Les écoles d’art se lancent dans des partenariats avec l’étranger

Une politique d’ateliers, de conférences, de rencontres et d’échanges d’enseignants et d’étudiants est encouragée par la DAP, l’Afaa et l’ANDEA

Le Journal des Arts

Le 7 février 2003 - 1600 mots

Les échanges internationaux entre écoles d’art ont le vent en poupe. En vue de valoriser à l’étranger l’offre française en matière d’enseignement et de faciliter la circulation des artistes/enseignants et des jeunes créateurs, l’Afaa (Association française d’action artistique) et la DAP (délégation aux Arts plastiques) ont uni leurs efforts en subventionnant de concert des projets de coopération internationale entre écoles d’art. Mis en place en 1999-2000, ce programme d’incitation a permis l’accomplissement de dizaines de rencontres (ateliers, conférences, réalisations communes, échanges pédagogiques...) entre partenaires français et étrangers.

PARIS - Différents dispositifs favorisent à l’heure actuelle les échanges internationaux entre écoles d’art ainsi que la mobilité des étudiants, à l’image des bourses d’études proposées par le ministère des Affaires étrangères (bourses Lavoisier) et des programmes mis en place par l’Union européenne (Socrates, Erasmus, Leonardo da Vinci). Par ailleurs, de nombreuses actions sont engagées directement par les écoles, qui sont parfois extrêmement dynamiques en matière de relations internationales. C’est en particulier le cas de l’école régionale des beaux-arts de Saint-Étienne. Celle-ci privilégie les échanges d’étudiants, entretient des accords bilatéraux avec l’Australie, le Canada ou encore la Finlande, organise chaque année 15 à 20 expositions à l’étranger, et a développé avec l’Académie des beaux-arts de Bratislava (Slovaquie) un programme concerté d’enseignement du design depuis 1992. On pourrait également citer l’École nationale supérieure d’art de Cergy, qui entretient des rapports avec l’Académie des beaux-arts de Beyrouth depuis plus de dix ans, ou encore l’École nationale de la Villa Arson (centre national des arts plastiques) à Nice, dont les partenariats pédagogiques avec l’étranger ne cessent de croître. “Sur nos 160 élèves, une quinzaine séjournent chaque année à l’étranger. Les échanges d’enseignants sont également fréquents”, confie le directeur de l’établissement, Jean-Marc Réol.
À la lumière de ces exemples, la richesse des actions engagées par les écoles pour s’ouvrir à l’international paraît incontestable. Elle ne doit cependant pas masquer les disparités entre établissements, qui n’ont pas toujours les moyens matériels ou ne disposent pas des informations nécessaires pour s’impliquer dans ce type d’actions. Afin de remédier à cette situation, plusieurs initiatives ont vu le jour. La DAP (délégation aux Arts plastiques/ministère de la Culture et de la Communication), qui a fait des échanges entre écoles d’art sa priorité, a organisé une première journée de rencontres et d’information consacrée à ce thème en avril dernier (École du Louvre,
17 avril 2002). Une plate-forme “Inter-écoles International” vient par ailleurs d’être ouverte sur Internet (www.cnap.fr). Destiné à susciter et à faciliter de nouveaux échanges internationaux, ce site peut “accueillir aussi bien des renseignements de nature administrative que des récits d’expériences vécues, des conseils pratiques, des travaux en cours de réalisation...” On y apprend que l’école d’art de Lorient présentera au printemps un workshop (atelier) à Bogota (Colombie), que l’École nationale supérieure des beaux-arts (Énsb-a), à Paris, est impliquée dans la réalisation d’un livre inter-écoles associant plusieurs établissements britanniques, ou que l’école des beaux-arts de Valenciennes est à l’origine d’un projet pédagogique et plastique en Inde du Sud. Certains de ces travaux ont pour partenaires l’Afaa (Association française d’action artistique, placée sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères) et la DAP. Avec l’ANDEA (Association nationale des directeurs d’écoles d’art), ces deux organismes ont élaboré en 1999-2000 un programme de coopération internationale des écoles d’art.

Subventionner les projets les plus innovants
“Dans un contexte d’intensification des échanges artistiques internationaux, de mobilité accrue des artistes comme des acteurs de l’art contemporain, l’action internationale, facteur d’échange et de promotion de la scène française à l’étranger, revêt une importance particulière”, déclaraient dernièrement Guy Amsellem, ancien délégué aux Arts plastiques, et Olivier Poivre d’Arvor, le directeur de l’Afaa, dans l’appel à projets lancé aux écoles d’art. Pour faciliter les rencontres (ateliers, conférences, publications...) entre partenaires français et étrangers des écoles d’art, l’Afaa et la DAP ont uni leurs efforts et harmonisé leur action en subventionnant de concert des projets. S’adressant aux artistes/enseignants et aux jeunes diplômés des écoles d’art ou des universités françaises (département Arts plastiques), ce programme concerne toutes les disciplines artistiques et tous les pays. Il suffit, pour y participer, d’envoyer à l’Afaa, à la DAP et à l’ANDEA le “descriptif du projet accompagné d’un budget prévisionnel”. La sélection est faite conjointement par les trois organismes. “Nous privilégions la pertinence et l’originalité des demandes, la qualité du partenariat à l’étranger et son inscription dans la durée”, explique Alain Reinaudo, responsable du département des Arts visuels, de l’Architecture et du Patrimoine à l’Afaa. Sur la trentaine de propositions reçues chaque année, 14 ont été financées en 2001, 16 en 2002. Cette progression ne doit cependant pas masquer le faible renouvellement des structures impliquées. “Il semble que, d’une année sur l’autre, ce soient les mêmes écoles qui prennent l’initiative. Un effort de communication serait-il nécessaire dans les autres écoles ?”, s’interroge Thierry Bayle, chargé de mission pour l’enseignement artistique à la DAP. “Les participations sont très liées aux budgets à l’international dont les écoles disposent, car le financement de l’Afaa/DAP ne peut excéder 20 % du coût total du projet”, précise Isabelle Mayet, chargée de mission à l’Afaa (département des Arts visuels, de l’Architecture et du Patrimoine). Les collectivités territoriales, Drac (directions régionales des Affaires culturelles) et communes sont en général sollicitées pour compléter cet apport. En 2002 et 2003, l’enveloppe Afaa/DAP pour la “coopération internationale” était de 82 000 euros, contre 66 300 euros en 2001. “En progression, ce budget permet à de nombreux projets d’être amorcés”, souligne Isabelle Mayet.

