Mercredi 26 février 2020

Musée

PROFESSION

Les conservateurs rouvrent leur Livre blanc

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 19 février 2020 - 541 mots

PARIS

Les inquiétudes de l’Association nationale des conservateurs et professionnels des musées et patrimoines publics de France sont plus que jamais d’actualité quant à l’évolution de la profession.

La promotion 2016-2017 des conservateurs visite le Musée d'art moderne André Malraux au Havre. © Photo M.C. Vigutto/INP.
La promotion 2016-2017 des conservateurs visite le Musée d'art moderne André Malraux au Havre.
© Photo M.C. Vigutto /INP

Elle garde son acronyme mais change de nom : l’Association générale des conservateurs des collections publiques de France (AGCCPF) devient l’« Association nationale des conservateurs et professionnels des musées et patrimoines publics de France ». L’association s’ouvre en effet désormais à tous les professionnels des musées français, et n’est plus centrée uniquement sur les conservateurs. Le changement fait écho aux préoccupations de l’association bientôt centenaire – en 2022. Le 29 janvier, dans le cadre du Salon international des Musées, les conservateurs ont annoncé qu’ils allaient réactualiser leur Livre blanc, publié en 2011, pour dresser un état des lieux de cette profession mal en point.

« Quand on a fait le Livre blanc, on l’a dit : la relève n’est pas là », rappelle Christophe Vital. Dix ans plus tard, l’ancien directeur des musées de Vendée, président puis trésorier de l’AGCCPF depuis sa retraite, a fait les comptes : « Nous avons perdu 250 à 300 collègues en dix ans ». « À l’étranger, on nous envie l’Institut national du patrimoine [INP], précise Christophe Vital, il sait former les étudiants sur tous les points. » Mais ses promotions sont de moins en moins fournies, et dans les collectivités territoriales nombreux sont les attachés de conservation exerçant les missions d’un conservateur. Aussi l’association préconise-t-elle, entre autres, un nivellement par le haut : une formation ad hoc pour ces attachés, et la possibilité d’évoluer pour accéder au grade de conservateur.

Dans un texte intitulé « Et la retraite des conservateurs ? », publié sur le réseau social professionnel LinkedIn, le trésorier de l’AGCCPF pointe justement que le système dit « universel » des retraites, se fondant sur les revenus de l’ensemble de la carrière et non sur les six derniers mois, serait défavorable aux conservateurs, dont les salaires en début de parcours sont particulièrement bas (1 600 euros nets pour un conservateur sortant de l’INP, 2 600 euros après quinze années d’expérience). Le niveau de rémunération des conservateurs fait grincer des dents, surtout lorsqu’il est comparé à celui d’autres hauts fonctionnaires. Il sera certainement l’un des points abordés par la grande enquête sur les métiers des musées français, dont l’association est à l’initiative. « Les résultats de cette enquête lancée avec nos partenaires seront prêts pour le centenaire », annonce Rachel Suteau, secrétaire générale de l’association et conservatrice du Musée pyrénéen de Lourdes.

L’association a également rappelé ses inquiétudes, déjà présentes en 2011, concernant le déséquilibre entre les grandes institutions et les petits musées, ainsi que la marchandisation de la culture. À travers sa revue, Musées et collections publiques de France, l’AGCCPF – qui se veut un laboratoire d’idées –, traitera cette année des questions du tourisme, de l’art contemporain, mais aussi de la gastronomie et des arts de la table.

L’association a enfin tenu à réaffirmer deux grands principes : l’inaliénabilité des collections et le rôle de l’État, ce dernier en étant garant. Preuve de cet engagement, l’AGCCPF s’est mis au travail pour parvenir à une redéfinition des musées, après la tentative infructueuse de l’Icom (Conseil international des musées) l’été dernier : « Nous mettrons les collections au cœur de cette définition », déclare Christophe Vital, prenant le contre-pied de l’ONG internationale.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°539 du 14 février 2020, avec le titre suivant : Les conservateurs rouvrent leur Livre blanc

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