Marian Goodman : « juger les artistes en tant qu’individus »

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 17 décembre 1999

Plus de vingt ans après l’ouverture de sa galerie à New York, Marian Goodman s’est installée dans un superbe hôtel particulier de la rue du Temple, à Paris. Travaillant aujourd’hui avec davantage d’artistes hexagonaux, la galeriste new-yorkaise nous livre son programme pour Paris et sa vision de la situation française.

Rappelez-nous l’histoire de la Marian Goodman Gallery.
J’ai commencé à publier, en 1968, des éditions sous le nom “Multiples, Inc.”, avec des artistes pop comme Warhol, Oldenburg et Lichtenstein. Je suis allée en Allemagne pour visiter la Documenta et j’y ai découvert Beuys et Broodthaers. Ce fut le début d’un grand changement pour moi parce que, aux États-Unis, ces artistes étaient inconnus. Je m’y suis intéressée de plus en plus et, dans les années soixante-dix, j’ai publié quelques projets avec Beuys et Broodthaers. J’ai ouvert une galerie en 1977, à New York, pour montrer Broodthaers. Ce fut le commencement. Parallèlement, j’ai toujours été attirée par beaucoup d’artistes qui ont puisé leur “discours” dans la fin des années soixante et les années soixante-dix, en Amérique et en Europe. Quand je faisais des éditions, j’ai travaillé en étroite collaboration avec LeWitt, Baldessari et Artschwager, avec qui je suis toujours restée en contact. Aussi, en même temps que des artistes américains, je représente beaucoup d’Européens et je leur rends régulièrement visite. Je m’arrête toujours à Paris sur le chemin du retour, parce que c’est ma ville préférée en Europe. Une chose en amenant une autre, j’ai ouvert un espace ici qui est rapidement devenu un bureau. Je représente beaucoup d’artistes qui n’ont pas été exposés à Paris, et ils sont enchantés de pouvoir le faire. Et ainsi, j’ai démarré un programme ici.

Vous travaillez avec des artistes qui ont déjà une galerie à Paris.
Je montre des artistes à Paris qui ne travaillent pas avec des galeries françaises. À New York, je représente beaucoup d’artistes qui n’exposent pas à Paris et ils sont ravis d’exposer ici.

Allez-vous coordonner vos programmes de Paris et New York ?
Nous exposerons souvent le même artiste et parfois des artistes différents.

Paris est-elle une place qui compte pour le marché ?
Ce fut certainement un lieu très actif et j’espère qu’il va le redevenir. Je crois que beaucoup d’artistes veulent exposer à Paris. C’est certainement une ville importante.

Attendez-vous des grands collectionneurs à Paris ?
Nous les avons à New York parce que c’est un centre et que les gens y viennent de partout dans le monde. Mais nous espérons bien marcher à Paris. Bien sûr, il y a ici de grands collectionneurs et des institutions majeures. Et il existe en France un nouveau type de collectionneurs d’une trentaine d’années. Ils n’ont pas toujours énormément d’argent, mais ils sont très engagés et enthousiastes.

Vous représentez davantage d’artistes français, comme Pierre Huyghe, Annette Messager et Daniel Buren. Les artistes hexagonaux vous semblent-ils plus intéressants que jadis ?
Les grands artistes français, comme Boltanski, Toroni, Buren, Messager, sont ceux que je connais le mieux. Et il y a une nouvelle génération, celle de Pierre Huyghe et les autres.

Vous allez les exposer à New York ?
Nous allons montrer Pierre, qui suscite un vif intérêt aux États-Unis, et nous exposons Boltanski depuis quinze ans.

Les artistes français rencontrent des difficultés à New York. Buren y a exposé mais il n’y a jamais beaucoup vendu. Les choses peuvent-elles changer ?
Je ne connais pas les détails, mais je sais qu’il est très estimé. Que l’on vende ou pas n’a rien à voir avec le fait d’être Français. Ces artistes sont parmi les plus importants de notre temps. Les créateurs de grande qualité ne sont pas toujours ceux qui vendent le mieux, mais ce sont ceux qui restent.

Parlez-vous des artistes français avec vos collectionneurs américains ?
Oui, bien sûr. Christian Boltanski est par exemple très connu et apprécié aux États-Unis. Il a bénéficié de l’une des expositions itinérantes les plus importantes jamais organisée pour un artiste contemporain. Nous représentons de nombreux artistes européens et, par expérience, je pense que le public juge davantage les artistes en tant qu’individus qu’en termes de “Français”, “Italiens”, “Allemands”…

Qu’avez-vous pensé de l’exposition “Premises” organisée au Musée Guggenheim de New York l’année dernière ?
Les expositions de groupe sont toujours difficiles, et toute exposition nationale est problématique dans le sens où ce qui réunit les artistes, c’est surtout leur nationalité et non un champ cohérent d’intérêt. Mais il y avait dans “Premises” de très bons et très grands artistes. Quand de telles expositions ont lieu à New York, elles devraient avoir une couverture presse plus importante. Un seul journal compte dans cette ville, et c’est un problème.

Avez-vous vu des expositions de “Côte Ouest” ?
Non, mais j’ai entendu dire plusieurs fois que celle de Pierre Huyghe, à Santa Monica, avait beaucoup de succès.

Pensez-vous que ce soit une bonne chose que le gouvernement français aide de cette façon nos artistes “nationaux” ?
Je ne veux pas commenter une situation que je ne connais pas très bien.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°95 du 17 décembre 1999, avec le titre suivant : Marian Goodman : « juger les artistes en tant qu’individus »

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