A Paris, le cinéma attend un musée

Le trésor de Langlois cherche un nouvel écrin

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2000 - 656 mots

Pourtant riche en collections cinématographiques, la France fait figure de parent pauvre dans le domaine muséographique. L’installation en 2002 du Musée Henri-Langlois dans l’ex-American Center de Frank Gehry ne laisse pas présager d’un cours de rattrapage.

À Paris, le cinéma est dans tous les musées : Orsay vient d’offrir un cycle Tod Browning, le Louvre multiplie les croisements féconds entre histoire de l’art et septième art, et le Centre Georges-Pompidou offre depuis son inauguration en 1977 une ambitieuse programmation. Dans le même bâtiment, le Musée national d’art moderne possède une collection de 950 films expérimentaux, témoins de l’”Art du mouvement” né avec le siècle. Mais quid d’un musée du cinéma dans la capitale ? En caisse depuis l’incendie du palais de Chaillot en 1997, le Musée Henri-Langlois pourrait aisément combler ce manque avec sa réouverture en 2002 à Bercy, dans le bâtiment conçu par Frank Gehry pour l’American Center. Dépositaire d’une collection exceptionnelle, formée par Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française dont il dépend, il continue de s’enrichir par des donations, le mécénat de la Fondation EDF, et d’achats faits par le Centre national de la cinématographie (CNC). Le musée possède aujourd’hui plus de 3 000 appareillages techniques du XVIIIe siècle à nos jours – du “pré-cinéma” au numérique, pour simplifier. Il s’enorgueillit également de quelque 900 costumes, et d’autant d’accessoires, sans omettre les morceaux de bravoure constitués par le décor du Cabinet du Dr Caligari, ou la maquette du studio de Méliès à Montreuil.

L’échec récent du projet de la “Maison du cinéma” ne constitue peut-être pas un bon signe pour l’essor du musée. Programmé pour abriter un établissement public fédérant la Cinémathèque française, association loi 1901, le Musée et la Bibliothèque internationale du film et de l’image (Bifi) dépendant du CNC, le bâtiment de Gehry accueillera finalement trois entités indépendantes, rassemblées dans un Groupement d’intérêt public (Gip). La victoire est pour la Cinémathèque française, éternellement méfiante à l’égard de son principal bailleur de fonds, le ministère de la Culture. “On voulait étouffer la Cinémathèque dans la ‘Maison du cinéma’. L’immeuble s’appellera désormais ‘Cinémathèque française’”, se félicite Jean-Charles Tacchella. Élu en juin à la présidence de l’association à la place de Jean Saint-Geours, le réalisateur livre pourtant un diagnostic pessimiste sur l’avenir du musée : “Le musée Henri-Langlois s’arrêtait aux années soixante, les quarante années suivantes sont dans les collections, et on ne pourra certainement pas tout montrer.” Et pour cause, puisque, entre les sous-sols de Chaillot et l’espace déconstruit de Bercy, le musée ne gagne que 100 m2, passant de 1 400 à 1 500 m2 , soit deux fois moins que le Musée du cinéma de Turin !

Toujours sans directeur depuis le départ de Dominique Païni pour Beaubourg, la Cinémathèque patine : un projet artistique a été élaboré par Antoine de Baecque, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, et un concours pour la scénographie du lieu a été lancé avant d’être repoussé. Les résultats ne devraient être connus qu’en décembre, après la correction d’un projet trop ambitieux pour l’espace disponible. Il a tout de même été prévu une enveloppe de 160 millions de francs pour le réaménagement de l’American Center et le CNC annonce que 3 millions de francs seront consacrés en 2001 à “l’enrichissement des collections de films, de documents ou d’objets relatifs au cinéma et permettront l’acquisition d’éléments nouveaux pour enrichir les futures collections du site de Bercy”.

Pour l’heure, Jean-Charles Tacchella annonce qu’il a “été décidé avec le conseil d’administration de la Cinémathèque d’organiser, en attendant l’ouverture du Musée en 2002, quatre expositions dans des lieux encore indéfinis”. À l’instar de l’exposition “Marey” montée par la Cinémathèque à l’Espace Électra en février dernier, ces manifestations devront être produites avec des partenaires extérieurs, le budget de l’institution étant insuffisant. S’il ne veut pas recevoir les visiteurs uniquement lors d’ouvertures à heures fixes comme c’était le cas à Chaillot, le nouveau Musée Henri-Langlois aura besoin de ressources supplémentaires.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°115 du 17 novembre 2000, avec le titre suivant : A Paris, le cinéma attend un musée

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