conservateur

Lydia Romachkova, doyenne de la Tretiakov

L'ŒIL

Le 28 janvier 2008

Lorsque vous rencontrez Lydia Romachkova pour la première fois, arpentant paisiblement les immenses réserves de la Tretiakov, vous êtes bien loin d’imaginer le tumultueux parcours de cette moscovite. Tant de choses se sont passées depuis son entrée à la Galerie en 1956 alors qu’elle n’était qu’une étudiante en muséologie. En 46 ans de maison, les yeux clairs de cette doyenne ont vu défiler quantité de toiles et de personnalités : Chagall tout d’abord, qui l’accueillit amicalement au sein de sa demeure parisienne. Arthur Miller également, qui fut grâce à elle l’un des rares privilégiés à pouvoir savourer avant l’heure les réserves avant-gardistes de la Tretiakov. Vinrent ensuite Carlo Ponti, Gorbatchev mais aussi Helmut Kohl qui, séduit par le savoir de cette experte en art russe, l’invita en Allemagne pour avoir son avis sur les musées germaniques.
Son érudition et sa reconnaissance actuelle, Lydia Romachkova les doit à son expérience sur le terrain ainsi qu’à une volonté de fer qui lui a permis de sauver un nombre incalculable de chefs-d’œuvre en péril : pour revendiquer l’art russe, elle n’a pas hésité à s’insurger contre son propre pays en arrachant du bûcher des icônes jugées hérétiques par les bolcheviques ! A la même époque, elle a ramassé et caché des toiles de Vroubel et de Chagall jetées sans scrupule aux ordures et elle a sauvé du désastre des icônes saintes utilisées par les partisans du régime soviétique pour couvrir des tonneaux de choux ! La devise de cette battante est la défense de l’art pour l’art, elle ne fait aucune politique et protège autant les portraits des tsars que ceux des dictateurs soviétiques, comme cette statue de Staline qu’elle a arrachée aux mains des casseurs de la Perestroïka !
Depuis 1980, cette infatigable militante est devenue le chef des réserves de la Tretiakov. Elle aime à dire qu’elle a tout donné et tout risqué pour « son » musée. Lors des travaux titanesques de restauration de la Tretiakov (de 1985 à 1995), c’est vers elle que le gouvernement s’est tourné pour lui confier le déplacement de milliers d’objets, leur restauration mais aussi leur mise en place au sein du musée. Ces œuvres qu’elle nomme « mes enfants » lui sont redevables pour l’éternité car elle leur a offert un écrin des plus sûrs : l’une des meilleures réserves mondiales, entièrement autonome, même en cas d’incendie. A présent, Lydia Romachkova peut dormir sur ses deux oreilles, sauf peut-être lors des expositions itinérantes qu’elle ne manque pas d’organiser...

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°538 du 1 juillet 2002, avec le titre suivant : Lydia Romachkova, doyenne de la Tretiakov

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