Les hauts et les bas du Riba

Des documents d’architecture menacés

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 27 février 1998 - 848 mots

Les pièces de la collection du Royal Institute of British Architects (Riba ) sont dans « un état de détérioration critique, stockées dans un environnement urbain pollué et entassées les unes sur les autres ». À la suite de cette inquiétante déclaration, émanant de consultants extérieurs à l’institution, le Riba se trouve dans l’obligation de trouver de nouveaux locaux pour la conservation de ses dessins, photographies et manuscrits.

LONDRES (de notre correspondant) - La British Archi­tectural Library du Royal Institute of British Architects conserve près de 500 000 dessins. Depuis 1972, la plupart d’entre eux sont stockés au 21 Portman Square, dans une élégante maison de ville de style Adam construite au XVIIIe siècle. La Heinz Gallery, qui accueille les expositions temporaires, en occupe le rez-de-chaussée. Une partie de la collection est conservée dans la cave du bâtiment principal du Riba, 66 Portland Place, ainsi que dans ses autres locaux de Moreland Street.

Un tiers des dessins sont antérieurs à 1800, parmi lesquels des œuvres de Wren, Jones, Adam et Wyatt. Les croquis postérieurs à cette date sont signés Pugin, Waterhouse, Luytens, Wright, Le Corbusier ou Mies van der Rohe. Selon Sir Philip Dowson, président de la Royal Academy et un des associés du cabinet Ove Arup, “cette collection architecturale est la plus belle du monde, mais c’est un trésor enseveli”.

Entassés dans des armoires
Dans les espaces de stockage, même si les dessins les plus précieux sont archivés dans de bonnes conditions, la plupart sont entassés dans des armoires à dessins ou conservés dans des tubes au-dessus des meubles. L’entretien d’un immeuble classé représente déjà de lourdes charges, et les contrôles des conditions de conservation se font rares.

Le bail des locaux du 21 Portman Square expirant en 2002, la collection devra alors certainement déménager. Le plus difficile sera de trouver un site approprié, qui soit à la fois facilement accessible dans le centre de Londres, d’une surface suffisante et d’un loyer abordable.

La Roundhouse de Chalk Farm, dans le nord de Londres, avait été favorablement pressentie. Le projet du Riba aurait permis la rénovation de ce bâtiment historique désaffecté, construit en 1847 pour abriter une plate-forme tournante des chemins de fer. Les plans d’aménagement avaient même été dessinés et une demande de financement de 12,5 millions de livres adressée à l’Heritage Lottery Fund. En juillet 1996, il rejetait la demande, estimant que le Royal Institute avait choisi le bâtiment avant même d’avoir défini clairement ses besoins. Aussi le Riba a-t-il sollicité l’an dernier les services de KPMG et de L&R Consulting, les consultants qui ont récemment rendu leur rapport sur les nécessités d’aménagement de la bibliothèque.

L’ensemble des dépenses de la British Architectural Library s’élève aujourd’hui à 1 million de livres (10 millions de francs) par an, soit plus d’un cinquième du budget total du Riba. Un plan de réaménagement entraînerait des dépenses considérables, et malgré l’aide de la “Lottery”, il faudrait trouver d’autres partenaires. En outre, un bâtiment plus grand entraînerait des coûts d’exploitation accrus. Les membres du Riba sont aujourd’hui conscients du gouffre financier que représente la conservation de la collection. À l’occasion d’un récent sondage, 23 % d’entre eux ont manifesté leur désir de se séparer de cet ensemble de dessins. Dans leur rapport, les consultants extérieurs avaient également proposé de s’en défaire : “Il serait possible de se décharger de la collection en la donnant ou en la vendant à d’autres insti­tutions”. La Royal Academy, le Victoria & Albert Museum, l’Architecture Founda­tion et le National Monuments Record pourraient l’accueillir, mais il est peu probable que l’un d’eux accepte ce fardeau financier. Le Royal Institute pourrait aussi vendre les œuvres de valeur afin de générer des fonds qui serviraient à la conservation du reste de la collection. Cette solution avait déjà été choisie en 1970 : un ensemble de paysages de John Cotman, d’un intérêt relatif pour une bibliothèque spécialisée en architecture, a été vendu pour payer le bail des locaux du 21 Portman Square. Les plus belles pièces de la collection  sont sans conteste les 212 dessins d’Andrea Palladio, estimés chacun 250 000 livres sterling (2,5 millions de francs).

Acquérir un autre bâtiment
Même si la solution idéale serait de conserver les collections spécialisées dans le bâtiment principal, les locaux de Portland Place sont trop petits, et il est peu vraisemblable que l’institution disposera à terme d’espaces plus vastes. Selon Charles Hind, conservateur des dessins, le personnel de la bibliothèque estime qu’“il serait plus réaliste d’acquérir un autre bâtiment, aussi proche que possible de Portland Place, pour accueillir les collections spécialisées et les livres accu­mulés”. Le Conseil du Riba étudiera les différentes options au cours des prochains mois.

Le Riba Architecture Centre, au 66 Portland Place, poursuit pendant ce temps son activité de lieu d’exposition. Il accueille jusqu’au 28 mars la collection d’architecture réunie depuis six ans par le Frac Centre, avec – entre autres – les travaux d’Odile Decq & Benoît Cornette, Diller Scofidio, Claude Parent, Rem Koolhaas & Madelon Vriesendrop, Bernard Tschumi.

THE DISPLACED GRID, jusqu’au 28 mars, Riba Architecture Centre, 66 Portland Place, Londres W1N 4AD, tél. 44 171 307 3699.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°55 du 27 février 1998, avec le titre suivant : Les hauts et les bas du Riba

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque