Enquête

Les Villes d’art et d’histoire fêtent leurs vingt ans

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 7 octobre 2005

Octroyé par le ministère de la Culture pour encourager la valorisation et la sensibilisation du patrimoine et de l’architecture, le label est sollicité par de nombreux élus.

Le 13 octobre, le ministère de la Culture fêtera les vingt ans du label Ville et Pays d’art et d’histoire. Un anniversaire plutôt discret, marqué par une seule journée de rencontres à l’hôtel de ville de Paris, organisée avec l’Association nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire (créée en 2001). Tous les acteurs de ce vaste réseau « art et histoire » sont invités à y participer : directions régionales des Affaires culturelles (DRAC, services déconcentrés du ministère de la Culture), élus, animateurs de l’architecture et du patrimoine, guides-conférenciers...

Octroyé à quelque cent vingt municipalités ou communautés de communes en France, le label Ville (ou Pays) d’art et d’histoire a vu le jour en 1985, se substituant à l’ancienne appellation Ville d’art, tournée uniquement vers le tourisme culturel. Cette dernière est caduque depuis le mois de juillet, mais toutes les anciennes Villes d’art n’ont pas demandé le nouveau label. Ainsi de Strasbourg, Dijon ou Lyon, qui se voient donc exclues du réseau. D’autres (une dizaine) sont en cours de labellisation, comme Bordeaux, Bayonne, Metz ou Nancy. Certaines Villes d’art et d’histoire souhaitent par ailleurs passer Pays d’art et d’histoire ; c’est le cas de Poitiers… Difficile, donc, de dresser une cartographie précise de la situation, d’autant plus que les nouveaux candidats, tel Grenoble, sont de plus en plus nombreux. Et le label ne pourra être octroyé indéfiniment. « Nous n’avons pas fixé de limite précise, mais, en France, on pourrait presque dire que toutes les villes peuvent le demander ! Nous réfléchissons donc à des critères plus sélectifs, comme la qualité architecturale, l’entrée des villes, l’espace urbain », précise Rosemarie Benoît, responsable du dossier à la direction de l’Architecture et du Patrimoine (DAPA) au ministère de la Culture.

La procédure d’obtention du label est longue (deux ans) et les intéressés doivent montrer patte blanche en présentant un argumentaire d’une centaine de pages. En effet, posséder des monuments prestigieux ne suffit pas. Il faut proposer un véritable programme de mise en valeur et de médiation, avec l’obligation de recruter un animateur de l’architecture et du patrimoine pour l’appliquer (lire l’encadré) et, à plus ou moins long terme, créer un Centre d’interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP). Lieu de formation, de rencontre et d’information, le CIAP sert aussi de support pour les ateliers pédagogiques, et doit comprendre une exposition permanente sur la ville. Actuellement, il n’en existe qu’une dizaine en France, mais plusieurs sont en gestation. Si les municipalités font un effort d’investissement pour monter un CIAP, toutes ne disposent pas des ressources pour financer le budget de fonctionnement conséquent. La situation est donc très inégale selon les localités.

Les engagements de la ville ou du pays sont fixés par une convention élaborée avec la DAPA. Le label est attribué après avis du Conseil national des Villes et Pays d’art et d’histoire. Il est composé de quinze membres et se réunit deux fois par an, pour étudier une douzaine de cas. Auparavant passés au crible par les services de la DRAC, la quasi-totalité des dossiers qui arrivent au Conseil sont retenus – les très rares cas rejetés sont souvent le fait d’élus influents s’étant montrés particulièrement pressants. Pendant les deux premières années, le ministère, via la DRAC, finance pour moitié l’application de la convention, à savoir : le poste de l’animateur du patrimoine, la formation des guides-conférenciers qui travailleront avec ce dernier et l’acquisition du matériel pédagogique.

Pour chaque labellisé, le ministère peut participer à hauteur de 214 000 euros (à demander sur cinq ans à partir de l’obtention du label), en supposant que la ville mette, au minimum, la même somme. Ensuite la collectivité devra voler de ses propres ailes – elle pourra, cela dit, bénéficier de subventions par la DRAC pour des projets ponctuels.

