Centre d'art

Sandrine Vézilier-Dussart : "Il ne faut pas montrer toujours les mêmes artistes ultra connus"

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 21 février 2019 - 670 mots

PARIS

Sandrine Vézilier-Dussart est conservatrice en chef du Musée de Flandre, à Cassel, où elle a commencé sa carrière en 2000 en tant qu’attachée de conservation.

En quoi l’exposition « Fêtes et kermesses au temps des Brueghel », qui ouvre le 16 mars, constitue-t-elle un événement pour le Musée de Flandre ?

L’exposition réunit une centaine d’œuvres provenant de musées internationaux et occupe pour la première fois toute la surface du musée, c’est-à-dire 1 000 m2 contre 500 pour les précédentes manifestations. Nous avons donc dû déplacer les collections en réserve et créer une muséographie sur mesure. Cela représente un budget de 450 000 euros, ce qui est beaucoup pour un établissement comme le nôtre dont le budget maximum est de 350 000 euros par an. Humainement, nous avons aussi atteint notre plafond de verre, car cela représente un énorme travail pour une équipe de quatorze personnes. Cette exposition est très importante, car elle était inscrite dans le Projet scientifique et culturel (PSC) rédigé pour la réouverture du musée. Elle était prévue plus tôt mais a été décalée pour coïncider avec le 450e anniversaire de la mort de Pieter Brueghel en 2019, ce qui nous a permis de bénéficier du soutien du gouvernement de la Flandre.

Vous dirigez un « petit musée » aux grandes ambitions dans un village de 2 400 âmes : comment réussissez-vous à porter de tels projets ?

Plutôt que « petit musée », je préfère l’expression de « musée à taille humaine ». Lors de la rédaction du PSC, il était évident qu’il fallait que l’on se démarque par notre programmation et notre positionnement, car nous n’avions pas les reins assez solides pour monter de grandes expositions sur des artistes extrêmement connus, pour lesquels nous n’obtiendrions pas les prêts et dont l’organisation serait trop coûteuse. Il fallait donc trouver une identité singulière grâce à une programmation proposant des monographies d’artistes peu connus ou oubliés (comme de Crayer, Quellin ou, prochainement, la dynastie Francken) en alternance avec des expositions thématiques offrant une nouvelle vision de l’art flamand.

Il est évident qu’en termes de communication, il est plus simple de promouvoir une exposition Rubens que celle sur un artiste que l’on sort de l’ombre. Mais il est fondamental de montrer cette pluralité qui fait partie de l’identité culturelle flamande. Par exemple, à Anvers au XVIe siècle, il y avait trois cents peintres inscrits à la guilde de Saint-Luc. C’est un foyer considérable, donc il ne faut pas montrer toujours les mêmes artistes ultra connus. D’autant que le public est curieux, et il sait qu’en venant chez nous, il va voir quelque chose de différent, découvrir un artiste ou une thématique remise en question. Je pense que cela participe pour beaucoup au succès populaire du musée, au même titre que notre politique des publics.

Comment l’institution est-elle perçue par la communauté des musées ?

Le musée a rouvert en 2010 après treize ans de fermeture et un profond changement de registre, car auparavant il s’agissait d’un musée d’art, d’histoire et de folklore. Au début, quand j’ai fait les premières demandes de prêts, pratiquement personne ne nous connaissait. Nous avons, depuis, énormément progressé et gagné en visibilité et en crédibilité scientifique, grâce à nos expositions, mais aussi grâce à l’enrichissement de notre collection qui nous a permis de monter en puissance. Aujourd’hui, nous sommes, par exemple, de plus en plus sollicités pour prêter nos œuvres. Outre les musées, nous avons aussi constitué un bon réseau de collectionneurs qui nous soutiennent. D’ailleurs, l’un d’eux devrait prochainement procéder à un important legs en faveur du musée.

50 000 
 

C’est la fréquentation annuelle moyenne du musée, un chiffre remarquable pour un village de 2 400 âmes.
 

L’exposition

Plus ambitieuse exposition du musée, « Fêtes et kermesses au temps des Brueghel » présente 92 œuvres sur toute la surface de l’établissement (du 16 mars au 14 juillet).

 

« Depuis sa réouverture en 2010, le Musée de Flandre situé à Cassel (Nord) a voulu montrer l’exemple en s’adaptant aux différents handicaps. Les œuvres exposées sont désormais accessibles à tous. » Lucas Hobé, francetvinfo.fr, 18/10/2016

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°721 du 1 mars 2019, avec le titre suivant : Sandrine Vézilier-Dussart : "Il ne faut pas montrer toujours les mêmes artistes ultra connus"

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