Samedi 15 décembre 2018

Quels débouchés ?

Répondre aux besoins du marché du travail

Le Journal des Arts

Le 4 avril 1997 - 854 mots

La sortie de l’école est parfois difficile, tant les conditions d’apprentissage y sont idéales. Pourtant, les perspectives professionnelles sont bonnes pour les étudiants qui se sont frottés aux divers logiciels de traitement de l’image.

"Il ne faut pas se leurrer, le gros de nos étudiants ne sera pas artiste", prévient Alain Snyers, directeur de l’école d’Amiens. "Mais ils ne restent pas sur le carreau", se défend Servane Zanotti, au Mans. En effet, l’enseignement et l’initiation aux nouvelles technologies semblent adaptés aux nécessités du marché. Une étude récente montrait d’ailleurs que 75 à 80 % des étudiants des écoles d’art travaillent dans le secteur des arts plastiques. "À l’école, nous réunissons les conditions idéales de création, bien que le monde du travail demande peu d’artistes. Mais nous formons des étudiants dont la créativité les distingue des étudiants sortis d’instituts techniques", estime Sylvie Marchand, enseignante-artiste à Poitiers.

Formation adaptée
L’Ensad a intégré les nouvelles technologies en analysant avec pertinence les réalités professionnelles. "Le métier de graphiste a radicalement changé à la fin des années 1980", explique Jean-François Depelsenaire, responsable de l’Atelier Image et Informatique (AII). "L’infor­matique s’est imposée, probablement parce qu’elle est un prolongement des techniques tradi­tionnelles". Le cursus intègre l’apprentissage de ces nouvelles techniques "sans perdre de vue les questions essentielles de la typographie, du rapport texte image, du blanc et du noir". Par contre, pour le métier d’architecte, le traditionnel dessin en 2D demeure majoritaire, malgré l’apparition de logiciels autorisant la réalisation de plans en 3D. De ce fait, "l’initiation informatique est plus modeste, puisqu’elle n’est pas adoptée par le milieu professionnel".

Insertion rapide
Richard Raymond, infographiste chez Viking Infographie, à Lyon, s’est formé à l’école de Saint-Étienne. Il estime que l’école, bien qu’offrant un cadre "particulièrement protégé, familial, alors que le monde du travail est plus corrosif", l’a "formé correctement" pour son métier actuel. Jean-Paul Mounet a monté, immédiatement après sa sortie de l’école, l’Atelier de l’Isle à Saint-Étienne : "J’utilise tous les jours les ordinateurs. Même si ce que je faisais à l’école était différent, l’initiation a été bénéfique". Les étudiants issus des sections com­mu­nication et de plus en plus souvent des sections art, travaillent dans les métiers de la chaîne de l’image : cameramen, graphistes, décorateurs, scénographes, concepteurs vidéo, etc. Ce développement de nouveaux métiers modifie d’ailleurs les définitions traditionnelles des artistes et des œuvres d’art : plusieurs personnes contribuent à la création. Les écoles d’art préfèrent de ce fait le terme d’auteur à celui d’artiste.

Diffusion problématique. Les écoles contribuent à l’émergence d’œuvres réalisées sur de nouveaux supports mais peu à leur diffusion. Celle-ci demeure marginale dans les circuits traditionnels de l’art contemporain : Frac, centres d’art et galeries. Hormis quelques manifestations ponctuelles comme la Biennale de Lyon, ou des salons à vocations multiples (Milia, Imagina), la diffusion de ces œuvres demeure confidentielle. On peut toutefois en consulter certaines sur l’Internet, où des expositions virtuelles sont organisées. Les étudiants de l’école de Nantes ont par exemple exposé à Cardiff sans s’y déplacer physiquement. Mais, le plus souvent, seules les écoles qui y participent sont véritablement informées de ces expositions, et il faut "surfer" longtemps sur le Net à la recherche d’expositions virtuelles. Georges Rey, enseignant à Grenoble, organise le 7 juillet une exposition sur l’Internet à partir du Musée d’art contemporain de Lyon.
 
Colloque à Cambrai. Un colloque consacré à "l’incidence des nouveaux supports de diffusion sur le graphisme et son enseignement" se tiendra à l’école de Cambrai, les 29 et 30 avril. Renseignements à l’École supérieure d’art de Cambrai, 7 rue du Paon, 59400 Cambrai, tél. 03 27 81 44 74.
 
Énsb-a, mastère hypermédia. Plutôt que de développer intensément le multimédia dans l’école, l’Énsb-a a préféré créer un troisième cycle pour former des spécialistes du multimédia. Les stagiaires se destinent à des fonctions de chef de projet ou d’auteur. Le mastère hypermédia bénéficie du partenariat d’entreprises comme Hewlett-Packard. Renseignements au 01 47 03 52 71.
 
Laboratoires insérés dans l’école. Les écoles d’Aix-en-Provence et de Marseille accueillent deux laboratoires. Le Cypres, à Aix, association autonome installée dans l’école, invite des artistes en résidence et propose aux étudiants de participer aux réalisations des artistes invités. Fearless-Media, à Marseille, résulte de l’absorption d’une structure de production montée notamment par Dominique Barbier. Le matériel est mis à la disposition des étudiants, Dominique Barbier leur apportant son expérience. L’école de Nice bénéficie, elle, de la proximité des artistes en résidence à la Villa Arson. Les pensionnaires y accompagnent les étudiants dans leurs travaux.

Laboratoire de langage électronique (LLE). Le LLE, projet regroupant les écoles de Nancy, Bourges, Strasbourg, Cergy-Pontoise, Lyon et Nantes, a été sélectionné comme site pilote pour les autoroutes de l’information. Ce réseau fonctionne avec l’École nationale des arts et métiers (CNAM) : chaque étudiant est en relation avec un élève ingénieur qui l’aide à réaliser son projet.

Exposition et colloque internationaux à Bergame. L’École des beaux-arts et la Galerie d’art moderne et contemporain de Bergame, en Italie, organisent une exposition (3 mai-31 août) et un colloque (9-10 mai) sur le thème de "l’École d’art en Europe : continuité et innovation dans les arts plastiques". Rens. au 39 35 39 95 29.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°35 du 4 avril 1997, avec le titre suivant : Quels débouchés ?

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