Vendredi 19 octobre 2018

Archéologie

L’Inrap sonde les aménageurs

Nouvelle ère pour l’Inrap

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 1015 mots

Alors que son nouveau directeur général vient d’être nommé, l’Institut national de recherches archéologiques préventives a rendu public les résultats de l’enquête sur ses relations avec les aménageurs. Les taux des satisfaction s’avèrent bons et montrent une nette évolution des mentalités quant aux opérations de fouilles.

PARIS - Le 21 février, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a rendu publics les résultats de son baromètre de satisfaction des aménageurs des terrains sur lesquels il intervient, en présence de son tout nouveau directeur général, Pierre Dubreuil, nommé trois jours plus tôt par décret du président de la République.

L’ambiance était particulière pour la présentation de ces (très bons) résultats, fruits du travail mené par son prédécesseur, Arnaud Roffignon, remercié par la Rue de Valois au terme de son premier mandat, et ce malgré un bilan positif (lire le JdA n° 383, 18 janvier 2013). Directeur des ressources humaines, puis directeur général des services du Museum d’histoire naturelle depuis 2009, Pierre Dubreuil mène en parallèle une carrière d’élu, en tant que conseiller municipal du Ve arrondissement de Paris et conseiller régional d’Île-de-France. Autant de responsabilités qu’il ne compte pas sacrifier à ses nouvelles charges, là où ses prédécesseurs se consacraient à temps plein à l’Inrap. Une attitude d’autant plus étonnante que l’institut doit se tenir prêt pour la grande loi sur le patrimoine annoncée par la ministre de la Culture (lire l’encadré).

Outre une série de chantiers techniques impliquant une connaissance profonde des dossiers, Arnaud Roffignon avait lancé un plan intitulé « Reconquête aménageurs » pour assainir des relations souvent difficiles avec ces partenaires particuliers qui sont aussi, par la force des choses, « des clients ». « L’ouverture des opérations d’archéologie préventive à la concurrence en 2003 a représenté une véritable révolution culturelle. L’archéologie est une mission de service public et les scientifiques se sont soudainement retrouvés confrontés à la loi du marché. Il a fallu lutter avec nos armes sans rien céder sur la qualité scientifique », rappelle Jean-Paul Jacob, président de l’Inrap. C’est dans ce cadre qu’une étude pour mesurer la satisfaction des aménageurs a été commandée à l’Institut Kheolia. Sur l’ensemble des 252 chantiers de fouilles (concernant 208 aménageurs) menés par l’Inrap en 2011, 112 aménageurs ont répondu au questionnaire, constituant un panel représentatif de l’ensemble du territoire.

Une légitimité installée
Les résultats s’avèrent pour le moins positifs. Les aménageurs se déclarent, en effet, satisfaits à 88 % tandis que la qualité de la relation client est appréciée à hauteur de 95%. La maîtrise des délais est jugée satisfaisante à 85 %, le savoir-faire opérationnel (respect des contraintes spécifiques du chantier, procédures de sécurité) à 87 %, tandis que 85 % recommanderaient l’Inrap à d’autres pour mener des fouilles. En ces temps de crise budgétaire, les aménageurs se montrent plus sensibles aux coûts des opérations relayant au second plan la délicate question des délais, qui a pourtant longtemps focalisé l’attention. Le rapport qualité/prix est ainsi jugé satisfaisant à hauteur de seulement 59 %. Globalement, les aménageurs apprécient donc le travail de l’Inrap, mais certains ont toujours du mal à accepter de payer pour des opérations, par définition, imprévisibles. D’autant plus qu’il y a encore une vingtaine d’années, « on cassait sans états d’âme », souligne Jean-Paul Jacob. Ce baromètre de satisfaction indique néanmoins une indéniable évolution des mentalités quant à la discipline. Comme le résume Claude Le Potier, directeur interrégional Grand Ouest, « l’Inrap n’a plus à acquérir sa légitimité ; la bataille de la reconnaissance sur le terrain a porté ses fruits. Nous avons travaillé pour comprendre les problèmes particuliers des aménageurs et pouvoir ensuite les accompagner. En interne aussi, il a fallu communiquer pour mettre en synergie deux mondes qui se connaissaient mal ». L’étude a également fait émerger diverses données chiffrées sur la pratique de l’archéologie préventive : le montant moyen d’une intervention de l’Inrap s’élève à 445 200 euros, avec des chantiers exceptionnels comme celui du Canal Seine Europe, dont le coût atteint 6,4 millions d’euros. L’ensemble de ces résultats prendraient, évidemment, plus de relief s’ils étaient comparés à ceux des autres opérateurs, notamment les entreprises de la sphère privée, qui se sont multipliées ces dernières années et ont développé leurs activités parallèlement à celles de l’Inrap.

Inclus dans le contrat de performance signé avec l’État pour la période 2011-2013, cet exercice de mesure sera renouvelé chaque année. Si en 2012, l’Inrap a connu un pic historique du nombre de fouilles, l’institution devrait subir une baisse de son activité dès 2013 – de l’ordre de 20 à 25 % selon Jean-Paul Jacob – liée à la conjoncture économique et la raréfaction des crédits public.

L’Inrap en 2012

Budget : 168 millions d’euros
(165 millions d’euros prévus pour 2013)
Ressources propres : 57 % (62 % prévus pour 2013)
Nombre de fouilles : 254
Nombre d’agents : 2 226 (soit 2 095 ETP)

Des propositions pour le livre blanc de l’archéologie préventive

Dans le cadre de la réalisation du « livre blanc de l’archéologie préventive » (lire Le Journal des Arts, n° 373, 6 juillet 2012), une évaluation scientifique, économique et sociale de la discipline destinée à nourrir le grand projet de loi sur le patrimoine de la Rue de Valois, l’Inrap a fait une série de vingt propositions. L’institution souligne la nécessité de renforcer le mode d’attribution des agréments pour les opérateurs privés assortis d’un contrôle régulier sur des critères non scientifiques. Certaines entreprises peu scrupuleuses font, en effet, des économies en ayant recours à un nombre abusif de vacataires et de stagiaires, et en se montrant moins rigoureuses sur les normes de sécurité des chantiers. L’Inrap rappelle aussi sa mission fondamentale de recherche et suggère la définition d’une programmation scientifique à l’échelle de tout le territoire par le Centre national de recherche en archéologie, après en avoir modifié la composition et le positionnement. Le texte prône également le renforcement de la législation sur la protection du patrimoine archéologique et la modification du statut des objets archéologiques. Installée en octobre dernier, la commission chargée de rédiger le livre blanc sur l’archéologie préventive doit remettre ses travaux durant les premiers jours du printemps.

Légende photo

De�?gagement d'un sarcophage, fouilles du couvent des Jacobins, Rennes, 2012. © Photo : H. Paitier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : L’Inrap sonde les aménageurs

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