Quatre candidats pour un prix

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2008

Après Tatiana Trouvé en 2007, qui sera le lauréat de la 8e édition du prix Marcel-Duchamp, remis le 25 octobre ? Présentation des quatre projets en lice.

La FIAC accueille à la Cour carrée du Louvre les œuvres des quatre artistes désignés pour le prix Marcel-Duchamp 2008. Cette distinction, créée à l’initiative de l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (Adiaf), sera décernée le 25 octobre par un jury composé de : Pierre Darier (collectionneur, président du Mamco à Genève) ; Gilles Fuchs (président de l’Adiaf), Jacqueline Matisse-Monnier (artiste), Alfred Pacquement (Musée national d’art moderne/Centre Pompidou) ; Julia Peyton-Jones (Serpentine Gallery, Londres) ; Guy Tosatto (Musée de Grenoble) ; et Walter Vanhaerents (collectionneur belge). Nous présentons les projets que réaliseront spécialement pour le prix Michel Blazy, Stéphane Calais, Laurent Grasso et Didier Marcel (dont les démarches sont illustrées par une œuvre récente). Le lauréat bénéficiera d’une exposition personnelle au Centre Pompidou à l’été 2009.

Michel Blazy
Des cartons et de la colle à papier peint : le projet de Michel Blazy fait montre d’un extrême dépouillement, en termes matériels tout au moins. Force verte, titre évocateur qui pourrait qualifier nombre de produits ou d’activités, est une sculpture évolutive marquée par les idées du vivant et de l’évolution. Sorte de touffe d’herbe, l’œuvre est réalisée avec des empilements de boîtes en carton mesurant 40 x 30 cm. Un brin central culminant à une hauteur de 3 mètres est encadré par quatre autres un peu moins élevés, lesquels sont recouverts d’une très épaisse couche de colle ayant pour effet de faire ployer la matière et d’accentuer, le temps passant, les plis qu’elle provoque. Le tout conservant, contre toute logique de la matière, un aspect frais et humide. Ces caractéristiques confèrent à l’ensemble un caractère naturel et organique, marqué par des impressions de chute et de jaillissement, alors que la matière est artificielle. Il est vrai que de cette dichotomie, depuis toujours, Michel Blazy fait son miel.

Didier Marcel
Avec son installation Sans titre (Champ de blé aux corbeaux), Didier Marcel poursuit son exploration d’une veine paysagère qui lui est propre, entre réalisme frontal et « abstractisation » de certains composants, lesquels, combinés, produisent des images au fort potentiel poétique. L’artiste revient ici à l’univers agricole qui lui a déjà fourni nombre de motifs, avec le moulage d’une machine servant à faire les foins, dans sa version tractée, installée sur une moquette finement rayée qui crée la perspective nécessaire à la spatialisation efficace de l’ensemble. Un caractère qui renforce la picturalité de la scène inspirée par l’avant-dernier tableau de Vincent Van Gogh (Le Champ de blé aux corbeaux, 1890), dramatisée par une lumière « solaire » et irradiante qui la surexpose fortement. Les corbeaux ne sont plus ici que des morceaux de papier noir froissés et jetés sur le « terrain ». Avec la minutie et l’exigence du détail qui lui sont siennes, Didier Marcel parvient à livrer une scène de caractère expressionniste fondée sur l’expérience du ready-made et son détournement.

Laurent Grasso
Laurent Grasso aime à plonger le spectateur de ses œuvres dans des abîmes d’incertitudes, en soumettant son regard, et par extension ses sens, à une certaine forme de tension face à des phénomènes qui souvent dépassent l’entendement logique, la stricte compréhension.
Pour le prix Marcel-Duchamp, il présente un nouveau film tourné à Ténérife, dans l’archipel des Canaries. La projection prend place dans un espace clos à l’agencement clinique, bordé par d’étranges murs acoustiques faits d’un assemblage de volumes métalliques pointus et irréguliers laqués de noir. Quatre enceintes contribuent en outre à installer le spectateur au centre d’un rayonnement, d’une expérience en cours. Un rocher en situation de lévitation, aux mouvements infimes et quasi imperceptibles, occupe l’écran. Ce « presque laboratoire » dans lequel le spectateur se trouve inséré, pourrait lui laisser penser qu’il se trouve en situation d’influer, via une expérience de télékinésie, sur l’image et son déroulé subtil.

Stéphane Calais
Remarquable dessinateur, Stéphane Calais, amateur des chemins de traverse, passe de l’image au texte dans un va-et-vient bien plus gourmand – ne se priver d’aucun plaisir – qu’illustratif : l’un n’a pas nécessairement besoin de compléter l’autre. Surtout, il aime laisser filer la métaphore et les correspondances elliptiques desquelles jaillissent tensions, lectures, compréhensions, interprétations, incompréhensions… Le texte ici présenté est un extrait d’un poème d’E. E. Cummings, un auteur qui a toujours affirmé que sa poésie était intraduisible. On le retrouve énergiquement dessiné – et donc peu commode à lire – sur de grandes feuilles accrochées sur les murs latéraux de l’espace d’exposition, dans deux versions, l’une française, l’autre anglaise. Sur la paroi du fond, des compositions florales aux titres on ne peut plus évocateurs tels que « Avant-garde » ou « Réalité » tapissent la surface. Des liens se tissent, rappelant à l’œil et à l’esprit que l’inutile peut parfois avoir une fonction et que vaine est vanité, surtout dans le champ intellectuel !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°289 du 17 octobre 2008, avec le titre suivant : Quatre candidats pour un prix

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