Vendredi 23 février 2018

reprise

Redécouvrir E.T.

L'ŒIL

Le 30 janvier 2008

Pour une scène, cinq inoubliables minutes, il faut revoir E.T., dont on fête ce mois-ci les vingt ans. C’est encore vers le début : l’alien est seul à la maison, Elliott en cours de sciences naturelles. Et subitement, on dirait qu’une télépathie relie l’un à l’autre. Elliott, ivre des bières qu’a bues E.T., rote, rit, puis libère les grenouilles qu’on se prépare à disséquer. Il attrape surtout la main de son amoureuse, la fait pivoter sur elle-même et l’embrasse virilement, comme John Wayne Maureen O’Hara dans le film de John Ford, L’Homme tranquille, qu’à cet instant bien choisi E.T. regarde à la télévision familiale. L’avez-vous vu ? C’est l’alien du montage qui vient de passer. Vous ne le reverrez plus. Son effet est pourtant dévastateur. E.T., grâce à lui, fait cadeau d’une émotion enfin belle, car née de l’agencement d’une proximité et d’une distance, s’alimentant à deux sources en même temps : le baiser fougueux et l’espèce de magie qui le provoque. Le temps d’une scène, le mol humanisme spielbergien s’efface, remplacé par un art de pantins, un marionnettisme général où un gentil extra-terrestre, un petit garçon, un plan tiré d’un vieux chef-d’œuvre et 30 grenouilles découvrent leur commune non-humanité. On peut alors entendre résonner la véritable question que l’alien adresse au cinéma. Non pas, ainsi que le ressasse pour la énième fois le dernier Spielberg, A.I., E.T. bis à tous égards : un robot peut-il être l’égal d’un homme, aimer, être aimé ? Mais : l’homme peut-il être l’égal d’un robot, maîtriser aussi efficacement que lui les gestes de l’amour ?

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°535 du 1 avril 2002, avec le titre suivant : Redécouvrir E.T.

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