Lundi 16 septembre 2019

Une Maison au forceps

L'Histoire de France aux Archives

Les Archives nationales accueilleront la Maison de l’histoire de France. Au détriment du projet en cours

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 21 septembre 2010 - 763 mots

C’est finalement le siège historique des Archives nationales, situé dans le Marais à Paris, qui accueillera la Maison de l’histoire de France, comme vient de l’annoncer le président de la République, instigateur du projet. Mais cette décision n’est pas sans se heurter au projet de refondation des Archives lancé en 2004.

PARIS - L’anecdote est-elle révélatrice ? Lorsque des films ont pour cadre l’Élysée, c’est souvent dans la cour de l’hôtel de Soubise, siège historique des Archives nationales, dans le 3e arrondissement de Paris – plus disponible que le palais présidentiel –, que les tournages se déroulent… Ce cadre prestigieux n’a manifestement pas laissé indifférent Nicolas Sarkozy, qui a confirmé solennellement, le 12 septembre, sa volonté d’y implanter la Maison de l’histoire de France (MHF), unique chantier culturel porté par la présidence. Cette décision intervient après plusieurs mois de réflexion autour de ce qui n’était, au départ, qu’une idée lancée lors de la campagne présidentielle de 2007. Au fil de rapports pilotés par la Rue de Valois, le futur musée de l’histoire de France s’est mué en une « Maison » au contenu scientifique assez obscur. Après avoir écarté des sites historiquement trop connotés, les projets d’aménagement ex nihilo ont été jugés incompatibles avec l’état des finances publiques. Chiffré à 60 millions d’euros, l’aménagement du site des Archives (une hypothèse qui avait été écartée par l’historien Jean-Pierre Rioux, auteur d’un premier rapport d’expertise des sites) est présenté par Frédéric Mitterrand comme l’un des moins coûteux. C’est pourtant une somme avoisinant les 180 millions d’euros toutes dépenses confondues (soit un montant supérieur au projet de l’île Seguin), qui est évoquée dans le rapport de Jean-François Hébert, président du château de Fontainebleau, chargé de la préfiguration de la MHF. Pour ce dernier, le site des Archives ne présente que des avantages : dimension historique, accessibilité et disponibilité en termes de mètres carrés. Car dès 2013, le quadrilatère aura été vidé d’une partie de ses fonds, partis rejoindre un nouveau site à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). D’où ce raisonnement : pourquoi la MHF n’y logerait-elle pas, sur 10 000 m2, une galerie du temps, des salles d’exposition, un auditorium et des bureaux ? Quitte à faire peu de cas du projet de refondation des Archives nationales, lancé en 2004 sous la mandature Chirac, et qui est aussi l’un des rares chantiers pilotés par le ministère de la Culture à avoir respecté son calendrier. 

Équilibre bouleversé
S’il prévoit la construction d’un nouveau bâtiment, cet ambitieux programme pour les archives a toujours été clair : le site historique sera réaffecté aux fonds datés de l’Ancien Régime mais aussi aux archives notariales parisiennes, documents très prisés des lecteurs et dont la collecte a été suspendue depuis dix ans faute de place. « Sur ce dernier point, nous n’avons plus aucune assurance », déplore un représentant des personnels, réunis en intersyndicale, qui voit là « un risque de faire voler en éclats la nouvelle répartition des fonds. Bouleverser cet équilibre à quatorze mois du déménagement risque de remettre en question toute l’économie du projet ». Mis devant le fait accompli, les personnels, qui ont déposé un préavis de grève pour le 24 septembre, déplorent également que le projet scientifique, culturel et éducatif prévu pour le site du Marais, et validé en décembre 2009 par le ministre de la Culture, ait été réutilisé sans vergogne par les promoteurs de la MHF. Instigateur du tout premier projet de musée, Hervé Lemoine a été nommé en février 2010 directeur du service interministériel des Archives de France. Ses services hébergent depuis plusieurs mois les bureaux de la mission de préfiguration.

Plusieurs incertitudes demeurent toutefois sur le calendrier du projet. Les travaux ne pourront pas être lancés avant 2013, date d’ouverture effective de Pierrefitte mais surtout date d’achèvement d’autres chantiers budgétivores, comme le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille. En attendant, un comité scientifique, chargé notamment de produire des expositions, sera mis sur pied. Mais dès 2012 sera créé un nouvel établissement public, conçu comme un « siège central » assurant la tutelle de neuf musées nationaux. Qu’en sera-t-il des Archives nationales, qui jouissent du même statut que ces musées (service à compétence nationale) ? Chez les archivistes, le malaise est profond. « Faut-il ainsi utiliser la légitimité des archives pour obtenir un consensus autour du projet ? », interroge l’un d’eux. Et de rappeler : « Les Archives nationales ont été créées le 12 septembre 1790 par le pouvoir législatif. Deux cent vingt ans plus tard jour pour jour, le pouvoir exécutif a décidé de les reprendre en main. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°331 du 24 septembre 2010, avec le titre suivant : L'Histoire de France aux Archives

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