de produits alimentaires et trente-sept boulangeries identifiées comme telles. De nombreuses fresques et mosaïques retrouvées sur les sites montrent des scènes de cuisine, de distribution de pains, mais aussi des mets consommés. Une mosaïque qui ornait les murs de la villa d’Ariane à Pompéi représente la faune marine de façon si détaillée que l’on y reconnaît les diverses espèces. Depuis quelques années, des paléobotanistes interviennent pour analyser graines et végétaux découverts et dresser un aperçu de ce que cultivaient et mangeaient les habitants de la région. Des amphores ont été exhumées, pleines de garum – cette sauce à base de poisson faisait la réputation de la cité –, attendant d’être chargées sur un navire en partance pour les autres contrées de l’empire.

« Pompéi »

Jusqu’au 5 septembre 2016. Musée des beaux-arts, 1380 rue de Sherbrooke, Montréal (Canada).

Du mardi au dimanche de 10h à 17h, nocturne le mercredi jusqu’à 21h.

Tarifs : 20 et 10 $.

Commissaires : Laura Vigo, Paul Denis et Kate Cooper.

www.mbam.qc.ca

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°691 du 1 juin 2016, avec le titre suivant : Scène de banquet à Herculanum

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