Cinéma - Musée

Les musées font leur cinéma

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 9 mai 2012 - 995 mots

Ou comment parvenir à exposer le 7e art dans des espaces institutionnels. Un petit tour d’horizon des musées et cinémathèques du monde entier.

Tim Burton attire les foules. Pas seulement dans les salles de cinéma, mais aussi dans les salles d’exposition, comme en apporte actuellement la preuve La Cinémathèque française. L’institution parisienne, qui a adapté à ses espaces la rétrospective organisée par le MoMA (Museum of Modern Art) à New York (lire le JdA no 367, 13 avr. 2012), bat des records de fréquentation, avec 100 000 visiteurs reçus depuis son ouverture le 7 mars. Le parcours dévoile les dessins du cinéaste américain et montre comment les créations graphiques sont intimement liées à l’œuvre cinématographique. À travers ce type de proposition, la Cinémathèque attire de nouveaux publics, pas nécessairement cinéphiles ni habitués du lieu.
Au-delà du classique parcours ludique dévoilant les coulisses techniques et secrets de fabrication d’un film, « exposer » le cinéma, le faire entrer au musée dans une réflexion plus large sur la création, se révèle être une expérience singulière et difficile, un exercice complexe. Il s’agit de faire dialoguer des éléments de nature très différente (images fixes, en mouvement, archives, tableaux, objets, dessins) et, surtout, de parvenir à expliquer les films sans les trahir. Comme le souligne Matthieu Orléan, collaborateur artistique à la direction générale de La Cinémathèque, les passerelles entre cinéma et musée ne relèvent pas de l’évidence : « Le cinéma n’a pas vocation première à se  muséographier . Cela peut même sembler contre nature de révéler les décors, de dévoiler le film sous forme d’extraits, par petits bouts, comme un raccourci d’une œuvre rapiécée. Il existe  un vrai décalage entre ces deux mondes qui, avec le temps, se sont réconciliés. » Une « réconciliation » due, selon lui, aux artistes contemporains qui ont su investir le champ du cinéma à l’image de Dominique Gonzalez-Foerster, Philippe Parreno, Pierre Huyghe, Douglas Gordon, Tacita Dean (lire p. 20).
L’institution passe régulièrement commande à des cinéastes, parfois à des plasticiens ou à des photographes. « La Cinémathèque doit être à l’origine de projets, donner une impulsion. Il n’y a pas d’imperméabilité entre tous ces domaines de la création. Dès son ouverture, en 1936, elle a été pensée comme un lieu d’ouverture avec une multitude de connexions possibles », souligne Matthieu Orléan. Son fondateur, Henri Langlois, a dès le début commandé des films sur l’art ; en outre, parallèlement aux archives récoltées, il collectionnait des œuvres d’artistes qui lui semblaient entrer en résonance avec le médium. Il avait pour ambition d’intégrer le cinéma à un musée, à l’exemple du département du film créé dès 1935 au MoMA. « C’était un geste politique : il voulait montrer que le film est aussi un objet d’art », rappelle encore Matthieu Orléan. Cependant, si La Cinémathèque française fait régulièrement appel aux artistes depuis qu’elle s’est installée rue de Bercy (en 2005), elle se situe bien dans le champ du cinéma et non dans celui des arts plastiques. Outre son impressionnante collection et ses missions de conservation afférentes, l’institution multiplie les expositions, monographiques (« Méliès », « Jacques Tati », « Stanley Kubrick », « Almodovar », « Dennis Hopper »), ou plus audacieuses comme « Brune-Blonde », sur le thème de la chevelure (en 2010). Des lieux tels le Centre de culture contemporaine de Barcelone ou l’Acmi (Australian Centre for the Moving Image) à Melbourne, constituent des partenaires privilégiés de la Cinémathèque avec lesquels elle partage cette notion d’expérimentation. Associer et confronter le cinéma à d’autres champs de la création relève d’une démarche spécifique à quelques lieux. Rares sont les institutions consacrées au cinéma qui ne se contentent pas de montrer seulement l’envers du décor et la manière dont on « fabrique » des films. Parfois les musées ouvrent leurs espaces au cinéma le temps d’une exposition, à l’image de la manifestation « Hitchcock et l’art » organisée au Centre Pompidou en 2001.
La vocation de l’Institut Lumière, basé à Lyon, est tout autre. Véritable temple de la mémoire cinématographique, l’établissement installé au cœur du quartier historique lyonnais se revendique comme le berceau du 7e art. Depuis sa grande rénovation en 2003, l’institut expose des films, livres, photographies, appareils de cinéma retraçant l’itinéraire des frères Lumière, inventeurs du cinématographe, et les débuts de cet art.

Des projections dans les expositions
À l’étranger, nombreux sont les établissements à associer, chacun à leur manière, de façon plus ou moins traditionnelle, projections de films et expositions permanentes sur le cinéma. Ainsi de la Cinematek de Bruxelles, installée au sein du Palais des beaux-arts et entièrement rénovée en février 2009, ou du Musée national du cinéma (Museo Nazionale del Cinema) à Turin, en Italie, dont les collections sont mises en scène autour d’un immense hall où les visiteurs peuvent visionner des extraits de films. À Berlin, à deux pas de la place Marlene-Dietrich où se déroule chaque année en février la Berlinale, la Maison du Cinéma, sise dans le Sony Center de la Potsdamer Platz, abrite le Musée du cinéma et la télévision de Berlin ainsi que les archives de la Cinémathèque allemande.
Citons également The American Museum of the Moving Image (Musée du cinéma et de la télévision), à New York, inauguré en 1988 et récemment agrandi, ou encore le Musée du cinéma installé à Pékin, exclusivement dédié au 7e art chinois, un immense complexe comprenant musée et salles de projection. Mais pour l’heure, c’est Amsterdam qui créé l’événement avec l’ouverture de son musée du film, « Eye », inauguré le 4 avril dans un bâtiment futuriste conçu par les Viennois Delugan Meissl Associated Architects et situé dans la zone portuaire au nord de la ville. Son exposition inaugurale, « Found Footage » (jusqu’au 3 juin) met en exergue, sur 1 200 mètres carrés, le cinéma expérimental, et ouvre un peu plus le champ des possibles…

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°369 du 11 mai 2012, avec le titre suivant : Les musées font leur cinéma

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