Olivier Gabet : "Au mad, l’idée n’est pas de montrer plus, mais de montrer mieux"

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 30 octobre 2018 - 669 mots

Né en 1976, Olivier Gabet a été conservateur au Musée d’Orsay puis directeur scientifique adjoint pour l’Agence France-Muséums avant de prendre la direction du MAD en 2013.
Le MAD inaugure le 19 octobre son nouveau parcours moderne et contemporain : qu’est-ce qui a motivé ce réaccrochage ?
Olivier Gabet Le parcours avait presque quinze ans, ce qui est un laps de temps considérable dans le domaine de la création contemporaine. D’autant que le regard sur le design et les métiers d’art a beaucoup changé dernièrement. Le parti pris précédent était extrêmement chronologique et nous imposait une narration limitée que n’importe qui peut trouver aujourd’hui sur Internet ou dans un livre. Or un musée doit être une expérience face à des œuvres. Avec les équipes scientifiques, il nous a semblé plus intéressant de traiter de grandes thématiques qui irriguent ces champs de création depuis 1940, en mélangeant les époques et les techniques. La pluridisciplinarité est un point crucial, car nous sommes un musée vaste et éclectique. Or cela n’apparaissait pas assez auparavant. Ce parcours est donc aussi un moyen de rappeler aux visiteurs ce qui fait notre spécificité. Cela s’inscrit dans la même dynamique que le changement de nom de l’institution mère, rebaptisée MAD pour « Mode Arts Design ». Le parcours comme la nouvelle identité sont plus lisibles pour le public, et cela nous permet aussi de revendiquer les champs que nous portons depuis cent cinquante ans. Auparavant, la mode n’était, par exemple, pas visible dans le parcours ; cela sera dorénavant le cas et nous allons également montrer beaucoup plus de pièces relevant du département des jouets, du design, des arts graphiques, de la photographie, de la publicité et de la bibliothèque. L’idée n’est pas de montrer plus, mais de montrer mieux, de mettre ces collections en mouvement et d’assumer pleinement notre singularité.

Le MAD est surtout perçu comme un temple de l’éphémère. Pensez-vous que ce parcours va attirer davantage de public dans les collections ?
Il ne faut pas oublier qu’au début de son histoire le musée était nomade, tout était dans l’éphémère et cela a marqué notre identité. De plus, le musée est connu parce qu’il y a eu de grands moments de l’histoire de l’art qui se sont écrits dans ses expositions temporaires. Il a apporté quelque chose dans l’espace parisien, une vision un peu différente, décalée ou mordante. Je pense que le public a envie de retrouver dans le parcours permanent cette tonalité, ce même effet de surprise et de poésie. C’est ce que nous avons essayé de faire, car nous aimerions que davantage de visiteurs aillent des expositions au parcours. Mais, pour cela, il faut qu’il soit attractif, c’est pourquoi nous avons travaillé sur l’espace, la lumière et la fluidité. En intégrant un niveau supplémentaire, nous avons également essayé de rendre le circuit plus simple, car le bâtiment est complexe, et certains visiteurs se perdaient avant même d’arriver dans les collections. Au final, c’est plus d’un tiers du musée que nous venons de réaménager.

Que va-t-on voir de neuf ?
Le chantier a clairement créé un appel d’air qui nous a permis de montrer beaucoup de choses que nous ne présentions pas auparavant. Par exemple, il y a désormais une salle consacrée à la cuisine de Charlotte Perriand, la reconstitution de la chambre d’étudiant de Jean Prouvé, une grande salle consacrée à Roger Tallon ou encore un redéploiement de notre collection Jean Dubuffet. Nous voulions remettre en avant des pièces fortes de notre collection, des objets célèbres, tout en proposant des choses inattendues ou inédites pour susciter de la curiosité.

 

« Le MAD va monter en puissance […], le pavillon de Marsan, dédié aux collections modernes et contemporaines, sera rouvert après six mois de fermeture pour rénovation – un projet financé par des mécènes. » Martine Robert, LesEchos.fr, 5 janvier 2018.

Nouveauparcours 

Le MAD a refondu son parcours moderne et contemporain selon un parti pris pluridisciplinaire mis en scène par les designers de Normal Studio.

2 100 m2 

C’est la surface que couvre désormais ce parcours présentant mille œuvres de 1940 à nos jours.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°717 du 1 novembre 2018, avec le titre suivant : Olivier Gabet : "Au mad, l’idée n’est pas de montrer plus, mais de montrer mieux"

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