Architecture

Riken Yamamoto l’hospitalier

L'ŒIL

Le 1 septembre 1999 - 657 mots

Loin de faire empire du signe ou du sens, l’architecture japonaise de Riken Yamamoto (né à Pékin en 1945) n’insiste pas sur le minimalisme du jardin zen ou l’esthétique du chaos et de la technologie, mais sur une expérimentation critique de l’espace public japonais. Un parcours méconnu à découvrir en septembre à l’Institut français d’Architecture.

À défaut de se focaliser, comme Michel Foucault, sur l’invention de la folie à l’âge classique ou le surveiller-punir des prisons et hôpitaux psychiatriques, l’architecture de Yamamoto, très proche de la littérature de son concitoyen Abé Kôbo, expérimente l’espace social offert à différentes communautés inavouables (handicapés, personnes âgées, milieux défavorisés). Bien inoffensive de prime abord, cette architecture recèle pourtant une sorte d’inquiétante étrangeté – en partie seulement due à l’aliénation et la folie de ces espèces d’espaces. En effet, d’aspect plutôt austère et banal, non seulement elle interroge l’espace – c’est le propre et la qualité de l’œuvre de tout architecte de talent –, mais elle déconstruit aussi au plus profond les rouages de l’hospitalité difficile censée s’ensuivre.
Ceci expliquant cela, on ne s’étonnera donc pas de l’humilité du travail de cet architecte taciturne et méticuleux. Si son œuvre ne manque pas de poésie, il n’y a pourtant aucun recours au charme discret d’un quelconque éloge de l’ombre. Au contraire, l’aspect critique et clinique de ces espaces communautaires monolithiques et aseptisés renvoie à plus de lumière et plus de condescendance pour les bas-fonds. D’ailleurs cet altruisme quasi obsessionnel a ses justifications biographiques et historiques. Né en Chine au lendemain d’Hiroshima et Nagasaki et ne portant donc pas l’un de ces prénoms patriotiques de guerriers kamikazes, Riken passe son diplôme en 1968. Appartenant du même coup à cette génération de samouraï que l’architecte Fumihiko Maki nomme les « guerriers des temps de paix », les années 70 sont l’époque où, au sein du laboratoire de son célèbre professeur, Hiroshi Hara, Yamamoto mène de nombreuses recherches anthropologiques. Quelques années plus tard, elles le conduiront à fonder son architecture sur la notion de territorialité et à observer les lieux dédiés à la communauté – en particulier les typologies d’habitat aggloméré.
L’architecte va alors développer le concept d’Ôyané – grand toit débordant à la fois de l’espace public et des parties communes. Étroitement lié aux us et coutumes culturels de la structure sociale du Japon, cet impératif souhaitant concilier l’inconciliable, trouve son paroxysme dans l’espace des édifices publics. Et sur cette base, Yamamoto ne cesse de le décliner, le peaufiner et d’en agrandir l’échelle. Pourtant, c’est avec la construction de sa propre maison que cela commencera (1986). Le rez-de-chaussée, littéralement, se fond à la vie de la cité en ménageant un local commercial. Quant au débord très généreux de la toiture, ouvert sur une grande artère de Yokohama, il fonctionne parfaitement comme une scénographie à l’échelle de la ville. Viendront ensuite un ensemble d’habitations collectives proposant l’amusante mise en commun des chambres pour enfants (1988) ; une espèce mutante de phalanstère fouriériste (1991) ; un étonnant projet d’interjonction urbaine autour d’une gare de métro à Yokohama (1992-1994) ; le collège d’une région vieillissante du Japon et donc ouvrable à des activités pour les habitants adultes d’Iwadeyama (1996). Mais c’est avec les espaces « hospitaliers », au sens le plus littéral revêtu par ce mot, que Riken Yamamoto expérimentera pleinement l’hospitalier : avec une clinique (1996) et un centre communautaire pour personnes âgées (1997), mais aussi, cette année, avec l’université de Saitma, largement dédiée à la médecine et aux sciences humaines. À propos de la clinique, Yamamoto l’hospitalier précise : « Si une relation avait existé entre le monde extérieur et cette institution, c’est-à-dire si la clinique avait fait partie intégrante de la communauté locale, je n’aurais pas eu besoin d’installer un paravent. En garnissant la façade de panneaux perforés en bois de cèdre, j’ai créé un minimum de moyens permettant de garder un lien entre l’intérieur et l’extérieur. »

PARIS, Institut français d’Architecture, jusqu’au 18 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°509 du 1 septembre 1999, avec le titre suivant : Riken Yamamoto l’hospitalier

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