Musées Art déco: des collections riches, mais peu nombreuses

Parcours dans les musées et les expositions du moment

Le Journal des Arts

Le 21 novembre 1997 - 1581 mots

Peu de musées en France présentent des collections Art déco réellement conséquentes. Cette relative pauvreté s’explique à la fois par un éloignement temporel insuffisant, la place importante réservée aux avant-gardes et des prix de plus en plus élevés. Néanmoins, certains musées ont acquis des œuvres dès l’époque de leur création, d’autres ont reçu d’importantes donations, parfois des ensembles mobiliers entiers.

- Musée des arts décoratifs, Palais du Louvre, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris (réouverture fin 1998)
Le Musée des arts décoratifs présente certainement l’une des plus importantes collections d’Art déco au monde. Qui veut voir des pièces entièrement conçues par les décorateurs les plus célèbres sera comblé par sa visite. Ainsi, ce ne sont pas moins de trois pièces de l’appartement de Jeanne Lanvin, décorées par Armand-Albert Rateau, qui sont reconstituées. Le bureau de l’ingénieur aéronautique Pierre Levasseur par André Fréchet, la salle à manger de M. et Mme Girod par Süe et Mare, ou encore le “studio” de Jacques Doucet offrent une assez large palette des recherches décoratives de l’époque. À côté de ces ensembles cohérents, le musée présente tous les artistes majeurs de l’Art déco, réservant une large place à toutes les techniques, du bois à la verrerie (Marinot), de la bijouterie (Lalique) à la ferronnerie (Edgar Brandt), sans oublier la peinture (Tamara de Lempicka).

- Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 11 avenue du Président-Wilson, 75016 Paris
Dans le sillage de l’exposition “Les années 30”, le mobilier et les objets d’art de style Art déco, dont certains avaient été acquis pour l’Exposition universelle de 1937, sont restés dans les salles du musée. Les grands bas-reliefs en laque dorée créés par Dunand pour le fumoir du paquebot Normandie servent de toile de fond à la présentation de la collection. L’ensemble surprend par son luxe et la rareté des matériaux : bois exotiques comme le palissandre, l’acajou, le bois de palmier ou la loupe d’amboine, peaux de crocodile, de python ou encore galuchat. Deux secrétaires de Ruhlmann et un ensemble de bureau de Dufet sont particulièrement représentatifs de la préciosité des créations. Des meubles de Pierre Chareau témoignent d’une inspiration plus moderniste. Les curieux dénicheront dans un recoin du musée une collection de verreries de Marinot des années 1925-1937. Rappelons enfin qu’une salle entière est consacrée aux toiles de Gromaire.

- Musée d’orfèverie Bouilhet-Christofle, 9 rue Royale, 75008 Paris et 112 rue Ambroise-Crozat, 93200 Saint-Denis
Des pièces dessinées par des artistes aussi représentatifs du style 1925 qu’André Groult, Louis Süe et André Mare figurent parmi les fleurons des créations modernes de Christofle.

- Musée Bourdelle, 16 rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris
La donation des ateliers de l’artiste à la Ville de Paris a permis l’ouverture de ce musée entièrement consacré à l’œuvre de Bourdelle. Ses dernières créations associées à l’Art déco occupent une large place : Théâtre des Champs-Elysées, Opéra de Marseille, monument à Mickiewicz. De nombreux bronzes, dessins, études complètent ce panorama.

- Atelier Henri Bouchard, 25 rue de l’Yvette, 75016 Paris
Dans l’atelier du sculpteur, on peut examiner de plus près les plâtres originaux de la façade de Saint-Pierre-de-Chaillot et de l’Apollon du Palais de Chaillot.

- Musée des Années 30, 26 avenue André-Morizet, 92100 Boulogne-Billancourt (ouverture fin 1998)
Après de nombreux retards, la plus grande collection d’art de l’entre-deux-guerres devrait être enfin visible à la fin de l’année 1998. L’intérêt d’un ensemble d’une telle ampleur est bien sûr d’embrasser toutes les tendances d’une époque et, pour ce qui nous concerne, de dégager les spécificités de la production Art déco par rapport au modernisme, par exemple. Un tel musée permet de mettre en regard les œuvres des plasticiens, des décorateurs et des architectes et de souligner les convergences qui existent entre les divers modes d’expression. Les sculpteurs (Joseph Bernard), les peintres (Tamara de Lempicka), les décorateurs (Ruhlmann, Süe et Mare), les architectes (Mallet-Stevens, Pingusson, Patout) rattachés à l’Art déco occuperont une place de choix dans le futur musée.

- Musée des beaux-arts de Lyon, Palais Saint-Pierre, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon
Conservant la plus importante collection d’Art déco en province, le musée de Lyon a la chance de pouvoir présenter des pièces ayant figuré à l’Exposition de 1925 : bibliothèque-vitrine en bois d’amboine de Jallot, petite table en palissandre et loupe de Süe et Mare. Lyon a connu dans les années vingt et trente, avec le dinandier Claudius Linossier, une production Art déco du plus grand intérêt. Formes et décors géométriques, sensibilité aux arts primitifs sont caractéristiques de ses créations, bien représentées dans le musée. Celui-ci possède également un grand nombre de céramiques (Decœur, Serré, Beyer) et de verreries (Marinot, Lalique) qui témoignent de la vigueur des recherches techniques menées par les artisans à cette époque.

