Près de Paris, treize lieux pour la création

Ils jouent la carte de la complémentarité et de l’expérimentation

Le Journal des Arts

Le 20 octobre 2000 - 1613 mots

À l’heure où les Parisiens attendent la prochaine ouverture d’un lieu destiné à la jeune création au palais de Tokyo, voici un tour d’horizon d’un ensemble de structures entièrement consacrées à l’art contemporain, à quelques kilomètres de la capitale.

“La galerie a une mission de service public, dont les priorités sont de soutenir la création artistique contemporaine et les artistes, de travailler avec le public et d’assumer les risques qui accompagnent cette mission”, estime Hélène Chouteau, directrice de la jeune galerie de Noisy-le-Sec.

Actuellement, treize structures en banlieue parisienne ont un lieu d’exposition permanent et font un véritable travail de soutien à la création contemporaine et de sensibilisation de nouveaux publics. Ces lieux de diffusion de l’art contemporain ne sont pas réunis sous un terme générique. Ils portent le nom de centre d’art, galerie ou espace d’art contemporain et cachent de grandes différences en terme de statut, de budget et de surface d’exposition. Il existe quatre centres d’art dits “labélisés” : le Centre photographique d’Île-de-france, le Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson, le Credac et le Centre national de l’estampe et de l’art imprimé. Ces espaces, régis par des associations loi 1901, font l’objet de conventions triennales avec la direction régionale des affaires culturelles (Drac) et répondent à un cahier des charges bien précis. Ces lieux sont les mieux lotis en terme de surface et de budget. Ils disposent entre 1,6 million de francs et 2,6 millions de francs par an. Les autres lieux de diffusion, sous tutelle municipale, bénéficient d’un budget annuel variant entre 30 000 francs et 1 million de francs.

Quel que soit leur statut, ces structures présentent de nombreuses similitudes dues à des raisons historiques et géographiques.

Ces espaces ont pour la plupart été initiés dans les années soixante-dix par la volonté d’individus isolés et de certaines municipalités d’implanter une véritable politique d’accès à la culture qui passait très souvent par le théâtre mais qui pouvait également prendre en compte les arts plastiques. C’est à partir des années quatre-vingt que des espaces d’art contemporain ont été consolidés et d’autres créés avec l’aide financière du ministère de la Culture. Cette politique de subvention a apporté une certaine homogénéité à l’ensemble des activités des centres d’art.

Face à la proximité de Paris et de ses nombreuses structures publiques et privées vouées à l’art contemporain, les centres d’art de la banlieue parisienne jouent la carte de la complémentarité.
Ils n’ont pas pour mission de constituer ni de conserver de collections permanentes. Ils concentrent tous leurs efforts sur la conception et la réalisation d’expositions, la production d’œuvres, l’édition de catalogues d’exposition et peuvent proposer, comme au Credac, un atelier d’artiste résident. Face à des institutions parisiennes parfois frileuses, ces structures ont une mission d’expérimentation. Elles ont fait le choix d’une programmation “pointue”, orientée vers la jeune création et la recherche. À l’occasion de la réouverture du Centre d’art de Brétigny – qui vient de faire l’objet d’un agrandissement – son directeur, Xavier Franceschi a passé commande auprès de 3 jeunes artistes. Michel Aubry, Xavier Veihlan, et l’Atelier Van Lieshout ont été invités à réaliser trois pièces, pensées pour l’exposition de réouverture et conçues pour être intégrées au lieu définitif.

Les surfaces d’exposition dont disposent les lieux de diffusion en banlieue – de 150 m2 à 600 m2 – se prêtent particulièrement bien à ce rôle de “laboratoire” de la création ; elles semblent peu adaptées à un travail à caractère historique qui incombe plus à certains musées.

Les centres d’art de la banlieue parisienne se différencient, en terme de programmation, de ceux implantés sur le reste du territoire. En province, les choix peuvent se définir différemment puisque les centres d’art n’ont pas forcément à proximité un musée d’art contemporain ; ils peuvent être amenés à présenter des artistes déjà reconnus et des expositions de type muséal.

“Ces lieux sont à la fois des lieux laboratoires et des lieux de proximité qui proposent à une population qui n’est pas forcément habilitée à la recevoir, la création en effervescence, en train de se faire. Il est parfois difficile pour les directeurs de lieux de faire passer le message auprès de la population locale”, constate Aude Bodet, conseiller aux arts plastiques à la Drac Île-de-France.

Les directeurs de centre et leur équipe mènent une véritable mission de sensibilisation à l’art contemporain de la population qui, pour sa grande majorité, ne fréquente pas les équipements culturels de la capitale. Les initiatives proposées sont très variées : conférences sur l’art contemporain, visites commentées, rencontres avec les artistes, soirées, visites d’expositions à Paris. L’emplacement de certaines structures favorisent également le mélange des publics. Le Centre d’art de la Ferme du Buisson, situé dans le complexe culturel de Marne-la-Vallée, joue de la proximité de la scène nationale pour mener un axe de réflexion autour du travail des plasticiens avec les arts du spectacle et plus particulièrement la danse.

L’hostilité de certains élus
Les équipes ont aussi le souci d’accompagner chacune de leurs expositions d’un suivi pédagogique auprès des enseignants et des scolaires. Toutes ces actions de sensibilisation contribuent à l’intégration des structures dans le tissu local – une des clefs de longévité pour ces structures encore fragiles. La ville étant leur principal financeur, les centres d’art peuvent être confrontés à une hostilité des élus envers ces structures à but non lucratif qui n’offrent pas de débouchés économiques. Les directeurs de centre ont également à se justifier face à des détracteurs de l’art contemporain parfois véhéments. La Maison d’art contemporain Chaillioux de Fresnes a été menacée de fermeture au printemps 1997. Elle s’est vue taxer d’élitisme et d’hermétisme par la mairie socialiste et plus particulièrement par le maire adjoint, qui a critiqué ouvertement l’intérêt de la programmation.
 
