Lundi 28 septembre 2020

Île Seguin - Le R4 tarde à sortir de terre

Les retards du R4 à l’Ile Seguin

Le retard du chantier ne serait pas imputable aux démêlés avec la justice d’Yves Bouvier, principal investisseur du projet.

BOULOGNE-BILLANCOURT - Jusqu’à aujourd’hui, le projet de cité des arts sur l’île Seguin a échappé aux remous de l’affaire Bouvier et il semble le seul. Depuis les premières plaintes en février 2015, l’homme d’affaires suisse a mis de l’ordre dans ses activités. En avril 2015, il laisse à Olivier Thomas la présidence du Freeport Luxembourgeois dont il est le fondateur. En septembre 2015, après le dégel de ses avoirs à Singapour, il accepte d’être auditionné par la justice française qui le met en examen pour recel, mais le laisse libre contre une caution de 27 millions d’euros. Début avril à Singapour, après que la justice de la cité-état se déclare compétente pour juger la plainte au civil déposée par Rybolovlev, la Pinacothèque, dont Bouvier détenait 25 % des parts, ferme soudainement. C’est légitimement que les regards se tournent désormais vers l’île Seguin, où les travaux du R4 auraient dû commencer depuis plusieurs mois.

Permis de constuire retardé
Pourtant, selon les parties prenantes, les délais seraient dus à une série de recours administratifs sur les parcelles mitoyennes. « Le permis de la parcelle S17, dite “du musée”, [la principale du R4] est purgé de tous recours et les travaux peuvent commencer », explique Gauthier Mougin, premier adjoint au maire de Boulogne. « Mais c’est la parcelle contiguë, S18 (1), dite de “l’hôtel”, qui doit encore voir son permis déposé avant le 30 juin ». Or, pour des raisons de coûts, « les travaux des deux parcelles doivent commencer de manière coordonnée », explique Nelly Wenger, l’actuelle présidente de la société civile immobilière (SCI) du R4. Il faudra donc attendre décembre 2016 pour que les grues s’activent sur la pointe en amont de l’île.

De la négociation avec les élus et les associations locales à la recherche d’investisseurs en passant par la stratégie de communication, Nelly Wenger est en charge de tout ce qui concerne la maîtrise d’ouvrage pour le compte d’Yves Bouvier. Selon elle, l’actualité n’a pas eu d’effet sur le R4 : « C’est une société suisse de Monsieur Bouvier qui est actionnaire de la SCI R4, et non Monsieur Bouvier lui-même. Aussi le gel de ses avoirs personnels – d’ailleurs aujourd’hui levé – n’a pas d’impact direct sur le financement du projet (…). Évidemment, cela crée de l’inquiétude. Mais quand on a mobilisé des artistes, des pouvoirs publics, des partenaires financiers, des ingénieurs et des architectes, et que le projet est aussi avancé, tout le monde travaille pour le mener à son terme. »

Gauthier Mougin se veut aussi rassurant : « Yves Bouvier a toujours dit qu’il voulait intégrer d’autres investisseurs et a même précisé récemment qu’il était prêt à se retirer du projet. Tant que le cahier des charges est respecté, le reste est du ressort de Madame Wenger. » Reste à savoir si le tour de table fonctionne : à quelle hauteur Yves Bouvier veut-il rester actionnaire ? À quel point l’enquête en cours fait-elle fuir les investisseurs ? La mairie attend donc le résultat du plan de financement pour connaître l’avenir du R4. Et le lancement du R4 nous informera de l’avenir de Bouvier : si le chantier démarre, c’est que d’autres investisseurs auront signé, preuve de son influence encore importante dans le marché de l’art ; ou alors aura-t-il lui-même investi encore davantage dans un projet estimé à plus de 100 millions d’euros ? Une chose est sûre, l’abandon du projet achèverait de faire de l’île Seguin un terrain hanté.

Note

(1) Le cas de la parcelle S16, dévolue à un projet de cirque des arts numériques finalement abandonné, est différent. Elle doit faire l’objet d’un nouveau permis de construire, mais pourrait être édifiée indépendamment.

Légende photo

L'Île Seguin à Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine en France après la démolition en 2005 des bâtiments des anciennes usines Renault - © Photo Moonik - 2012 - Licence CC BY-SA 3.0

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°456 du 29 avril 2016, avec le titre suivant : Les retards du R4 à l’Ile Seguin

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