Société

À Milan, une œuvre féministe critiquée par des féministes

Par Antonin Gratien · lejournaldesarts.fr

Le 15 avril 2019 - 480 mots

MILAN / ITALIE

L’installation militante du designer Gaetano Pesce pour la Milan Design Week a provoqué les foudres d’un collectif féministe.

La Maesta Sofferente (Majesté Souffrante) de Gaetano Pesce installée devant le Duomo à Milan à l'occasion de la Milan Design Week © Photo Mairo Cinquetti / NurPhoto - 10 avril 2019
La Maesta Sofferente (Majesté Souffrante) de Gaetano Pesce installée devant le Duomo à Milan à l'occasion de la Milan Design Week.
© Photo Mairo Cinquetti / NurPhoto, 10 avril 2019

Quelle ne fût pas la surprise de Gaetano Pesce lorsque le designer italien de 79 ans a découvert, dimanche 7 avril, une manifestation lors de l’inauguration de sa Maesta Sofferente (Majesté Souffrante). Alors qu’elle devait dénoncer la violence perpétrée à l’encontre des femmes, l’installation de 8 m de haut a suscité un tollé auprès du mouvement féministe Non Una di Meno.

Spécialement aménagée sur une place publique pour la Milan Design Week, l’œuvre représente un buste féminin criblé de flèches, entouré de six gueules d’animaux, et entravé par un boulet. Les membres du collectif italien ont dénoncé une représentation dégradante de la femme et qui ne met pas en scène les hommes considérés comme les principaux responsables. 

Maestra Sofferente est pourtant le fruit d’une réflexion féministe. En 1969, l’ancien diplômé de la faculté d’architecture de Venise lançait son modèle initial, le Up 5. Un fauteuil aux courbes anthropomorphiques attaché à un pouf que Gaetano Pesco commentait ainsi : « cette réalisation m’a permis d’illustrer ma vision de la femme. Toujours sédentaire, elle reste malgré elle prisonnière d’elle-même. La forme de ce fauteuil, évoquant les courbes généreuses d’une femme, retenue par un boulet au pied, m’a permis de renvoyer à l’image traditionnelle du prisonnier ».

Le concept du produit était chargé de symboles. Tout comme d’autres travaux de Gaetano Pesce, qui entendait transformer luminaires et mobiliers en outils « militants ». Militants pour l’écologie, pour l’éducation des enfants. Militants contre la situation du peuple kurde, contre l’oppression des femmes.

Non Una di Meno n’a toutefois pas vu la chose de cet œil. Durant l’inauguration de la Maesta Sofferente sur la Piazza del Duomo, le groupe, né en 2016, a organisé une protestation publique contre la sculpture. Sur les pancartes des manifestantes, on pouvait notamment lire « ceci n’est pas une femme », l’un des slogans phares du groupe américain d’artistes féministes Guerillas Girls.

Une référence, aussi, à la représentation réductrice de l’œuvre. « pour la énième fois, la femme est figurée comme un corps impuissant et victimisé […] il n’y a pas d’humanité dans cette installation », soutient le mouvement sur sa page Facebook. Ailleurs, ses adhérentes dénoncent « une illustration de la violence qui est une violence à l’égard des femmes car elle réifie ce qu’elle voudrait critiquer »

De son côté, Gaetano Pesce temporise : « si le thème est l’agressivité à l’égard des femmes, il est juste que les femmes s’expriment ». Christina Tajani, responsable de l’invitation de Gaetano Pesce à la Milan Design Week, salue même avec enthousiasme la prise de parole des manifestantes : « il est positif que les femmes parlent de leur représentation […] les espaces créatifs de la Design Week sont, et doivent être, des lieux de discussions sur le sens de l’art ».
 

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