Musées parisiens : la force du don

Le Journal des Arts

Le 16 septembre 2013 - 717 mots

En dépit de maigres budgets d’acquisition, les musées de la Ville de Paris peuvent compter sur les dons d’amateurs attachés aux lieux et à leurs équipes.

Quatorze établissements répartis dans toute la capitale : le nouvel établissement public « Paris Musées », doté d’un budget de 70 millions d’euros, a pour mission de mutualiser les besoins des musées, de maintenir une programmation constante et de poursuivre sa production éditoriale. Autant dire que les budgets d’acquisition de certains musées ne constituent pas une priorité, les lignes budgétaires ayant fait la part belle aux travaux de mise en sécurité et aux rénovations nécessaires et indispensables : après la réouverture du Musée Zadkine en octobre 2012, le Palais Galliera – Musée de la mode de la Ville de Paris ouvre à la fin de ce mois de septembre, tandis que le Musée Carnavalet devrait profiter très prochainement d’une grande rénovation. Avec un budget global d’acquisition d’un million d’euros environ pour 2012, les musées parisiens sont plus que mal lotis ; bien qu’il soit le mieux doté, le Musée d’art moderne ne dispose que de 400 000 euros à peine pour ses acquisitions. Pourtant, les collections des musées parisiens se sont exceptionnellement enrichies en 2012, grâce à des donations et legs majeurs, dus au travail des conservateurs et aux relations entretenues avec les sociétés d’Amis, les mécènes et les artistes.

Au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), le directeur, Fabrice Hergott, a convaincu le marchand d’art allemand Michael Werner de céder cent vingt-sept œuvres de sa collection personnelle au profit du musée. Trente-sept toiles et sculptures d’A. R. Penck, trente-deux bronzes et peintures de Markus Lüpertz, quinze Kirkeby, seize masques en bronze de Derain, un très beau Robert Filliou ou encore un Chaissac des années 1950 entrent au musée, pour une valeur globale estimée à près de 15,9 millions d’euros. C’est la plus grande donation consentie à l’institution depuis celle du docteur Girardin en 1953, à l’origine de la constitution du musée en 1961. Grâce aux dons des artistes et collectionneurs, le musée accueille vingt-huit autres œuvres dans ses collections, preuve de leur attachement fidèle à l’institution.

Goethe à la Vie romantique
Beaucoup moins médiatique, mais tout aussi historique pour son musée, est le legs au Musée du Général-Leclerc-de-Hauteclocque-et-de-la-Libération-de-Paris – Musée Jean-Moulin d’un ensemble d’archives, lettres et œuvres de Jean Moulin par l’une de ses petites cousines. Évalué à plus de 200 000 euros mais inestimable du point de vue de la recherche, l’ensemble (qui tient sur 7 mètres de linéaires) augmente dans des proportions exceptionnelles les collections d’un musée bicéphale fondé sur le legs d’une nièce du général Leclerc. De quoi donner un nouveau souffle à l’institution, et repenser un accrochage et un propos scientifique.

L’année 2012 a été faste au Musée de la Vie romantique. De nombreux dons sont venus enrichir les collections du musée, en l’honneur de son conservateur Daniel Marchesseau, parti à la retraite en janvier 2013 après vingt-cinq ans passés à la tête de l’institution. Avec un budget d’acquisition de seulement 12 000 euros, le musée a reçu douze œuvres évaluées 194 000 euros. Parmi celles-ci, un très beau buste de Goethe, acquis grâce à la réunion de donateurs, dont Léonard Gianadda et François de Ricqlès.

Au Musée Cognac-Jay, le Portrait de Charles Marin de La Haye, fermier général du Roi par Alexandre Roslin (1718-1793) est entré dans les collections, unique achat pour 2012. Si Carnavalet ne s’en sort pas trop mal, avec un montant global d’acquisition (avec libéralités) évalué à près de 100 000 euros, les autres musées parisiens apparaissent totalement démunis face aux prix du marché de l’art.

Au Musée Cernushi-Musée des arts de l’Asie, la directrice, Christiane Shimizu, peut compter sur ses liens tissés avec les artistes pour intégrer, grâce à leurs dons, des céramiques contemporaines dans ses collections. Cette année, la Société des amis du musée a offert en outre une très belle peinture sur soie d’une artiste japonaise, Oda Shitsuhitsu, intitulée Cerisier en fleurs et datée de 1803. Au Petit Palais, deux vases grecs, une série de photographies de José María Sert, et le don d’un carton de Victor Orsel ont marqué l’année 2012, des choix réfléchis au regard de maigres crédits d’acquisition : à peine 48 000 euros. Un chiffre dérisoire, sans rapport avec l’importance de l’institution.

Les articles du dossier : La bonne fortune des collections publiques

  • Année record pour les acquisitions ? ></a></li>
	<li>Musées nationaux, la part du lion <a href=></a></li>
	<li>Bon cru pour les musées en régions <a href=></a></li>
	<li>Le gré à gré plaît aux musées <a href=></a></li>
</ul>
</div>
</p></div></body></html>

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°397 du 20 septembre 2013, avec le titre suivant : Musées parisiens : la force du don

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque