Mercredi 21 février 2018

« Les galeries ont contribué à la connaissance du design »

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 20 mars 2009

Au départ petite entreprise artisanale, Ligne Roset a su s’imposer dans le secteur du mobilier en misant sur les designers. Le directeur général du groupe Roset-Cinna commente l’actualité.

L’œil : Qui est le groupe Roset  ?
Michel Roset : Depuis 1973, nous sommes à la fois fabricants, éditeurs et distributeurs, et proposons aujourd’hui aussi bien du mobilier que des tapis ou des arts de la table, sans oublier, depuis une dizaine d’années, du « Contract Business » (bureaux, hôtellerie...). Nous possédons un réseau de huit cents points de vente à enseigne exclusive (magasins ou corners). Le chiffre d’affaires annuel se situe autour de 370 millions d’euros.
Depuis dix-quinze ans, nous sommes, avec près de 70 %, le premier exportateur de mobilier en France. Les 30 % restants, les ventes en France donc, se répartissent à part égale pour les deux marques Ligne Roset et Cinna.

L’œil : Collaborez-vous avec des designers en externe ?
M. R. : Nous travaillons aujourd’hui avec quelque soixante-dix designers, dont de très fidèles : Pascal Mourgue, le duo Pagnon/Pelhaître, François Bauchet, Éric Jourdan, Didier Gomez... Inversement, nous œuvrons aussi avec de tout jeunes designers découverts dans les écoles (Camondo, Arts-Déco, ENSCI, ÉCAL...) ou sur les espaces « jeunes » des salons professionnels de Cologne ou de Milan.

L’œil : En France, le design est-il bien ancré dans les usages, ou bien sommes-nous à la traîne ?
M. R. : Sociologiquement, nous sommes en retard par rapport à des nations comme l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche ou les pays scandinaves. Mais le vocable design s’est depuis promené partout dans la presse. Il y a aujourd’hui une plus grande information auprès du public, donc une plus grande culture du design.

L’œil : Est-ce dû également à l’action des galeries de design ?
M. R. : Au début, j’ai cru que les galeries de design nous ignoraient. Peu à peu, j’ai compris que, en montrant à la fois des pièces du passé et des pièces actuelles, elles ont contribué au développement d’une connaissance du design. En outre, la notoriété qu’elles donnent aux designers qu’elles exposent et avec lesquels nous travaillons rejaillit évidemment sur nos marques.

L’œil : Concrètement, le designer fait donc d’une pierre deux coups ?
M. R. : Prenez les frères Bouroullec. Lorsqu’ils sont venus chez nous, ils ont eu une véritable démarche en analysant points forts et points faibles de l’entreprise. Pour créer leur ligne Facett, ils ont notamment fait ressortir deux points forts de l’entreprise : le matelassage et la couture. Par la même occasion, ils sont, eux, sortis de cette étiquette minimaliste qui leur collait à la peau.

L’œil : Le Groupe Roset se préoccupe-t-il de développement durable ?
M. R. : Oui, depuis très longtemps. Nous vendons par exemple en Allemagne, en Suisse et en Autriche, trois pays qui ont des normes beaucoup plus exigeantes qu’en France.
Ainsi, nos panneaux d’agglomérés de bois ne produisent plus de formaldéhydes, nous sommes passés à la colle à eau et proposons même des textiles biologiques. Il reste bien sûr encore des progrès à faire, comme dans l’emballage des produits ou dans la récupération et le recyclage, mais cela avance vite. Peut-être devra-t-on d’ailleurs, un jour, afficher, à côté du prix, le bilan carbone des produits...

L’œil : La crise actuelle a-t-elle des répercussions sur votre groupe ?
M. R. : Pour la première fois, c’est une crise qui touche des pays où l’on exporte : les États-Unis, l’Allemagne, l’Angleterre, la Russie... L’an passé, nous avions clôturé en septembre un très bon exercice 2008, or cette crise est fulgurante.
Dans les petits eldorados qu’étaient la Californie, Moscou ou Abu Dhabi, c’est l’arrêt. Rien qu’à Dubai, où nous avons ouvert trois magasins, les ventes sont tombées à moins 50 %, et ce en l’espace de quatre mois. C’est en France finalement où, pour l’heure, on ressent le moins la récession.

L’œil : Quelles sont les grandes lignes des collections 2009 dévoilées en janvier dernier par Ligne Roset et Cinna ?
M. R. : Au fil des ans, on s’était quelque peu embourgeoisés et assagis, nous avons donc fait un effort, cette année, pour monter en tonalité et mettre en avant des couleurs un peu plus acides.
Un seul exemple : Ligne Roset propose aujourd’hui le canapé de Philippe Nigro, avec des formes asymétriques et multicolores. Autant de nuances en un seul canapé, on n’avait jamais vu ça !

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°612 du 1 avril 2009, avec le titre suivant : « Les galeries ont contribué à la connaissance du design »

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