Lumière sur un manifeste de l’éclectisme

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2006

Doté d’une architecture grandiloquente, le Petit Palais n’était plus adapté à ses collections. Après cinq ans de travaux, le musée est devenu un véritable lieu de vie et de visite.

Comme le Grand Palais qui lui fait face, le Petit Palais est l’un des rares vestiges de la grande Exposition universelle parisienne de 1900 et des aménagements urbains conçus à cette occasion. Les deux bâtiments ont en effet été construits face à face, afin de border l’avenue percée pour mettre en valeur le pont Alexandre III. Mais à la différence de son imposant voisin, le Petit Palais (1902) a d’emblée été bâti pour être transformé, sitôt l’exposition refermée, en « Palais des beaux-arts de la Ville de Paris ». D’où le choix de son architecte, Charles Girault (1851-1932), prix de Rome et champion de l’éclectisme, d’un parti architectural grandiloquent, adapté à la fonction mais aussi empreint d’une esthétique architecturale « beaux-arts ».
Car tout palais des muses requiert une certaine dignité et Girault sait convoquer ses modèles : la colonnade évoque les hôtels particuliers de la place de la Concorde, le dôme du porche d’entrée rappelle celui des Invalides, les vastes galeries d’expo­sition s’inspirent des précédents versaillais.
En somme, Girault produit une savante réécriture, sans ignorer les matériaux de la modernité, tels que le métal mais aussi le béton armé, utilisé pour la construction du grand escalier. Le tout étant paré d’un luxueux décor de plafonds peints dans la grande tradition française.
Au fil du temps, le palais avait perdu de son lustre. Conçu sur un plan en trapèze autour d’un jardin central, ses larges fenêtres et verrières – qui avaient permis de ne pas installer l’électricité dans les salles avant les années 1950 – s’étaient au final révélées contraignantes. Pour lutter contre une lumière trop abondante et néfaste pour les œuvres, ces ouvertures avaient été progressivement occultées. Le musée s’était ainsi lentement replié sur lui-même.

Reconquête du rez-de-chaussée
L’intervention des architectes aura permis de renouer avec le palais 1900. En rétablissant notamment le grand axe lumineux du vestibule et du jardin, mais aussi en rendant la lumière naturelle aux galeries. Réouvertes, les grandes baies permettent aussi de restituer les jeux de transparence initiaux sur l’environnement immédiat du palais : Seine, Champs-Élysées et Grand Palais.
L’autre problème du musée résidait dans la faiblesse des superficies disponibles pour les collections – le seul rez-de-jardin. Place nette a donc été faite au rez-de-chaussée, jusque-là encombré des bureaux, et espaces techniques du musée. En créant 7 000 m2 en mezzanine au-dessus des verrières méridionales pour héberger l’administration du musée, les architectes ont pu rendre une partie du rez-de-chaussée au musée.
S’y déploient désormais trois enfilades de salles largement ouvertes les unes sur les autres. D’autres équipements, dont un auditorium, ont quant à eux été créés en aveugle sous le jardin. De quoi faire du Petit Palais un véritable lieu de vie.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°576 du 1 janvier 2006, avec le titre suivant : Lumière sur un manifeste de l’éclectisme

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