« Mixité sociale »
Une fois le label obtenu, encore faut-il le conserver. Des villes, comme Orange ou Montpellier, n’ayant pas tenu leurs engagements se le sont ainsi vu retirer. Marseille ou Provins risquent, quant à elles, de le perdre, car elles n’ont toujours pas recruté d’animateur de l’architecture et du patrimoine. Chaque année, la ville doit envoyer au ministère un « bilan d’action », et, tous les deux ans, réunir une commission de coordination pour évaluer la mise en place du label. « Si la ville n’entend la convention que sous son aspect touristique, cela ne peut pas marcher à long terme », précise Marylise Ortiz, directrice de l’Association nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire. Certes, le label prend en compte les nécessités d’un tourisme de qualité, mais il s’adresse surtout aux habitants de la commune. La convention étant conçue comme une démarche de « responsabilisation collective » et un « outil de développement durable ». « Le label va dans le sens de la mixité sociale, pour que les habitants reviennent en centre-ville et se le réapproprient », poursuit Marylise Ortiz. « Derrière cette notion de faire-valoir et de communication d’une municipalité, des actions de fond se mettent en place autour des habitants. C’est un réel travail de citoyenneté », ajoute Philippe Queste, animateur du patrimoine à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Animateurs et élus sont formels : impliquer et sensibiliser les habitants au patrimoine est aussi une manière d’assurer sa pérennisation. Dans les années à venir, le label devrait s’orienter davantage vers des préoccupations d’aménagement du territoire et de développement durable, travaillant en étroite relation avec les services urbains des municipalités et les architectes des Bâtiments de France. La convention devrait donc être prochainement réaménagée.

Renseignements : ministère de la Culture, www.culture.gouv.fr, Association nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire, hôtel de ville, BP 1370, 16016 Angoulême cedex, tél. 05 45 38 71 95.

Villes et Pays d'art et d'histoire

- Date de création du label : 1985
- Nombre de villes labellisées : 78
- Nombre de pays labellisés : 29
- Crédit affecté par le ministère pour une convention (à utiliser les cinq premières années de la signature) : 214 000 euros

Cherche statut désespérément

Chargé d’appliquer la convention signée entre le ministère de la Culture et la collectivité labellisée, l’animateur de l’architecture et du patrimoine travaille en direction de la population locale et du jeune public. Il doit former des guides conférenciers, élaborer un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), mais aussi assumer un rôle de conseiller auprès de scientifiques et universitaires. Actuellement, il existe une centaine d’animateurs du patrimoine en France, recrutés sur concours et engagés comme contractuels. Un statut précaire, puisque, n’ayant pas obtenu leur inscription dans la fonction publique territoriale, ils dépendent étroitement du devenir du label. Si une collectivité territoriale choisit de dénoncer la convention, l’animateur ne sera pas reclassé. Et, à l’heure où le label fête ses vingt ans, cette question n’a toujours pas été réglée, ou seulement au cas par cas. Certains animateurs ont ainsi décidé de passer le concours d’attachés de conservation, une alternative aujourd’hui fortement encouragée par le ministère de la Culture, mais qui ne satisfait pas toute la profession. « Le rêve aurait été que nous soyons rattachés au corps des conservateurs du patrimoine », explique Xavier Bailly, président de l’Association des animateurs du patrimoine (créée en 1991). Ce souhait n’est toutefois pas exclu par le ministère, pour certaines grandes villes. « Cela dépend de la volonté des collectivités, qui n’ont pas forcément les moyens de titulariser leurs animateurs », souligne Rosemarie Benoît, de la direction de l’Architecture et du Patrimoine (DAPA). L’appellation même d’« animateur du patrimoine » semble poser problème. Pour Xavier Bailly, « ce nom est un réel handicap, qui ne met pas du tout en valeur notre travail. Chef de projet, directeur du patrimoine ou chargé de mission du patrimoine semblent beaucoup plus adaptés aux responsabilités que nous portons, et qui sont parfois très lourdes ». Privés de statut, les animateurs du patrimoine ont pourtant la lourde responsabilité de porter sur leurs épaules le label tant convoité par les élus.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°222 du 7 octobre 2005, avec le titre suivant : Les Villes d’art et d’histoire fêtent leurs vingt ans

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