Polémique

Quel avenir pour le Palais de Tokyo ?

Le départ d’Olivier Kaeppelin pour la Fondation Maeght pose la question du devenir de la plateforme dédiée aux artistes français

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 10 mai 2011 - 898 mots

Le départ d’Olivier Kaeppelin pour la Fondation Maeght (Saint-Paul de Vence) pose la question du devenir de la plateforme dédiée aux artistes français. Censée ouvrir au Palais de Tokyo, à Paris, en 2012, la structure risque de pâtir d’un financement incertain et de divergences de vue quant à sa programmation.

PARIS - Coup de tonnerre ! Le pilote du projet du Palais de Tokyo nouvelle version, regroupant dans une circulation unique l’actuel Site de création contemporaine et les 7 000 mètres carrés de friches au sous-sol, a claqué la porte pour prendre, début juillet, la direction de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence (Alpes-Maritimes). Bien que soutenu par Frédéric Mitterrand, qui déclarait dans nos colonnes (lire le JdA no 329, 9 juil. 2010) qu’« Olivier Kaeppelin [allait] être le patron et c’est à lui qu’[allait] être confiée la réflexion générale sur la politique à mener dans ce lieu », ce dernier a été poussé vers la sortie par l’entourage du ministre de la Culture. Les statuts de la SAS (société par action simplifiée) n’ont toujours pas été déposés, tandis que la nomination d’Olivier Kaeppelin n’a jamais été entérinée par le Journal officiel. Si le projet architectural est enclenché, le mécénat, lui, tarde à arriver. À ce jour, il s’élève à 450 000 euros octroyés par l’opérateur de télécommunications Orange et 75 000 euros donnés par le groupe GDF Suez. L’éventualité d’un emprunt est suspendue par Bercy. « Il y a trop de retard juridique qui menace l’équilibre budgétaire fonctionnel. Je suis un pragmatique, je ne vais pas me laisser embarquer par ce désordre », confie Kaeppelin. Tout en engageant le processus de réaménagement architectural, celui-ci avait posé les fondements d’une programmation jusqu’à fin 2013 en invitant notamment Anne et Patrick Poirier, Lee Ufan ou encore Gloria Friedmann. L’idée était aussi de suivre l’actualité d’artistes tels Pierre Ardouvin ou Bernard Moninot. Proche dans l’esprit de ce qu’avait envisagé le Centre Pompidou, candidat malheureux à la gestion du lieu, ce projet survivra-t-il au départ de Kaeppelin ? De vraies divergences de points de vue opposaient ce dernier à Marc-Olivier Wahler, directeur depuis 2006 du Site de création contemporaine. « Olivier aurait été un très bon président, mais directeur artistique, c’est un autre métier, déclare Marc-Olivier Wahler. On n’était pas en conflit, mais on avait deux logiques différentes. La sienne était d’exposer des artistes français, de réclamer une identité, d’en faire une marque, une école. Ma logique est différente. J’ai exposé environ 60 % d’artistes français au Palais de Tokyo, mais sans souligner leur nationalité. J’ai montré Fabien Giraud et Raphaël Siboni en même temps que Jonathan Monk et Christoph Büchel, sans avoir besoin de dire qu’ils étaient français. Je serais déçu qu’on retourne à une logique qui date d’il y a trente ans, et qui n’a pas fonctionné. » 

Lettre ouverte
Une pétition lancée à la suite de la démission d’Olivier Kaeppelin ne l’entend pas de cette oreille : « Il manque en France un lieu pour l’art qui soit l’équivalent du Whitney Museum aux États-Unis, des Kunsthalle allemandes, et qui existe déjà dans tous les autres pays ! Olivier Kaeppelin, par ses actions, ses écrits et son engagement constant reste la personne la plus compétente pour mener à bien cette entreprise dont il est l’initiateur… Nous demandons que le projet du Palais de Tokyo tel qu’Olivier Kaeppelin l’a défini, se réalise dans son intégralité, incluant, cela va de soi la maîtrise de la programmation. » Une lettre adressée au président de la République, signée entre autres par les artistes Damien Deroubaix, Jean-Luc Moulène et Ange Leccia ou l’historien Yve Alain-Bois réclame le retour de Kaeppelin aux commandes, critiquant le « gâchis consternant et scandaleux » né de la manœuvre d’un petit clan.

Le bourbier actuel a de quoi effrayer les candidats potentiels à la direction artistique du lieu. Même si les noms de Hans Ulrich Obrist, actuel codirecteur de la Serpentine Gallery à Londres, et de Jean de Loisy, curateur indépendant, ont circulé, ces derniers démentent toute candidature. « Il s’agit d’une fausse rumeur. J’ai un poste à Londres, et je ne souhaite pas le quitter », nous a déclaré Obrist. « Cela ne m’intéresse pas pour l’instant. Olivier Kaeppelin me l’a proposé, mais le contexte était perturbé, indique pour sa part Jean de Loisy. Il faut pour cet endroit un homme âgé de 35 ans qui passe ses nuits avec les artistes. » Il n’est d’ailleurs pas sûr qu’un nouveau directeur accepte de se couler dans le sillon dessiné par un autre… Faute de combattants, Marc-Olivier Wahler, dont le contrat s’achève en avril 2012, pourrait-il reprendre le collier ? « Le directeur de l’association devait être le premier directeur de la SAS, reconduit pour trois ans, souligne-t-il. Dans tous les endroits où j’ai travaillé, je suis resté six ans. La nouvelle histoire, je la construirai ailleurs. Je ne peux pas construire une programmation sur cinq ans sur 20 000 m2. Si je dois rester au Palais de Tokyo plus longtemps que l’aboutissement de mon programme, ce sera uniquement pour consolider cette structure. »

Reste à voir si Kaeppelin résistera longtemps à l’ambiance difficile de la Fondation Maeght. Les descendants du marchand Aimé Maeght ont déjà épuisé deux directeurs, Dominique Païni et Michel Enrici. Même Yoyo Maeght a quitté avec fracas le conseil d’administration de la Fondation pour mésentente familiale (lire le JdA no 343, 18 mars 2011)…

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°347 du 13 mai 2011, avec le titre suivant : Quel avenir pour le Palais de Tokyo ?

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