Mercredi 20 février 2019

Rentrée des classes

Un rapport sur une École nationale du patrimoine orpheline

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 24 septembre 1999 - 649 mots

Sans directeur depuis le départ de Jean-Pierre Bady, en juillet, l’Ecole nationale du patrimoine, qui forme les conservateurs, entamera-t-elle l’an 2000 sous le signe du changement ? Un rapport rédigé à la demande de Catherine Trautmann, et dont le Journal des Arts a pu avoir connaissance, décrit une École fermée sur elle-même, dont la vocation scientifique mérite d’être réaffirmée.

PARIS - Concours inadapté, réponses inadéquates de la formation, coûts élevés, manque de relations avec l’université, les critiques suscitées par l’École nationale du patrimoine (ENP) depuis sa création, en 1990, ont très peu varié, mais elles sont aujourd’hui consignées dans un rapport. Remis à Catherine Trautmann par Geneviève Gallot, inspectrice générale de la Création et des Enseignements artistiques, ce volume d’une centaine de pages estime nécessaire de “réaffirmer la vocation d’application professionnelle de l’École nationale du patrimoine dans le double champ administratif et scientifique”. Souvent surnommé l’”Éna du patrimoine”, l’établissement hérite également des critiques faites à la prestigieuse institution : “L’École s’est progressivement installée dans une réputation de sérieux et de haut niveau, mais aussi d’élitisme et de parisianisme – critique également applicable au rapport qui, sur les quatre-vingts personnes consultées pour sa rédaction, compte seulement quatre responsables d’établissements en province – [...] École, aussi, qui céderait trop aisément devant les exigences de certains stagiaires convaincus d’avoir atteint, en intégrant l’établissement, “une humanité supérieure”, ce que l’école confirmerait plutôt que d’imposer la leçon d’humilité nécessaire.” Attaque virulente, d’autant que le niveau scientifique des stagiaires est mis en doute par une proposition visant à renforcer le niveau de formation préalable au concours à bac 4. Les enseignements dispensés par la suite, majoritairement administratifs et économiques, supposent en effet de réelles connaissances en histoire, en histoire de l’art, en ethnologie ou encore en sciences naturelles, indispensables pour “repositionner les métiers du patrimoine sur des fonctions d’abord scientifiques”. Plus concernée par cette gestion envahissante, la conservation territoriale mérite une attention particulière. D’autant qu’une hiérarchisation de fait s’est établie entre les deux régimes, dès le concours d’entrée, où les stagiaires reçoivent leur affectation définitive. Le rapport propose de remédier à cette aberration en établissant un classement à la sortie de l’école, une manière efficace de motiver les élèves pendant leur scolarité. Cette dernière proposition figurerait également dans le rapport élaboré simultanément par l’Inspection générale de l’administration des Affaires culturelles.

Un coût trop élevé ?
Au-delà de ces réflexions, le rapport pointe également quelques dysfonctionnements matériels. Évalué à 204 476 francs pour une année et demi d’École, le coût moyen d’un conservateur, même s’il est difficilement comparable avec d’autres formations, peut évidemment paraître élevé. Les charges immobilières des locaux de 1 400 m2 boulevard Saint-Germain, prévus pour accueillir des promotions deux fois plus importantes – 12 stagiaires en 1998, en raison du peu de postes créés par le ministère –, n’y sont sûrement pas étrangères. Pourtant, “l’École n’a pas jugé possible de prêter une salle à l’université Sorbonne-Paris I, en quête de locaux pour son DESS Patrimoine.”

Les échanges entre les musées et l’université, souvent problématiques, sont d’ailleurs largement encouragés par Geneviève Gallot, qui se félicite de l’installation probable de l’ENP dans les locaux de l’Institut national d’histoire de l’art (Inha), et propose l’ouverture d’un recrutement sur titre ouvert aux titulaires d’un doctorat. Toutefois, il n’est mentionné nulle part l’existence du doctorat de muséologie conduit par Jean Davallon à Saint-Étienne. Ce dernier estime que “si une collaboration a toujours été souhaitée avec l’ENP, les univers sont trop différents”, et souligne la toute puissance de l’histoire de l’art, d’ailleurs maintes fois regrettée dans le rapport.

L’ouverture ne semble pas être le fort de l’établissement : il ne partage que peu de programmes avec l’Institut français de restauration des œuvres d’art (Ifroa), qui lui est rattaché depuis 1995. Pour l’auteur du rapport, l’École est tout simplement victime “d’un travers fort banal au ministère de la Culture, qui consiste à vivre dans sa bulle sans considérer le voisinage immédiat.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°89 du 24 septembre 1999, avec le titre suivant : Rentrée des classes

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