Mercredi 17 octobre 2018

Passerelle

Ma Maison en Chine

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2012 - 807 mots

Yishu 8, maison dédiée aux arts, a été fondée en 2009 à Pékin pour susciter un dialogue entre artistes chinois et créateurs français.

Un enfant plonge depuis on ne sait d’où. Il semble l’espace d’un instant flotter dans l’air tel un oiseau. Des petites filles gambadent guillerettes dans un pré détrempé accompagnées de l’ombre protectrice de leur ange gardien. « Miracles » ! C’est le titre de l’exposition dédiée aux photographies oniriques de Huang Xiaoliang. Nous sommes le 3 novembre. C’est jour de vernissage chez Yishu 8. Une quarantaine d’invités, de nombreux expatriés mais aussi quelques Pékinois, sont venus découvrir, dans la galerie blanche, les jeux d’ombre et de lumière délicats de ce jeune artiste chinois âgé de 28 ans. Toutes les œuvres sont à vendre. Yishu 8 assure aussi la promotion de ses artistes. Collé sous le cartel des œuvres, une discrète affichette rappelle que l’exposition a été sponsorisée par Air France. « Il faut avoir habité l’obscurité pour que la lumière surgisse. » Christine Cayol, la maîtresse des lieux, emmène la petite troupe à la découverte des œuvres.

Un nouveau foyer culturel
Érigé à deux pas de la Cité interdite, en retrait de la rue, Yishu 8 est un havre de paix. Le bâtiment abrita de 1920 à 1950 l’Université franco-chinoise, qui joua un rôle important dans les échanges culturels entre les deux pays. C’est désormais une maison dédiée aux arts. « Depuis mon enfance, je rêve d’une maison ouverte et chaleureuse dans laquelle des artistes et d’autres gens se sentiraient chez eux », explique Christine Cayol, assise dans le salon Edmond-de-Rothschild. Le groupe bancaire est le principal sponsor du lieu, aux côtés des maisons Hermès, Baccarat et Christofle. Il fait bon flâner au gré des salles d’exposition et des salons pimpants de cette belle demeure de 1 200 m2. Au rez-de-chaussée, un ancien amphithéâtre baptisé « le Carré » accueille les tableaux récents de Xie Lei, un jeune peintre formé aux Beaux-Arts de Pékin puis de Paris. Cherisher, un grand tableau de 2012 qui rappelle des toiles fiévreuses de Munch, exhibe une personne étendue sur son lit de mort. Le défunt, baigné d’une lumière jaune bouton d’or, est entouré de silhouettes spectrales, prostrées dans l’ombre à l’arrière-plan du tableau. « Après Paris, Londres et New York, Pékin est devenu un foyer culturel d’une formidable vitalité. Il ne faut pas cantonner les relations avec la Chine au domaine industriel et économique. La Chine est avant tout une culture ancienne et profonde qui aujourd’hui se cherche et se retrouve au sein d’œuvres contemporaines d’une grande diversité », poursuit la fondatrice.

La mission d’Yishu 8 ? Faire découvrir le travail d’artistes chinois et occidentaux, créer des lieux de rencontres, des passerelles culturelles entre la Chine et la France par le biais d’expositions, de concerts, de conférences et séminaires. La direction artistique du lieu a été confiée à deux Français : Henry-Claude Cousseau, ancien directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, et Jean-Paul Desroches, conservateur général du patrimoine au Musée Guimet. En 2011, la première édition du prix Yishu 8 a été lancée. Celui-ci offre l’opportunité aux jeunes artistes français lauréats d’être accueillis trois mois en résidence à Pékin. Une sorte de Villa Médicis privée à la mode chinoise. Clément Bagot est l’un des lauréats 2012. « Changer de pays, de culture me permet de me hasarder sur de nouveaux territoires avec des résultats inattendus », explique le jeune homme. Sur une cimaise de l’atelier est accroché un grand dessin figurant une ville fantastique et bancale parcourue de rhizomes obsessionnels.

Intelligence sensible
Avant de se lancer dans l’aventure d’Yishu 8, Catherine Cayol, alors professeure de philosophie, a créé « Synthesis ». Ce cabinet de conseil, lancé en 1994, vise à accompagner des managers et des dirigeants pour les ouvrir à une « intelligence sensible ». Sa méthode ? Les inviter à effectuer un pas de côté, à se « décentrer » en opérant un détour du côté des arts et de la philosophie, pour élargir leur regard et leur champ de vision. « Nous sommes des mécènes, nous sommes avant tout au service des artistes. La reconnaissance dont jouit Yishu 8 nous permet de développer le dialogue entre nos deux pays, insiste Catherine Cayol. La Chine nous bouscule, nous dérange. C’est un laboratoire extraordinaire. À l’heure où elle devient un partenaire de premier plan, il est grand temps de comprendre ce que les chinois saisissent de notre civilisation et réciproquement. » À quand une maison Yishu 8 sur les bords de Seine ? Nul doute que l’idée a déjà dû germer dans l’esprit de la fondatrice du lieu.

Yishu 8

Ancienne Université franco-chinoise, N° 20 (jia), Dong Huangchenggen Bei Jie, Dongcheng District, Pékin, tél. 8610 6581 9058, www.yishu-8.com.

À lire : A quoi pensent les Chinois en regardant Mona Lisa ?, Christine Cayol et Wu Hongmiao (éd. Tallandier, 2012).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°381 du 14 décembre 2012, avec le titre suivant : Ma Maison en Chine

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