Dimanche 8 décembre 2019

Les Vandales sortent de l’ombre

Pontus Hulten dédie à ce peuple une exposition

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 29 juin 2001 - 813 mots

Les Vandales, Germains orientaux établis entre la Vistule et l’Oder au IIIe siècle, ont migré jusqu’en Afrique du Nord, lors de leurs divers déplacements. Intrigués par la destinée de ces peuples guerriers, Pontus Hulten – premier directeur du Centre Georges-Pompidou (1974-1981) – et l’historienne Marie-Louise van Plessen, sa femme, leur consacrent une exposition surprenante. Installée au Konstarkivet, lieu d’expositions d’artistes suédois contemporains, à Värnamo, au sud-ouest de la Suède, « The true story of the Vandals » annonce, avant l’heure, l’ouverture du futur Museum Vandalorum. Les travaux de ce bâtiment conçu par Renzo Piano débuteront d’ici deux ans.

Entraînant les Alains et les Suèves, les Vandales ont franchi le Rhin, dévasté la Gaule, pénétré en Espagne puis, en 428, en Afrique du Nord où ils ont établi un Empire qui dura moins d’un siècle. Pontus Hulten – ami d’André Breton qui a découvert Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely –, et Marie-Louise van Plessen soutiennent que ce peuple de marins, après leur défaite à Carthage en 534, n’auraient pas, comme le prétendent tous les ouvrages historiques, “disparus de l’histoire”, mais seraient retournés s’installer dans les pays nordiques, notamment en Suède. Ils seraient donc les ancêtres des premiers Vikings. En attestent les sépultures découvertes sur le site de Vendel, dans la province d’Uppland, au centre du pays. Les tombes en forme de bateaux, pouvant mesurer jusqu’à 9 mètres de long, ont révélé plusieurs équipements militaires complets, notamment d’impressionnants casques guerriers en or, en bronze et en fer, dont l’ornementation est parfois difficile à interpréter. L’un d’eux, datant du VIe siècle, contient ainsi, entre les yeux, le portrait miniature d’un homme barbu et moustachu, au regard halluciné. Élaborées indépendamment des casques, les petites plaques d’argent utilisées pour les décorer sont également exposées. Elles relatent des scènes de chasse ou de combat. Des sépultures similaires à celles de Vendel ont été découvertes à Sutton Hoo, en Angleterre ; elles comprenaient de nombreux objets, comme une dizaine de bols ou assiettes accompagnés d’une paire de cuillères en argent de style byzantin avec des ornements cruciformes, ou encore un sceptre avec une pierre à aiguiser, composé de trois parties, en alliage de cuivre et en fer. Plans, cartes du monde et livres à l’appui, l’exposition propose une nouvelle histoire des Vandales, notamment au moment de la diaspora. Certaines pièces offrent une vision moderne de ces peuples nordiques, comme la mosaïque du VIe siècle accueillant le visiteur, que Pontus Hulten affectionne particulièrement “car elle montre une image positive des Vandales, loin de la férocité qu’on leur a longtemps attribuée”. La boucle en or et grenat, avec des plaques ovales et circulaires cloisonnées, provenant d’Espagne (près de Cordoue), dont il a été prouvé très récemment qu’elle avait bien été réalisée par les Vandales, témoigne, quant à elle, de l’existence d’un style qui leur fut propre.

Une découverte unique
Après une année de négociations, le Musée national des antiquités d’Alger a consenti à prêter une série de tablettes datant de 493 à 496 – période du règne du roi vandale Gunthamund. “Ces tablettes ont un caractère unique : d’une part, c’est la première fois qu’elles sortent d’Algérie, depuis 1 500 ans (!) et, d’autre part, tout ce qui a été raconté auparavant concernait les rois et la guerre, tandis que ces tablettes conservent les traces de la vie quotidienne, ce qui est particulièrement touchant”, précise Pontus Hulten. De petites dimensions (entre 4 x 8 et 10 x 23 centimètres), les 79 tablettes (exposées en partie), dites tablettes Albertini – du nom du premier archéologue et linguiste (italien) à les avoir déchiffrer –, sont en bois de cèdre et les textes qu’elles comprennent en latin. Les caractères inscrits sur les tablettes, à l’encre, sont un des premiers exemples de minuscule caroline, qui est à l’origine de notre écriture. Il s’agit d’actes de ventes de terrains, d’arbres fruitiers (figuiers, oliviers, vignes), d’un canal, ainsi que de la cession d’un esclave et de la dot d’une jeune fille, tous soigneusement détaillés. Souvent utilisées recto verso, les documents fournissent de nombreuses informations sur la vie économique et sociale des paysans vivant sous la domination des rois vandales : de nombreuses ventes étaient réalisées au bénéfice d’une famille, les Geminii, qui agrandissaient leur domaine aux détriments des cultivateurs, particulièrement lorsqu’il s’agissait de veuves. Anna-Lena Wibom, responsable de la restauration des tablettes au Musée ethnographique de Stockholm, ne cache pas son émotion : “C’est une aventure extraordinaire d’avoir pu découvrir ces tablettes. Elles nous fournissent une multitude de détails, et nous nous sommes sentis très proches de ces gens, de la façon dont ils vivaient.” Pontus Hulten s’amuse à penser que “maintenant que le sujet des Vikings est épuisé, de nombreux chercheurs risquent de se lancer à l’assaut de l’histoire des Vandales !”

- THE TRUE STORY OF THE VANDALS, jusqu’au 26 août, Smålands Konstarkiv, Jönköpingsvägen, Värnamo, Suède, tél. 46 (0)370 148 00, tlj 11h-18h et 12h-17h week-end.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°130 du 29 juin 2001, avec le titre suivant : Les Vandales sortent de l’ombre

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