Philippe Mayaux - Néo-duchampien

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006 - 607 mots

À 45 ans, l’artiste, qui dit faire de la peinture en amateur et par paresse, compose des installations comme des danses macabres, et signe le gros coup de l’année en allongeant la liste des lauréats du prix Duchamp.

Même si l’on ne connaît pas le jour de l’anniversaire de Philippe Mayaux, on se dit que cela devait forcément être ce samedi 28 octobre, jour de l’annonce du prix Duchamp, disputé entre Bruno Peinado, Leandro Erlich et Adel Abdessemed. Au terme d’une semaine de pression et d’intox, Philippe Mayaux est sorti du chapeau des juges sous les applaudissements d’une foule visiblement ravie. Lui aussi l’est évidemment, même s’il est surpris. Et forcément honoré de devenir l’un des héritiers de Duchamp, à qui il se réfère si souvent. Honoré, il l’était déjà d’avoir été sélectionné. Il a alors mis un point d’honneur à produire toute l’exposition sur le désir duchampien révélé durant la FIAC. Une marque de respect, en remerciement pour ceux qui l’avaient choisi et pour le public. « Je crée d’abord pour les hommes, pour leur environnement. » Le jury a récompensé une proposition libre et les collectionneurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Tout aura été vendu, avant et après l’annonce du prix.

Une histoire de belles amitiés
Du coup, il était assez détendu à l’inverse de ses amis de toujours, Philippe
Ramette et Pascal Pinaud. Le parcours de Mayaux est d’ailleurs une histoire de belles amitiés. Après une enfance passée à voyager et être seul – « cela m’a donné envie de dessiner » –, Philippe Mayaux pose ses valises à Nice et rentre à l’école d’art de la villa Arson alors dirigée par Christian Bernard. Dans la même promotion, entre 1984 et 1989, grandissent  Michel Blazy, Philippe Ramette, Natacha Lesueur, Pascal Pinaud, Philippe Mayaux, Ghada Amer. Tous développent des individualités artistiques très fortes. Mayaux choisira « par dépit » la peinture, qui plus est figurative, en pleine domination abstraite et américaine. « Une peinture mentale sans modèle », mais intensément nourrie par Giorgio De Chirico, le surréalisme, Duchamp. Noël Dolla, professeur à la Villa, sera le premier à lui acheter une toile. Belle marque de confiance pour démarrer sa carrière.

Le commissariat de sa première exposition est assuré par les trublions de Présence Panchounette dont l’un des membres, Frédéric Roux, achète une dizaine de toiles au jeune artiste. Une amitié se noue alors avec un autre collectionneur, Stéphane Corréard, qui ne tarde pas à ouvrir sa galerie Météo en 1992. Mayaux parle d’une formation continue à son contact et celui d’un des fidèles de la galerie, le critique d’art Bernard Lamarche-Vadel. Et puis, une autre rencontre importante scelle ce parcours. Hervé Loevenbruck, collectionneur puis galeriste, se laisse emporter aussi par ces tableautins lisses et acides. Jusqu’à cette apothéose.

Et lorsqu’on croit à un coup de branchitude de sa part à la lecture du texte que Marc-Olivier Wahler, directeur du Palais de Tokyo, a écrit pour le catalogue du prix Duchamp, on a tout faux. Mayaux participait à l’exposition inaugurale pour le CAN de Neuchâtel que le Suisse venait de fonder en 1995. « On a tous grandi en même temps. » Certes, mais quelle génération !

Biographie

1961 Naissance à Roubaix. 1984-1989 École d’art de la villa Arson à Nice. 1990 Présence Panchounette, un collectif d’artistes perturbateurs, assure le commissariat de sa première exposition. 2000 Avec huit autres artistes, Philippe Mayaux participe à l’exposition « Jour de fête » au Centre Pompidou. 2003 Réalisation d’une fresque Le Cosmos est brésilien pour les 450 ans de la ville de São Paulo. 2005 Art Basel, Miami. 2006 Il obtient le prix Marcel Duchamp lors de la FIAC 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Philippe Mayaux - Néo-duchampien

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