Vendredi 19 octobre 2018

Marseille fait sa Mu... CEM !

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 20 mai 2013 - 1310 mots

Plus qu’un musée, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée est une cité culturelle qui jette un pont entre les civilisations, les disciplines et les quartiers de la ville.

Le chantier phare de la culture, à Marseille, donc a fortiori de la manifestation « Marseille-Provence 2013 », est, à n’en point douter, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM). Cette institution se compose en réalité de trois sites d’une surface totale de 44 000 m2. Coût : 199,71 millions d’euros. Budget de fonctionnement : « 25 millions d’euros par an », selon Catherine Sentis, directrice adjointe du MuCEM. Livré fin 2012, l’ensemble ouvre au public le 7 juin.

Un MuCEM, trois bâtiments
Construit par l’architecte Corinne Vezzoni dans le quartier de la Belle-de-Mai, le premier bâtiment, le Centre de conservation et de ressources – 14 000 m2 –, est avant tout le site de conservation des collections du musée, même s’il comprend, en outre, plusieurs salles accessibles au public, dont des réserves, un espace documentaire de consultation et un lieu d’expositions temporaires. À cette construction « dans les terres » s’ajoutent deux entités « en bord de mer » : le fort Saint-Jean et le désormais célèbre J4, du nom de l’ancien môle portuaire sur lequel il s’érige.
Réhabilité par les paysagistes de l’agence valentinoise APS, le fort Saint-Jean – 15 000 m2 – accueille un jardin méditerranéen et des salles d’exposition logées dans les anciens casernements. Ce monument historique est directement relié, par l’intermédiaire d’une passerelle profilée, au musée proprement dit, le J4 donc. L’édifice, flambant neuf, est un épais parallélépipède couvrant une surface de 15 000 m2, dont 3 700 m2 d’espaces d’exposition, un auditorium de quatre cents places et un restaurant doté d’une terrasse panoramique. C’est la partie émergée de cet iceberg tricéphale du MuCEM, sa pièce maîtresse. Elle a été imaginée par l’architecte bandolais Rudy Ricciotti. La réalisation ne pouvait décidément rêver meilleur emplacement, au pied du fort Saint-Jean, à la charnière entre le Vieux-Port et le nouveau.
Ce qui impressionne, de prime abord, c’est évidemment cette peau de béton ajourée, visible à distance alentour et qui habille une grande partie de l’édifice, une « dentelle de béton fibré de trois centimètres d’épaisseur » qui le fait ressembler à « une section de roche marine » (dixit l’architecte). Ce moucharabieh moderne, maintenu grâce à une myriade d’« aiguilles » en Inox, s’étend sur le toit et sur deux façades de ce vaste bâtiment, côté anse du Pharo et côté fort Saint-Jean. Les deux autres façades, en revanche, sont constituées de larges parois de verre et de métal qui laissent passer la lumière méditerranéenne pour éclairer une flopée de bureaux et autres petites salles.

Un point de vue exceptionnel
À l’instar de l’intrigante résille de béton extérieure, l’intérieur du bâtiment étonne lui aussi. Dès le hall d’entrée, le visiteur peut distinguer une étonnante collection de poteaux en béton aux profils différents et dans divers tons de gris. Ils sont circulaires et réguliers ou triangulaires, voire plantés de guingois, tel un jeu de mikado. Les bureaux d’études ont, paraît-il, permis de réaliser quelques équilibres « non orthodoxes ». D’autant que l’on sait Rudy Ricciotti friand de recherches techniques et d’innovations : « Le MuCEM, explique l’architecte, c’est onze ATEX, c’est-à-dire onze autorisations expérimentales, donc onze fois trouver des procédés constructifs qui n’existent pas et les faire valider, les faire agréer. » Les effets que produisent certaines solutions adoptées sont évidemment des plus séduisants. À travers les vitres, on découvre, au loin, le phare de la digue du Large, le ballet des ferries et la cathédrale bicolore de la Major.
L’intérieur du bâtiment, lui, se déploie sous forme de spirale. Pour rejoindre les différents niveaux, le visiteur dispose de deux solutions : soit il opte pour la batterie d’ascenseurs ou l’escalier central, soit, s’il est un brin plus sportif ou tout simplement curieux, il peut emprunter un parcours extérieur qui s’enroule autour des espaces principaux tel un large colimaçon et se détache au fur et à mesure du sol pour le mener jusqu’à la terrasse supérieure. Au cours de cette lente mais agréable montée, on distinguera, entre autres, sur toute leur hauteur, les vastes salles d’exposition du musée.
Une fois arrivé sur la terrasse, on admire alors la superbe vue panoramique. Ce formidable belvédère deviendra, à coup sûr, l’un des endroits les plus prisés de cette nouvelle institution, à l’exemple de la désormais mythique « chenille » du Centre Pompidou, à Paris. Flottant littéralement entre ciel et mer, le musée se fait alors étonnamment aérien.

