Vendredi 19 octobre 2018

Les musées lancent leurs travaux

Plusieurs projets d’envergure sont en cours

Le Journal des Arts

Le 11 mai 2001 - 1220 mots

À côté du projet de Frank Gehry pour le Guggenheim Museum, d’autres aménagements ou constructions de musées sont actuellement en cours à New York, du nouveau siège du Museum of Modern Art (MoMA) au bâtiment de l’Asia Society.

Museum of Modern Art, Manhattan – Yoshio Taniguchi –
environ 650 millions de dollars (4,7 milliards de francs)
Le Museum of Modern Art qui se qualifie lui-même de “meilleur dans son domaine, conservant et enrichissant la plus belle collection d’art moderne du monde”, a sélectionné le projet de Yoshio Taniguchi pour l’extension et la rénovation de son espace de la 53e rue. L’architecte japonais l’a emporté face à dix candidats, réduits ensuite à trois, parmi lesquels Jacques Herzog & Pierre de Meuron, et Bernard Tschumi. Le lauréat propose de doubler l’espace d’exposition du musée et de construire de grandes salles destinées à accueillir des sculptures contemporaines monumentales et des installations que le MoMA n’a jamais pu montrer auparavant. En réponse à la construction de Cesar Pelli datant de 1984, Yoshio Taniguchi a imaginé un monument au modernisme zen, composé de plusieurs modules et atriums épurés. Pour pallier le manque d’espace d’exposition, un bloc de huit étages sera élevé. En dehors du musée, les rares défenseurs de ce plan essentiellement vertical évoquent la pureté et la simplicité du design. Mais les mauvaises langues disent qu’il résulte d’un consensus entre les membres du conseil d’administration du MoMA, qui recherchaient un monument étincelant plutôt qu’original. Cette décision est difficilement critiquable étant données les propositions alternatives. Ce projet, qui a englouti les bâtiments environnants, apparaît, selon ses détracteurs, conceptuel comparé aux grands magasins voisins, les Galeries Lafayette. Mais ce nouveau siège du MoMA Inc. n’accueillera pas la totalité du musée. L’institution reste en effet trop importante et trop complexe pour s’installer tout entière dans ce bâtiment. Le musée disposera d’espaces d’expositions modulables et sera libéré de l’art contemporain, qui se verra consacrer deux structures satellites dans le Queens. Ces dernières pourraient par la suite devenir indépendantes du Goliath qui dominera Manhattan.

Swingline MoMA, Queens New York  – Michael Maltzan –
2,4 millions de dollars (17,6 millions de francs)
Les travaux d’extension de son siège s’avérant plus longs que prévus, entraînant la possible fermeture de ses salles de Manhattan, le Museum of Modern Art a cherché un espace dans des quartiers plus éloignés. Il va ainsi s’installer dans une ancienne usine d’agrafeuses. Cette construction en forme de boîte est délibérément privée d’élégance, comme les entrepôts et hangars horizontaux de style Bauhaus qui l’environnent, et se situe aux antipodes du modernisme épuré de Yoshio Taniguchi. La rénovation de la Swingline fait écho à un projet de musée installé au début des années 1980 dans un entrepôt du centre de Los Angeles et rénové par Frank Gehry, le Temporary Contemporary, devenu aujourd’hui le Geffen Contemporary. Il ne s’agit pas d’une coïncidence. Michael Maltzan, l’architecte chargé du projet new-yorkais, a travaillé pour Frank Gehry. Les rampes, les matériaux simples et les grands espaces modulables du Swingline font écho à la mission première du MoMA : présenter l’art du temps avec une attention particulière portée aux œuvres plutôt qu’au bâtiment qui les accueille. Avec un budget de quelque 2,4 millions de dollars, le Swingline, premier grand projet de Michael Maltzan hors de Los Angeles, devrait ouvrir ses portes à l’automne prochain.

