Entretien

Marc-Olivier Wahler, futur directeur du Palais de Tokyo

« Développer l’identité d’un lieu »

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 21 octobre 2005

Au terme d’un suspense d’une semaine, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, et le président du conseil d’administration du Palais de Tokyo, Maurice Lévy, ont annoncé le 17 octobre le nom du futur directeur du centre d’art : Marc-Olivier Wahler. Le Suisse était pourtant loin d’être le favori parmi les candidats qui avaient été présélectionnés et auditionnés par le jury le 11 octobre : Éric Corne et Gaël Charbau, Hou Hanru et François Quintin, Jean-Marc Prévost et Alexandra Midal, Éric Troncy et Stéphanie Moisdon, et enfin Benjamin Weil et Emmanuelle de Montgazon. Né en 1964, Marc-Olivier Wahler dirige depuis 2000 le Swiss Institute de New York, après avoir cofondé en 1995 le Centre d’art de Neuchâtel (CAN), qu’il a dirigé pendant six ans. Il a aussi été critique d’art, notamment pour le Journal des Arts. Il nous présente l’esprit de son programme qu’il mettra en place quand il succédera à Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud en février 2006.

Quel sera le principe de votre programmation ?
La plupart des manifestations se feront sur une logique de collaboration. J’encourage les artistes à collaborer avec d’autres personnes, des physiciens, des écrivains, des cinéastes, des chauffeurs de taxi, etc. C’est une chose que j’ai déjà commencée à développer au Swiss Intitute à New York et qui le sera au Palais de Tokyo de manière plus systématique. Le centre d’art sera une structure « collaborative » où les artistes vont essayer de faire des projets qu’ils ne pourraient pas faire ailleurs. Le Palais de Tokyo doit être un lieu de productions inédites.

Comment sera rythmée la programmation ?
Il y aura à peu près cinq chapitres par an dont deux seront pris en charge par un artiste invité, un directeur artistique comme il en existe dans les orchestres. Ce sera un artiste de renommée internationale, mais surtout quelqu’un qui a une vision, une obsession, qui veut développer une identité. C’est un peu la tendance d’inviter des artistes à faire des expositions, mais ici c’est plutôt l’inviter à concocter un programme, parce que l’idée de programme est fondamentale dans l’identité du Palais de Tokyo. Je ne suis pas un commissaire d’exposition indépendant qui devient d’un seul coup directeur de centre d’art. Je suis quelqu’un qui a toujours essayé de développer l’identité d’un lieu. Cette identité, elle ne vient que par la force et l’identité d’un programme d’expositions. Ce n’est pas une belle exposition après une belle exposition, mais un programme qui fait sens, qui permet de comprendre ce qui a été avant et ce qui vient après. L’artiste dans cet état d’esprit est invité à vraiment créer son monde, à développer son identité au cours de deux sessions d’expositions. Si je considère mon programme sur trois ans, il y aura chaque année un artiste qui va prendre tout le Palais de Tokyo sur deux sessions de six à huit semaines. Il ne va pas exposer ses œuvres, mais vraiment donner une couleur au lieu.

Et pour les jeunes artistes ?
Je vais créer des petits modules que j’appelle pour l’instant de leur nom de travail « labo » et « vidéo ». Ce seront de petits espaces de 20 ou 30 m2 très réactifs. Nous y inviterons des jeunes artistes, idéalement pour leur première exposition ou pour des projets spéciaux qu’ils ne peuvent pas développer dans une galerie. Il est important que l’espace reste modeste parce que l’une des principales difficultés du Palais de Tokyo, c’est la grandeur des espaces. Seuls des artistes confirmés peuvent avoir la force de se confronter à la monumentalité du lieu. Le rythme est aussi important. Il y aura tous les premiers mercredis du mois un vernissage, soit en tout vingt-quatre expositions très réactives chaque année. Pendant cette journée seront aussi proposés des performances, des événements… Nous tiendrons aussi un salon où nous inviterons des artistes à présenter leur dossier, des critiques d’art, mais toujours de façon très informelle. L’improvisation devra toujours fonctionner. Une des forces du Palais de Tokyo, et c’est aussi ce que Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud ont développé, c’est cette capacité de réaction, d’improvisation, de prise de risques. Ces modules vont aussi permettre des collaborations avec des écoles d’art, des FRAC (Fonds régionaux d’art contemporain), des groupes d’artistes…

Allez-vous vous concentrer sur les artistes français ?
Je n’accorde aucune importance à la nationalité des artistes, non plus qu’à leur âge. Pour moi, la notion d’ascenseur générationnelle est très importante. Dans toutes mes expositions de groupe, j’ai toujours invité des très jeunes artistes et d’autres confirmés.

Quelles seront vos premières expositions au Palais de Tokyo ?
Ce sera « 5 milliards d’années », avec la participation d’artistes, de physiciens, de musiciens, d’écrivains de science-fiction… Il y aura en même temps une autre exposition de groupe qui s’intitulera « Une seconde, une année », et enfin une exposition personnelle d’un artiste français.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°223 du 21 octobre 2005, avec le titre suivant : Marc-Olivier Wahler, futur directeur du Palais de Tokyo

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