Restauration, l’art et la manière

Inauguration à Marseille d’un nouveau centre de conservation du patrimoine

Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2002

Alors que le Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine (CICRP) ouvre ses portes à Marseille, la profession de restaurateur devrait dans les années à venir connaître une mutation sensible.

MARSEILLE - Une petite phrase du discours de Jean-Jacques Aillagon a fait grincer des dents bon nombre des restaurateurs présents à l’inauguration du Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine (CICRP) de Marseille, le 3 octobre. En effet, tout en se référant à la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, le ministre de la Culture s’est déclaré particulièrement sensible à la “possibilité” désormais offerte aux “artisans et aux métiers d’art” d’accéder à la qualification de restaurateur... tout en se gardant bien de préciser que cette éventualité était strictement encadrée par les dispositions du décret d’application du 25 avril 2002 (consultable sur le site www.culture.gouv.fr). En laissant miroiter une telle “possibilité”, le ministre de la Culture avait sans doute à l’esprit que ce secteur économique représente plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an et près de 130 000 actifs (source Union nationale des métiers de l’artisanat de l’ameublement).
Rappelons que, à quelques exceptions près, les restaurateurs exerçant en France ont le statut de profession libérale, y compris ceux qui travaillent pour le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) ou au sein des ateliers du réseau national de restauration, dont le CICRP est le nouveau fleuron. Ce millier de restaurateurs ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée de “nouveaux entrants” qui ne seraient pas titulaires d’un diplôme “à finalité professionnelle dans le domaine de la préservation et de la restauration du patrimoine, et reconnaissant un niveau au moins équivalent à quatre années d’études et à la fin d’un second cycle de l’enseignement supérieur”. Seuls quatre établissements français sont aujourd’hui habilités à délivrer un tel diplôme : l’université de Paris-I (MST et DESS), l’Ifroa (Institut national du patrimoine-Institut de formation des restaurateurs d’œuvres d’art), ainsi que les écoles des beaux-arts de Tours, pour la sculpture, et d’Avignon, pour la peinture. Depuis le milieu des années 1970, une cinquantaine de restaurateurs diplômés sont issus annuellement de ces quatre formations.

Pour les professionnels qui n’auraient pas le diplôme requis, l’article 13 du décret d’application stipule notamment qu’ils pourront effectuer des opérations de restauration sur les biens des musées de France, soit en validant tout ou partie de leurs acquis professionnels devant un jury formé par les chefs d’établissements sus-mentionnés, soit après avis favorable d’une commission scientifique, définie par arrêté ministériel, dans le cas où ils auraient restauré des biens des collections publiques au cours des cinq dernières années. Ces habilitations pourront en outre être subordonnées au suivi de formations complémentaires. Tous ces garde-fous devraient tempérer l’enthousiasme de certains et les craintes des autres.

Mais pour l’heure, tous se réjouissent de l’ouverture du CICRP. Ce Groupement d’intérêt public culturel* a pour mission la conservation, la restauration et la conservation préventive des œuvres des collections publiques ou des collections privées protégées par l’État, dans les domaines de la peinture et des documents graphiques. Il dispose d’ateliers de restauration pouvant accueillir jusqu’à cent œuvres, d’un laboratoire d’études et de recherche de pointe, ainsi que d’une antenne mobile permettant des études sur site. Implanté dans les anciennes manufactures de tabac de la Seita, le CICRP rejoint le pôle “patrimoine” du projet urbain et culturel Belle-de-Mai piloté par Euroméditerranée, qui comprend également les archives municipales et, dès 2003, les réserves des musées municipaux de Marseille. L’ouverture de ce centre est le fruit d’une décision conjointe du ministère de la Culture et du Comité interministériel d’aménagement du territoire datant de 1992. Dans la perspective de renforcer la trame du réseau national de restauration, fort d’une vingtaine d’ateliers disséminés dans une douzaine de régions, cette décision prévoyait également la constitution d’un centre interrégional dans la région de Rennes, un projet constamment “ajourné” depuis.

*Plan de financement (en euros) : État 2 698  348 ; Ville de Marseille 1 950 387 ; Feder (Union Européenne) 726 465 ; Région Paca 304 898 ; Département des Bouches-du-Rhône 260 688 ; total 5 940 786.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°157 du 25 octobre 2002, avec le titre suivant : Restauration, l’art et la manière

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