Asia Society, Manhattan – Voorsanger and Associates – 25 millions de dollars (183 millions de francs)
L’Asia Society est une institution respectée dont les missions sont nombreuses, depuis son engagement pour le spectacle vivant jusqu’à la présentation d’œuvres d’art. En raison de la petitesse de ses salles, elle n’accueillait que des expositions à la scénographie modeste ou, lorsque le besoin s’en faisait sentir, présentait des œuvres dans des espaces extérieurs. Avec la reconfiguration en cours, “nous voulons transformer cet espace d’exposition en un véritable musée”, nous a déclaré Bartholomew Voorsanger, dont le cabinet supervise le projet de rénovation de la structure originelle conçue dans les années 1980 par Edward Larrabee Barnes. L’espace d’exposition sera doublé, passant de 1 500 m2 à 3 000 m2 – “surface minimum indispensable pour un musée”. Jusqu’à présent, les salles occupaient le premier et le deuxième étage du bâtiment derrière un hall voûté en berceau. La voûte est actuellement aménagée afin d’abriter deux étages complets du bâtiment. Cette institution nourrit l’ambition d’exposer sa magnifique collection permanente – dont la majeure partie des œuvres provient d’un don de John D. Rockefeller III –, de l’enrichir de nouvelles acquisitions, et de montrer de l’art contemporain en même temps que des œuvres historiques. Une série de huit œuvres d’art contemporain réalisées par des artistes asiatiques et américains originaires d’Asie, a été commandée en vue de la réouverture du musée. Les motifs et les matériaux associés à l’Asie sont utilisés avec discrétion, voire “neutralité”, précise Bartholomew Voorsanger. Les sols des salles seront en bambou tandis qu’une cage d’escalier en métal blanc avec incrustations de verre bleu foncé – baptisé “escalier Ming” par les architectes – reliera entre eux les deux niveaux d’exposition. “Nous n’essayons pas ici de mettre en place un référentiel historique, mais plutôt d’harmoniser une palette délicate de matériaux, avec la minutie et la fascination dont ont toujours fait preuve les artistes et les architectes asiatiques lorsqu’ils mettent les choses en relation”, nous a déclaré Bartholomew Voorsanger, qui a passé dix ans dans l’agence de Ieoh Ming Pei. Son cabinet a également dessiné et réalisé l’une des plus belles rénovations de la ville : la réunification en 1992 des deux bâtiments de la Pierpont Morgan Library par un jardin atrium clos.

Museum of American Folk Art, Manhattan – Tod Williams et Billie Tsien – 22 millions de dollars (161,4 millions de francs)
Ces dernières années, cette grande collection d’objets populaires, également appelés art brut ou “Outsider art”, était exposée dans l’espace minuscule d’un hall d’immeuble appartenant à la ville près du Lincoln Center. En effet, depuis la construction du Whitney Museum en 1966, plus aucun bâtiment destiné à accueillir un musée n’a été construit à New York. Le nouveau siège de huit étages du Museum of American Folk Art, qui remplace deux bâtiments en grès brun sur la 53e rue, est voisin de la nouvelle extension du Museum of Modern Art. Il devra d’ailleurs s’accommoder de l’ombre faite par le grand musée dans une rue qui va devenir un haut lieu culturel au centre de Manhattan. Les architectes se sont fixé pour priorité d’optimiser la lumière naturelle dans cette structure étroite en permettant au jour qui vient des toits de se diffuser jusqu’aux sous-sols. Les œuvres occuperont pratiquement tout l’espace. Sur les 4 000 pièces de cette collection, 500 œuvres devraient être présentées dans cette structure de 9 000 m2, dont la plus grande collection au monde de travaux signés Henry Darger. L’extérieur s’inspire curieusement des façades en titane de Frank Gehry : le musée sera habillé de 63 panneaux de tombasil, un alliage de bronze blanc. “Nous envisageons l’architecture comme un acte d’optimisme absolu”, proclament Tod Williams et Billie Tsien, dont l’agence figurait parmi les dix finalistes du concours pour la rénovation du MoMA.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°127 du 11 mai 2001, avec le titre suivant : Les musées lancent leurs travaux

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