- Musée départemental de l’Oise, 1 rue du Musée, 60000 Beauvais
Comme le musée de Lyon, celui de Beauvais possède des œuvres présentées à l’Exposition de 1925. Cet ensemble comprend deux tympans en plâtre doré de Max Blondat provenant du pavillon “Une ambassade française”, deux canéphores de Bouchard qui en marquaient l’entrée, et le “Salon des Perroquets” réalisé d’après les dessins de Leonetto Cappiello. Les céramiques des années vingt, de Delaherche notamment, sont exposées dans des vitrines d’époque offertes par le magasin du Bon Marché. Quatre toiles de Tamara de Lempicka couronnent le tout.

- Musée Despiau-Wlérick, 6 place Marguerite-de-Navarre, 40000 Mont-de-Marsan
Autour des œuvres de Despiau et Wlérick, deux sculpteurs montois de la première moitié du XXe siècle, a été constituée une collection originale, uniquement consacrée à la sculpture de cette période. L’Art déco y domine, avec des sculpteurs comme Bourdelle, Janniot, Lambert-Rucki ou Bernard. Un grand nombre d’œuvres ont été réalisées pour l’Exposition universelle de 1937.

- Musée d’art et d’histoire de Genève, 2 rue Charles-Galland, CH-1211 Genève
Jean Dunand, natif de la ville, est largement représenté, notamment par un vase de dinanderie et des panneaux de laque qu’il a lui-même offerts au musée. Des réductions de deux bas-reliefs du Normandie sont également exposées. Les artistes actifs à Genève (Hufschmid, Jacob...) fournissent le gros des collections, réparties entre le Musée d’art et d’histoire, le Musée Ariana, consacré au verre, et le Musée de l’horlogerie et de l’émaillerie.

- Musée des arts décoratifs et du design, 5 Jan Breydelstraat, B-9000 Gand
Les artistes français sont naturellement présents à Gand, mais l’intérêt de l’endroit et de présenter de l’Art déco belge, encore négligé au profit de l’envahissant Art nouveau.

- ART DÉCO BOEMIA 1918-1938, jusqu’au 31 décembre, Art Media, 14 avenue Defacqz, 1000 Bruxelles, tél. 32 2 544 08 33, tlj sauf lundi 10-18h.
Le splendide hôtel qu’Adrien Blomme avait construit en 1927 pour la famille Wielemans avait pour ambition de recréer, à deux pas de l’avenue Louise, une ambiance digne de l’Alhambra de Grenade. Classé et restauré, à l’initiative de la compagnie italienne d’assurances Generali, il est devenu aujourd’hui un centre culturel dont la perspective est résolument tournée vers la péninsule italienne. Profitant du support de la maison d’édition Electa et collaborant de façon privilégiée avec des musées italiens, l’association Art Media affiche à Bruxelles une spécificité rare : initiative privée d’origine étrangère, elle consacre la dimension culturelle de pôle européen que devrait offrir Bruxelles. Mais le lieu fastueux adhère difficilement à sa nouvelle fonction. Il n’a pas été conçu pour accueillir des expositions (faible métrage de cimaises, difficulté de présentation…) ni des visiteurs nombreux (exiguïté des couloirs, étroitesse des escaliers…). Pour marquer cette inauguration, Art Media propose une sélection des collections Art déco du Musée des arts décoratifs de Prague. La manifestation, déjà présentée à Padoue, offre un panorama des différentes formes de décoration entre 1918 et 1938. L’accent nationaliste s’impose, en liant un style à la mode à la frénésie de la jeune république. Près de 650 objets déclinent tous les registres de la production Art déco : meubles, textiles, bijoux, céramiques, verreries, cristaux, porcelaines, affiches, tapisseries et autres jouets et maquettes d’architecture rendent compte de l’esprit du temps. À la tradition régionale, répond le flot des influences qui tantôt remontent jusqu’à la Vienne des Wiener Werkstätte, tantôt s’étend aux formes de la peinture abstraite d’avant-garde. Le credo nationaliste se conjugue alors avec la “modernolâtrie” industrielle en un équilibre souvent ludique et parfois précaire. Agréable et charmeuse, la présentation ne laisse jamais entrevoir un ciel qui s’annoncerait menaçant, comme si ces années ne devaient pas être celles d’un entre-deux-guerres. Ne cachons pas le plaisir d’une exposition qui dialogue aussi étroitement avec le lieu qui l’accueille. L’Art déco tchécoslovaque a quitté le musée pour retrouver, l’espace d’une exposition, un cadre intimiste identique à celui qui fut le sien.

- JEAN LAMBERT-RUCKI, PRÉSENTATION D’UNE DONATION, jusqu’au 18 janvier, Musée départemental de l’Oise, 1 rue du Musée, 60000 Beauvais, tél. 03 44 11 43 83, tlj sauf mardi, 10h-12h et 14h-18h.
Grâce à la générosité des filles de l’artiste, le Musée de Beauvais s’est récemment enrichi d’une importante donation de sculptures de Jean Lambert-Rucki. C’est un acteur de premier plan de l’Art déco qui est ainsi honoré. Maître-décorateur plus ou moins secret de Jean Dunand de 1923 à 1943, l’esthétique de ses créations décoratives imprègne son œuvre sculpté des années vingt et trente. Ses figures épurées, à la fois massives et élancées, sont le versant public de son activité. Cette époque voit l’apparition de sa série des “péquenots” (badauds, personnages ordinaires de la vie parisienne…) qui assure sa popularité. Il s’est également consacré à l’Art sacré, un sujet absent de la sculpture d’avant-garde. À l’Exposition universelle de 1937, sa participation au pavillon de l’Union des artistes modernes, à laquelle il a adhéré dès 1930, entérine son éloignement progressif de l’Art déco.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°48 du 21 novembre 1997, avec le titre suivant : Musées Art déco: des collections riches, mais peu nombreuses

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