Maastricht dans l’ombre de Tefaf

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005

La fréquentation des musées de la ville ne varie pas pendant la foire. Les institutions ne profitent pas de l’effet Tefaf.

L'espace de quelques jours, la sympathique ville de Maastricht prend avec Tefaf des allures de nombril du marché de l’art. Devant une telle effervescence, le manque d’émulation des institutions de la ville paraît surprenant. Tandis que Tefaf propose à ses visiteurs une somme d’événements parallèles (lire p. 22), même le Bonnefantenmuseum semble passer à côté de la venue de collectionneurs du monde entier. L’impact de Tefaf serait-il si fort qu’il anéantirait toute velléité d’exister à ses côtés ?
Principal musée de beaux-arts de Maastricht, le Bonnefantenmuseum célèbre dix ans de présence dans l’édifice conçu par Aldo Rossi, avec « Collecting ! ». Si le vernissage officiel est programmé le 13 mars par souci de concordance avec la date d’inauguration du lieu, cette exposition temporaire est visible depuis le début du mois de février. Loin de porter un désintérêt aux « saisonniers de l’art », le musée observe tristement que ces visiteurs sont presque trop gâtés sur les stands de la foire. « Chaque année, nous proposons une exposition qui débute avant Tefaf, mais, par expérience, force est de constater que nous n’observons pas d’augmentation flagrante de la fréquentation », avoue Mirjam Stam, chargée de la communication du Bonnefanten. Ainsi, la cinquantaine de peintures flamandes des XVIe et XVIIe siècles du Rijksmuseum d’Amsterdam, une exposition inaugurée l’an dernier peu avant la foire, n’avait pas créé d’émeute. En revanche, certaines salles du musée sont prisées par les sociétés privées, soucieuses de prodiguer à leurs clients des attentions particulières, comme des conférences et des visites guidées.

Apport économique
De son côté, la ville de Maastricht s’est efforcée de promouvoir la culture de la région, plutôt méconnue des visiteurs internationaux. Ainsi débute en 1987 la collaboration artistique entre la ville et la foire qui accueille « Museade : la Vierge d’Évegnée », un ensemble de sculptures romanes et gothiques de la région Meuse-Rhin, issues des collections de quatre musées de Liège, Aix-la-Chapelle et Maastricht. Dix ans plus tard, « Ivoires du XIe au XIVe siècle » et, l’année suivante, une exposition d’archéologie romaine de la région Meuse-Rhin bénéficient toutes les deux du soutien d’Euregio (partenariat de coopération transfrontalière entre cinq régions de Belgique, d’Allemagne et des Pays-Bas, dont le siège est à Maastricht). Mais, depuis maintenant cinq ans, la foire préfère investir le créneau business du marché de l’art, à grand renfort d’analyses du marché mondial et de rapports sur la fiscalité (lire p. 20). Aujourd’hui, la promotion de la région se résume à la présentation, en avant-première et en grandes pompes, de la nouvelle ligne de train Thalys reliant Bruxelles à Maastricht en passant par Liège : le trajet inaugural aura lieu le 4 mars, et la ligne sera ouverte au grand public dès 2006. Mais le projet phare de l’année 2005 demeure l’organisation des concerts Amati, des soirées de gala exceptionnelles pour lesquelles la municipalité hollandaise a largement collaboré avec la ville de Crémone mais aussi avec Tefaf (lire p. 16).
L’apport économique d’une manifestation comme Tefaf est considérable, mais l’attrait que représente la foire a tendance à faire de l’ombre à toute initiative culturelle de même nature. Il existerait donc un « syndrome de Maastricht », résumé en quelques mots par Paul Lambrechts, attaché au service culturel de la ville : « Le poids de Tefaf est si grand qu’il est préférable de collaborer plutôt que d’essayer de lui faire concurrence ».

COLLECTING !

Jusqu’au 10 avril, Bonnefantenmuseum, 250, avenue Céramique, Maastricht, tél. 31 43 329 0190, www.bonnefanten.nl

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : Maastricht dans l’ombre de Tefaf

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