Des rencontres fructueuses
Certains sont particulièrement originaux et ambitieux, à l’image de l’atelier croisé mis en place en 2001-2002 par les écoles d’art de Dunkerque et de Bamako (Mali). “La singularité de ce projet reposait tout d’abord sur son thème (‘Paroles et Images’), défini par les enseignants des deux écoles. Il nous est apparu que la définition des images ainsi que le rôle et la fonction de la parole étaient des points d’achoppement des deux cultures. La parole, dans les traditions africaines, est extrêmement importante et omniprésente. Quant à l’image, son utilisation est complexe dans un pays [le Mali] où se mêlent croyances ancestrales et culture islamique, et où s’exerce de plus en plus l’influence de l’art international. Deux ateliers ont travaillé en parallèle sur ces concepts, l’un à Bamako, avec des étudiants de l’Institut national des arts, et l’autre à Dunkerque avec les élèves de l’école d’art”, explique Catherine Delvigne, professeur à l’école régionale des beaux-arts de Dunkerque. Développé sur une quinzaine de jours, chaque atelier a été ponctué de workshops, de conférences, d’interventions d’artistes, et a été suivi d’une exposition ainsi que d’une publication. “La qualité, la richesse de la rencontre a dépassé nos espérances et probablement modifié l’attitude future de bon nombre d’étudiants par rapport à l’art contemporain et à la position de l’artiste”, conclut l’enseignante. Autre projet emblématique, celui d’Adrien Gardère. Choisi par le directeur de l’Alliance française en Inde pour redessiner le mobilier de l’institution, le jeune designer imagine en 1999 une coopération entre le National Institute of Design d’Ahmedabad (NID) et deux écoles parisiennes de création industrielle, l’École nationale supérieure des arts décoratifs (Énsad) et l’École nationale de création industrielle (Énsci). “Entretemps, l’Alliance française avait investi de nouveaux locaux, un bâtiment construit par Le Corbusier. Cette architecture servait idéalement mon projet, fondé sur une alliance entre tradition et modernité”, précise Adrien Gardère. Ayant constaté la déperdition des savoir-faire dans l’artisanat indien – conséquence de la quête occidentale d’un exotisme rêvé plus que d’une réalité artistique locale –, le créateur a cherché à utiliser au mieux les ressources vernaculaires. Sa collection franco-indienne (table de travail, chaise d’auditorium, de café, banquette, pouf, table de coin et de centre) marie ainsi avec bonheur les techniques et les matériaux locaux (bois de rose, tressage en fibre de banane, nattes de raphia) à l’esprit moderniste de Le Corbusier. Elle a été présentée à la Biennale de design de Saint-Étienne en octobre 2000 puis au salon Satellite de Milan en avril 2001. Un succès qui a encouragé Adrien Gardère à renouveler l’expérience. Avec trois étudiants indonésiens, il a récemment conçu pour le centre culturel français de Surabaya deux prototypes de chaises, qui pourraient donner lieu à une production en série. Du côté de la photographie, un partenariat fructueux a été initié en 1999 entre l’École supérieure des arts d’Hô Chi Minh-Ville (Vietnam) et l’École nationale de photographie d’Arles (ÉNP). “À la demande du gouvernement vietnamien, notre école a été désignée comme expert pour aider à la création d’un département Photo autonome. Des enseignants de l’ÉNP assurent plusieurs fois par an des ateliers de formation destinés aux élèves vietnamiens et travaillent avec leurs professeurs à la modernisation des cursus [un cours d’histoire de la photographie ainsi qu’une spécialisation par secteurs d’activité ont notamment été mis en place]. Un étudiant et un enseignant de l’école d’Hô Chi Minh-Ville ont par ailleurs été accueillis dans notre établissement”, explique Marine Leloup, collaboratrice du directeur de l’ÉNP. Bien d’autres projets méritent d’être cités : “Syncretics attitudes”, élaboré par Bernard Marcadé (École nationale supérieure d’art de Cergy) avec trois écoles thaïlandaises autour de la question des syncrétismes religieux, culturels et artistiques ; l’atelier de recherche typographique sur l’écriture contemporaine turque conçu par l’école régionale d’art d’Amiens avec l’université de Marmara (Istanbul) ; le workshop d’artistes chinois dans le cadre du SCAN (studio de création en arts numériques) organisé à la Villa Arson... “Il serait intéressant de présenter les résultats de ces coopérations au sein d’une exposition. Cela permettrait de visualiser et de mieux faire connaître les actions entreprises”, constatent les chargés de mission de l’Afaa et de la DAP. Une idée qui pourrait susciter de nouveaux échanges entre écoles d’art...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°164 du 7 février 2003, avec le titre suivant : Les écoles d’art se lancent dans des partenariats avec l’étranger

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