Face à de telles attaques, les directeurs de centre ont pris conscience de la nécessité d’une plus grande visibilité de leur profession et de leurs activités ; expliquer ce qu’est la création contemporaine et ce que font concrètement ses acteurs. La plupart d’entre eux se sont regroupés au sein de l’association TRAM dont l’enjeu principal est de multiplier la médiation auprès des publics. Cette association édite des plaquettes d’information et dispose d’un site Internet qui donne accès à tous les renseignements concernant les centres d’art en Île-de-France.

À l’heure actuelle, l’existence des centres d’art de la banlieue parisienne ne semble pas remise en cause. Beaucoup d’élus ont compris que la proximité de Paris n’était pas un handicap pour la vie culturelle de leur commune et qu’ils pouvaient proposer des projets spécifiques à leur ville. Espérons que les élections municipales conforteront ces acquis.

D’Aubervilliers à Rueil, que voir...

- Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson, Allée de la Ferme - Noisiel 77437 Marne-la-Vallée cedex 2 ; tél. : 01 64 62 77 41 www.ferme-du-buisson.com
Jusqu’au 17 décembre : Le réel par ailleurs, Arahmaiani, Iwan Ijono, Krisna Murti, Mazurki, Tisna Sanjaya, Renaud Auguste-Dormeuil, Fabrice Gygi, Gianni Motti.

- Centre photographique d’Île-de-France, Hôtel de Ville, 77340 Pontault-Combault ; tél. : 01 70 05 49 80.
Jusqu’au 3 décembre : Robin Collyer

- Centre d’art d’Ivry (Credac) et la Galerie Fernand Léger, 93 avenue Georges-Gosnat 94200 Ivry-sur-Seine ; tél. : 01 49 60 25 06

Jusqu’au 29 octobre :
Credac: Édouard Sautai, installation
Galerie Fernand-Léger : Octavio Blasi, peintures et Roland Flexner, dessin

Du 16 novembre au 17 décembre:
Credac : Robert Cahen, Ute Gaenssle, Micha Laury (Installations vidéo de la collection du Frac Alsace)

- Centre national de l’estampe et de l’art imprimé (Cneai) Maison Levanneur , île des impressionnistes 78400 Chatou ; tél. : 01 39 52 45 35
Jusqu’au 17 décembre : Antoni Muntadas, Multiplier/Médiatiser

- Centre d’art contemporain de Brétigny-sur-Orge, Espace Jules-Verne, rue Henri-Douard 91220 Brétigny-sur-Orge ; tél. : 01 60 85 20 97
Inauguration du nouveau centre le 14 octobre
Jusqu’à janvier 2000 : Be Seeing you, Michel Aubry, Pierre Bismuth, Michel Blazy, Plamen Dejanov / Swetlana Heger, Richard Fauguet, Gotscho, Mathieu Mercier, David Renaud, Frank Scurti, Kristina Solomoukha, Xavier Veilhan, Atelier Van Lieshout et la participation de Pierre Huyghe.

- La Galerie de Noisy-le-Sec, 1 rue Jean-Jaurès 93130 Noisy-le-Sec ; tél. : 01 49 42 67 17
Jusqu’au 18 novembre : Mitja Tusek
Du 2 décembre au 3 février 2001 : Paola Salerno

- Galerie municipale Édouard-Manet et école municipale, 3 place Jean-Grandel 92230 Gennevilliers ; tél : 01 47 94 10 86
Jusqu’au 28 octobre : Des accords parfaits, Corinne Laroche, François Schmidt
Du 8 novembre au 16 décembre : C. Aguirre, C. Filippi, B. Korczowski, C. Laroche, Cle Talec, R. Schar, F. Schmitt, S. Shankland se rencontrent...

- École d’art de Rueil-Malmaison, 3 rue du Prince-Eugène 92500 Rueil-Malmaison ; tél. : 01 55 47 14 80
Le centre d’art lié à l’école d’art, dans l’attente d’un nouveau lieu, devrait réouvrir ses portes dans les prochains mois.

- Espace d’art contemporain Camille-Lambert, 35 avenue de la Terrasse 91260 Juvisy-sur-Orge ; tél. : 01 69 21 32 89
Jusqu’au 21 octobre :
Transparences-Textiles, Tayoko Tada et Martine Schildge

- Maison d’art contemporain Chaillioux, 5 rue Julien-Chaillioux, 94260 Fresnes ; tél. : 01 46 68 58 31
Jusqu’au 12 novembre : Wade Saunders
Du 24 novembre au 22 janvier 2001 : carte blanche à Pierre Wat, artistes choisis : Frédérique Loutz et Claude Tétot

- Centre d’art moderne, espace Mira-Phalaina Maison populaire, 9 bis rue Dombasle, 93100 Montreuil ; tél. : 01 42 87 08 68

- Service municipal d’arts plastiques – La menuiserie, 44 rue du Dr Roux 94600 Choisy-le-Roy ; tél. : 01 46 80 54 87
Jusqu’au 26 novembre : Roland Seneca, à la bibliothèque Aragon

- Les laboratoires d’Aubervilliers, 41 rue Lecuyer 93300 Aubervilliers ; tél. : 01 53 56 15 90

- TRAM : www.tram-art.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°113 du 20 octobre 2000, avec le titre suivant : Près de Paris, treize lieux pour la création

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque