Les galeries allemandes en force

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 1346 mots

On recense presque autant de galeries allemandes à la Fiac qu’à Frieze London. Les exposants apprécient la relation des collectionneurs français à l’art.

Vingt-deux galeries allemandes participent à la Fiac cette année. Dix-sept d’entre elles viennent de Berlin, les autres de Francfort (Bärbel Grässlin, Neue Alte Brücke), Düsseldorf (Kadel Willborn, Hans Mayer) et Cologne (Thomas Zander). La plupart l’affirment, quand seulement trois jours séparent la fin de Frieze London et le début de la Fiac, il apparaît souvent nécessaire de choisir entre les deux foires. Aussi, seule une poignée des vingt-deux galeries allemandes présentes à la Fiac participent également à Frieze. Elles sont unanimes : cela demande une organisation et une logistique très pointues. La galerie Esther Schipper souscrit aux deux foires. « On peut décrire Frieze London comme une foire plus orientée vers le marché, déclare Stefanie Lockwood, directrice de la galerie. Cette foire est très internationale, et amène beaucoup de grands noms et de collectionneurs dans la ville. » Même si la Fiac attire également un public très international, le commerce n’y est pas aussi rapide. « Les gens ont plus de temps et la foire semble ainsi plus détendue », conclut-elle. Le marché français est d’autant plus important pour cette galerie qu’elle représente quatre artistes français, parmi lesquels Jean-Pascal Flavien qui vient de la rejoindre. En parallèle de la Fiac, deux de ces artistes bénéficient actuellement d’expositions à Paris : Pierre Huyghe au Centre Pompidou et Philippe Parreno au Palais de Tokyo, tandis que le Mexicain Gabriel Kuri a été invité au Parc Saint-Léger, le centre d’art contemporain de Pougues-les-Eaux (Nièvre). Ce dernier figure sur le stand d’Esther Schipper aux côtés de General Idea et de Dominique Gonzalez-Foerster.

Un public parisien intellectuel
La galerie Eigen Art participe aussi aux deux foires : « La Fiac est un lieu grandiose pour exposer. Le public y est intellectuel, bourgeois, puissant et prêt à la discussion. À Frieze, le public est plus brusque, mais on y sort plus facilement son portefeuille », déclare « Judy » Lybke, propriétaire d’Eigen Art. Vend-on donc mieux à Londres ? « Je vends partout, je suis un entrepreneur, je suis là pour soutenir les artistes de la galerie », reprend le galeriste avec son bagout et son énergie habituels. Comme Esther Schipper, il prend en compte la programmation parisienne hors de la Fiac, en présentant un artiste qui réalise une performance au Louvre le 25 octobre, Olaf Nicolai. Le stand comprend aussi des œuvres de Marc Desgrandchamps, et d’un artiste allemand vivant à Paris, Tim Eitel. « Il est intéressant de montrer ce qu’un artiste allemand produit à Paris, quelle est l’influence du lieu de résidence sur son art. » Dans les deux foires, Judy Lybke choisit des artistes qui ont déjà un public dans le pays concerné : « Cela n’a pas de sens de confronter les gens avec de l’art qu’ils ne connaissent pas. Je préfère les accompagner pas à pas. »
Johann König adopte une autre approche. Il retient les artistes à présenter en fonction de leur production récente. « Mais je ne montrerais pas Tatiana Trouvé à la Fiac, par exemple. Je trouve beaucoup plus intéressant de la faire connaître à l’international », déclare Johann König. Il sera cependant absent de la manifestation parisienne cette année : « Nous n’avons pas reçu de place dans la nef, nous avons donc décidé de renoncer à notre participation. » Alors que sa galerie réalise 7,6 % de son chiffre d’affaires grâce aux collectionneurs français, il espère pouvoir y revenir l’an prochain. « Je trouve que le programme curatorial est meilleur à Frieze, mais le pouvoir d’achat est plus important à la Fiac », ajoute-t-il.

L’atmosphère de la Fiac
La galerie Max Hetzler, membre de son comité de sélection, participe régulièrement à la Fiac, mais est aussi présente cette année pour la première fois à Frieze. « La Fiac est une foire à laquelle nous sommes attachés. Nous y retrouvons les collectionneurs français, mais aussi des collectionneurs internationaux qui y viennent facilement », explique Jean-Marie Gallais, qui dirigera la future antenne parisienne de la galerie. Les deux foires sont d’ailleurs l’occasion de préparer cette ouverture. « De nouveaux artistes, comme le peintre britannique Robert Holyhead et Navid Nuur, un artiste d’origine iranienne qui vit à La Haye, seront présentés aussi bien à Paris qu’à Londres. Ils signalent une nouvelle génération d’artistes avec lesquels nous travaillerons. » La galerie a été conviée pour la première fois à entrer dans le programme Fiac hors les murs : une sculpture d’Ernesto Neto est exposée au jardin des Tuileries.
Meyer Riegger mise pareillement sur les deux foires, avec des présentations très différentes. À Frieze, la galerie propose un solo show de Miriam Cahn, très appréciée des collectionneurs britanniques. « Nous participons pour la deuxième fois à la Fiac. L’année dernière, nous avons trouvé que c’était une foire très agréable, avec une bonne atmosphère et beaucoup d’énergie », déclare Eva Scherr, sa directrice. Un échantillon du programme de la galerie est présenté à Paris, combinant une position établie, Franz Ackermann, et deux créateurs émergents : la Tchèque Eva Kotatkova, qu’on a pu voir à la Biennale de Venise 2013, et Waldemar Zimbelmann, jeune artiste âgé de 30 ans.
Neugeriemschneider se concentre cette année sur les trois déclinaisons d’Art Basel, et participe pour la première fois à la Fiac. Tim Neuger, cofondateur de la galerie, déclare avoir choisi la Fiac parce que c’est une « foire forte, sérieuse et élégante ». Il apprécie la manière dont art moderne et contemporain s’y côtoient. La galerie a défini son projet en fonction du lieu : elle présente à Paris une unique sculpture de l’artiste Ai Weiwei.

Stratégie de carrière
Les galeries sélectionnent pour leurs stands des œuvres nouvelles, qui ont pu faire l’objet d’exposition dans les galeries mais n’ont pas encore été présentées dans les foires. Entre en compte aussi une stratégie quant à la construction de carrière des artistes. Si certaines galeries découvrent la Fiac, d’autres y viennent régulièrement en raison d’affinités personnelles. Marie-Blanche Carlier, codirectrice de la galerie Carlier-Gebauer assure : « La Fiac, c’est mon marché car je suis française », avant d’ajouter que c’est « la plus belle foire du monde ». Des œuvres de Michel François, Paul Graham ou Andreas Mühe seront exposées à la Fiac, ainsi que de Guillaume Leblon, que la galerie a montré à Berlin en septembre. La galerie Guido W. Baudach ne participe également qu’à la Fiac. Guido Baudach afirme très bien connaître Londres, et avoir « envie de Paris ». L’échange de galeries Berlin-Paris avait permis de développer des contacts, qu’il souhaite à présent approfondir. Il a conçu cette année pour la Fiac un stand plutôt orienté vers l’abstraction que la figuration, avec des œuvres entre autres de Thomas Zipp, Thilo Heinzmann, Markus Selg et Erwin Kneihsl.

Zak  Branicka revient volontiers pour la deuxième fois à la Fiac, en raison du professionnalisme et du niveau d’exigence aussi bien des collectionneurs que des conservateurs de musée. « Il est très important pour nous, non seulement de montrer de bonnes œuvres d’art, mais également d’être le curateur de l’ensemble du stand, comme pour une exposition », soutient Monika Branicka, dont la galerie offre un stand autour de l’œuvre d’Agnieszka Polska et des références que celle-ci utilise. Quant à la galerie Nagel Draxler, elle présente à la Fiac un solo show de Kader Attia, dans la continuité des œuvres exposées à la Documenta 13 (2012) ainsi que de l’exposition personnelle de l’artiste au centre d’art contemporain berlinois KW.
Selon Mehdi Chouakri, comme pour la plupart des autres galeries, organisation et méticulosité laissent tout de même la place à une certaine spontanéité.
Enfin, pour Wentrup, ce ne sera ni Fiac ni Frieze. Tina Wentrup explique que la galerie se focalise sur les déclinaisons d’Art Basel à Hongkong et Miami, ce qui entraîne des coûts importants. Par ailleurs, ajoute-t-elle, « c’est peut-être un cas particulier à notre galerie, mais nos collectionneurs français ont quitté la France, ils se sont installés à Londres ou en Suisse. Nous les retrouvons ailleurs, sur les grandes foires internationales ».

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Les galeries allemandes en force

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