Vendredi 23 février 2018

Les modernes à l’assaut du jardin des Tuileries

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 9 septembre 2008

Après Clara Clara de Richard Serra, qui y avait été installée temporairement en 1983, le jardin des Tuileries va bientôt accueillir un ensemble de sculptures modernes et contemporaines. Un programme qui n’est pas sans poser problème.

PARIS - Annoncée le 31 octobre 1996 à Tours par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Culture, lors du premier Congrès interprofessionnel de l’art contemporain, et confirmée ensuite par Catherine Trautmann, la mission confiée à l’artiste Alain Kirili de réfléchir, pour les Tuileries, à un jardin de sculptures modernes et contemporaines se concrétisera début décembre par l’inauguration d’une première phase. Celle-ci devrait comprendre une douzaine de sculptures mises en dépôt par des musées et des particuliers, en partant de la figure tutélaire de Rodin. Quatre de ses créations prendront place près du Musée de l’Orangerie : le Baiser – un MNR déposé depuis 1980 dans les jardins de l’Hôtel Matignon –, Ève, l’Ombre et Méditation. Près du Jeu de Paume sera placé le Bal costumé de Dubuffet, tiré spécialement pour l’occasion. Après Figure couchée de Moore, provenant du Musée national d’art moderne, six sculptures seront installées sur les pelouses des Quinconces : Personnage III d’Étienne-Martin, la Grande Musicienne de Laurens, Microbe à travers un tempérament de Ernst, le Grand échiquier de Richier, tandis que le ministère est actuellement en négociation pour obtenir Primo Piano II de David Smith et une Femme debout de Giacometti. Une deuxième phase devrait comprendre des pièces de Miró, Lipchitz, Calder, Arp et Picasso. Un programme de commandes publiques à des artistes vivants est également prévu.

Ce projet va entraîner le déplacement de sculptures “académiques” placées dans le jardin au tout début du siècle. Certaines vont rejoindre le parc de Saint-Cloud pour lequel elles avaient été commandées : l’Hiver de Jules Desbois, l’Été d’Henri Édouard Lombard, l’Automne de Gustave Michel et le Soir d’Hector Lemaire. Le bon Samaritain de François Sicard sera également déplacé, et Devant la mer de Jean Boucher sera rendu à la Ville de Paris.

Ainsi, la capitale va enfin donner à la sculpture moderne et contemporaine la place qui lui revient. Mais le jardin des Tuileries n’était peut-être pas le lieu le mieux adapté. Certes, l’État ne dispose que de deux jardins dans la capitale – le Palais Royal et les Tuileries – et le ministère de la Culture n’avait guère le choix. Anne Pingeot, conservateur général au Musée d’Orsay, parle déjà d’une incompréhension du lieu, “un jardin lié au palais du Louvre où l’on va faire un saupoudrage à la mode”. Plus que le programme lui-même, ce sont les conditions de présentation des œuvres et l’état général du jardin qui posent problème. Des marbres blancs étaient installés sur des pelouses entourées de marronniers. Il n’est pas évident que ce soit le meilleur endroit pour mettre en valeur des bronzes. Enfin, Pierre Encrevé, qui suit le projet au ministère, assure que des crédits seront débloqués prochainement pour l’entretien du jardin, afin de lui rendre une splendeur méritée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°69 du 23 octobre 1998, avec le titre suivant : Les modernes à l’assaut du jardin des Tuileries

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