Le MuCEM, qu’est-ce que c’est ?
Premier musée national décentralisé, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée est l’héritier du Musée national des arts et traditions populaires (les ATP, à Paris), ancien musée d’ethnologie, créé en 1937, présentant une vision synthétique de la société française traditionnelle. À la fin des années 1990, face au désintérêt du public pour celui-ci, la décision est prise de le délocaliser et de repenser ses orientations muséographiques. En 2000, sa décentralisation et sa refonte dans la cité phocéenne sont entérinées : le MuCEM devient le premier grand musée de société dédié à la Méditerranée.

De quoi vont parler les expositions du MuCEM ?
En marge d’un petit espace réservé à la photographie, au fort Saint-Jean, le J4 offre une programmation transdisciplinaire. Des manifestations à la coloration artistique et historique, comme, pour l’ouverture de l’institution, « Le Noir et le Bleu. Un rêve méditerranéen » qui propose une réflexion sur la représentation de la Méditerranée, côtoient ainsi des expositions au propos plus ethnographique et sociologique, à l’image d’« Au bazar du genre, masculin/féminin » qui présente un état des lieux de la définition du genre dans l’espace méditerranéen.

Pourquoi le MuCEM est-il dispatché en trois lieux dans Marseille ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le MuCEM, ce n’est pas uniquement le J4, le grand geste architectural de Rudy Ricciotti face à la mer (bâtiment ci-contre). Le musée se compose, en effet, de trois entités : le J4, donc, accueillant de grandes expositions et un parcours permanent, mais aussi le fort Saint-Jean, emblématique monument médiéval du Vieux-Port, et, enfin, le Centre de conservation et de ressources, conçu par Corinne Vezzoni dans le quartier de la Joliette. Une répartition en trois sites qui permet d’ancrer le musée dans la ville : relier le port commercial au Vieux-Port en occultant la vilaine voie rapide entre le môle et le fort, grâce à la passerelle aérienne, rénover et ouvrir le fort aux Marseillais et surtout participer au renouveau d’activité dans le quartier populaire de la Joliette.

Que va-t-on voir en permanence au MuCEM ?
Le fort Saint-Jean accueille un parcours ethnologique, centré sur la question du temps et des loisirs, tandis que le J4 abrite le cœur muséographique du MuCEM ; la galerie de la Méditerranée. Ce parcours anthropologique aborde, selon une approche comparative, quatre thématiques fondamentales de l’histoire de ce bassin de civilisation : l’invention de l’agriculture, les monothéismes, la naissance de la démocratie et les grandes découvertes. Cette présentation transversale, conçue pour trois ans, rassemble mille pièces, sur le million que conserve le MuCEM.

Les collections du MuCEM conservent-elles des œuvres phares ?
Les collections du MuCEM recouvrent une période très longue – de 8 000 avant notre ère à aujourd’hui – et des champs pluriels ; des œuvres d’art, des pièces archéologiques mais aussi des documents. Le circuit inaugural dévoile d’ailleurs quelques-unes de ses œuvres phares : une précieuse maquette en nacre de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, des vêtements de fête richement brodés, mais aussi des objets d’art populaire, à l’image du grand orgue de Gavioli, classé trésor national. Enfin, l’art contemporain est également bien représenté dans les collections, notamment par la grande installation évoquant les Sept Merveilles du monde, réalisée par Anne et Patrick Poirier.

Isabelle Manca

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°658 du 1 juin 2013, avec le titre suivant : Marseille fait sa Mu... CEM !

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