Dimanche 25 juillet 2021

Promenade photographique

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2011 - 986 mots

Plusieurs institutions parisiennes profitent du Mois de la photo pour présenter, dans leur majorité, des clichés à valeur documentaire.

De la vingtaine d’expositions proposées à Paris, dans le cadre du Mois de la photo, se dégage une tendance marquée pour la photographie documentaire, pour ne pas dire sociologique. L’humain est le point de mire de l’objectif. Saisis dans leur vie quotidienne, les hommes et les femmes qui peuplent ces clichés sont les agents révélateurs d’une réalité. Chez Lewis Hine (1874-1940), ils sont sacrifiés sur l’autel d’une Europe en conflit mondial, ou sur celui d’une Amérique en pleine construction capitaliste au début du siècle dernier. Quand il dénonçait, Lewis Hine n’oubliait pas de conférer à ses images une grande force esthétique. Inoubliables sont ces ouvriers bâtissant l’Empire State Building, à New York, perchés sur des poutres à des centaines de mètres de hauteur, comme si de rien n’était. Construite à partir du fonds de la George Eastman House, International Museum of Photography and Film (Rochester, New York), l’exposition que lui consacre la Fondation Henri Cartier-Bresson s’attarde sur tout ce qui révoltait Hine, en premier lieu le travail des enfants.

Photographe humaniste, Caj Bremer (né à Helsinki en 1929) l’est aussi. Plus proche dans l’esprit d’un Robert Doisneau, Bremer se distingue par sa poésie et son humour. Star du photojournalisme dans son pays, il a fait l’objet d’une rétrospective à l’Ateneum d’Helsinki au printemps 2010, dont une version réduite est aujourd’hui présentée à l’Institut finlandais. Patrick Faigenbaum (né en 1954) se considère pour sa part comme un portraitiste plus qu’un documentariste. Le Musée de la vie romantique décline ses portraits urbains et ses portraits humains. Dans un style plus ancré dans l’actualité, « Elles changent l’Inde », au Petit Palais, met en avant les reportages récents de six photographes de l’agence Magnum. Chacun à leur manière, ils observent des femmes qui ont su tirer parti de l’évolution de leur statut, dans un pays qui leur accorde une place plus grande, une voix plus forte, et les autorise enfin à exercer des métiers d’homme.

Scènes de paysages urbains ou d’initiation
George Hendrik Breitner (1857-1923) est plus connu pour ses tableaux de style impressionniste que pour son travail dans la chambre noire. Vers 1900, l’artiste originaire de Rotterdam avait pourtant adopté le médium, et l’avait pour ainsi dire transformé en jouet – il expérimentait avec les capacités de l’appareil comme un enfant l’aurait fait, en jouant sur la netteté, la perspective, le mouvement. Pour cette rétrospective exceptionnelle, l’Institut néerlandais s’est vu confier par le Rijksmuseum d’Amsterdam une trentaine d’agrandissements de scènes de rue et de paysages urbains. La rue fut tout autant un terrain de jeu pour William Klein (né en 1928), dans les années 1950, mais cette fois-ci à Rome. Les promenades du jeune Américain, venu assister le maître Fellini sur le tournage des Nuits de Cabiria (1957), sont retracées à la Maison européenne de la photographie, où Klein partage l’affiche, entre autres, avec José Medeiros (1921-1990). En 1951, le photojournaliste brésilien avait réalisé un reportage pour la revue O Cruzeiro (fondée par le Français Jean Manzon), dans lequel il dévoilait les secrets d’une cérémonie d’initiation au culte afro-brésilien du candomblé, à Bahia.

José Medeiros est également à l’honneur à la Maison de l’Amérique latine, mais cette fois pour une rétrospective qui révèle les facettes multiples de son travail : la légèreté à Rio de Janeiro dans les années 1940 et 1950 (ou le « Rio Bossa Nova »), la vie quotidienne et les traditions populaires. La fête est elle aussi au cœur du travail de Jean Depara (1928-1997), présenté à la Maison Revue Noire. Dans les années 1960, lorsque Kinshasa s’appelait encore Léopoldville, les jeunes Kinois adoptent l’american way of life, se nourrissent de musique et fréquentent les bars, les dancings et autres clubs avec assiduité. Le photographe d’origine angolaise vit la nuit et saisit ce tournant dans la vie d’un peuple découvrant l’indépendance. Enfin, par son absence criante, l’humain est au cœur du sujet de « Topographies de la guerre » au BAL. Ou comment les conflits armés deviennent une notion abstraite, désincarnée, notamment par la censure que l’armée américaine exerce sur les images montrant ses soldats blessés ou tués.

LEWIS HINE, jusqu’au 18 décembre, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2, impasse Lebouis, 75014 Paris, tél. 01 56 80 27 00, www.henricartierbresson.org, tlj sauf lundi 13h-18h30, mercredi jusqu’à 20h30, samedi 11h-18h45

CAJ BREMER, PHOTOGRAPHE, jusqu’au 26 novembre, Institut finlandais, 60, rue des Écoles, 75005 Paris, tél. 01 40 51 89 09, www.institut-finlandais.asso.fr, tlj sauf dimanche et lundi 12h-18h, mardi jusqu’à 20h

PATRICK FAIGENBAUM. PHOTOGRAPHIES, PARIS PROCHE ET LOINTAIN, jusqu’au 12 février 2012, Musée de la vie romantique, 16, rue Chaptal, 75009 Paris, tél. 01 55 31 95 67, tlj sauf lundi 10h-18h

ELLES CHANGENT L’INDE, jusqu’au 8 janvier 2012, Petit Palais, Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris, tél. 01 53 43 40 00, www.petitpalais.paris.fr, tlj sauf les lundi 10h-18h, jeudi jusqu’à 20h

BREITNER, PIONNIER DE LA PHOTOGRAPHIE DE RUE, jusqu’au 22 janvier 2012, Institut néerlandais, 121, rue de Lille, 75007 Paris, tél. 01 53 59 12 40, www.institutneerlandais.com, tlj sauf lundi 13h-19h

ROME KLEIN. PHOTOGRAPHIES 1956-1960, jusqu’au 8 janvier 2012, Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, 75004 Paris, tél. 01 44 78 75 00, www.mep-fr.org, tlj sauf lundi et mardi 11h-20h

JOSE MEDEIROS. CANDOMBLÉ, jusqu’au 13 novembre 2011, Maison européenne de la photographie

JOSE MEDEIROS-CHRONIQUES BRÉSILIENNES, jusqu’au 3 décembre, Maison de l’Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris, tél. 01 49 54 75 00, www.mal217.org, tlj sauf dimanche 10h-20h, samedi 14h-18h

DEPARA, NIGHT & DAY IN KINSHASA, 1951-1975, jusqu’au 17 décembre, Maison Revue Noire, 8, rue Cels, 75014 Paris, tél. 01 43 20 28 14, www.revuenoire.com, tlj sauf dimanche, lundi et mardi 13h-19h

TOPOGRAPHIES DE LA GUERRE, jusqu’au 18 décembre, Le BAL, 6, impasse de la Défense, 75018 Paris, tél. 01 44 70 75 50, www.le-bal.fr, tlj sauf lundi et mardi 12h-20h, jeudi jusqu’à 22h, samedi 11h-20h, dimanche 11h-19h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°356 du 4 novembre 2011, avec le titre suivant : Promenade photographique

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