Mercredi 12 décembre 2018

Le temple des tableaux anciens

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 814 mots

Si les tableaux hollandais et flamands sont toujours présents en nombre, il y a davantage de tableaux italiens par rapport aux années précédentes.

La prestigieuse foire de Maastricht demeure un événement incontournable pour le marché de l’art, mais plus encore pour le domaine des tableaux anciens, historiquement fort à Tefaf. Les experts du secteur estiment que 70 % des tableaux anciens de grande qualité mis en vente dans le monde entier sont présentés à Tefaf. Les foires – et Maastricht en particulier – constituent la réponse du commerce traditionnel à l’offensive des ventes publiques. Sur les 265 exposants, 47 sont spécialisés dans les tableaux anciens. Tous les grands noms sont là. Mais il n’est pas aisé de se faire une idée réelle de ce qu’il sera proposé avant l’ouverture du salon. Beaucoup d’exposants gardent leurs pépites pour le jour J, d’autres achètent encore la veille tandis que des tableaux sont encore en restauration. Cette année, pas de Rembrandt annoncé comme en 2011, où un Portrait d’homme était exposé par Otto Naumann (New York), affiché à 47 millions de dollars. Naumann présente tout de même le Portrait d’un gentilhomme de Vélasquez, acquis chez Bonhams Londres en décembre 2011 pour 4,6 millions de dollars. Or, comme le clame Éric Turquin, expert en tableaux anciens, « on va à Maastricht pour voir des tableaux qu’on ne connaît pas ! Bien sûr, ce n’est pas facile, il faut les trouver, mais il faut aussi les chercher ». Plusieurs œuvres exposées ont fraîchement été acquises aux enchères. D’autres spécialistes pensent au contraire que cette pratique démontre l’excellence du choix du marchand qui les propose à la vente.

Les caravagesques au pinacle
La peinture du nord constitue historiquement la colonne vertébrale du salon. Mais cette année, il y a davantage de peinture italienne que d’ordinaire, c’est très net par rapport aux éditions précédentes. « C’est normal, c’est une peinture qui se vend très bien. Il y a une évolution du goût vers la grande peinture italienne baroque », commente Éric Turquin. La galerie parisienne Canesso propose deux tableaux de Francesco Furini, chef de file de l’école florentine du début du XVIIe siècle, connu pour ses enveloppés de vapeurs bleutées, avec une Allégorie de la Paix et Samson et Dalila. Éric Coatalem (Paris) accroche une Vue de la lagune de Venise par Francesco Guardi, peintre par excellence des vedute. La galerie romaine Cesare Lampronti, expose un très grand tableau d’Orazio Gentileschi, disciple direct du Caravage, dont une variante est conservée au Musée du Louvre, Le Repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte. Robilant Voena (Londres-Milan) fait découvrir deux vues de Canaletto, La Tour de Marghera et L’Écluse de Dolo. Pour Edmondo di Robilant, Maastricht « est toujours un rendez-vous qui donne des satisfactions concrètes à chaque manifestation, mieux que n’importe quel autre salon ». Un tableau monumental (150,5 x 214 cm) devrait produire son effet ; L’Enlèvement de Ganymède d’un peintre toscan actif à Rome vers 1615-1620 est placé au centre du stand de la galerie parisienne G. Sarti. Non encore attribué, il va attirer les regards.

Si Tefaf s’est construite sur la peinture flamande et hollandaise en apparence moins dynamique, celle-ci n’en est pas moins présente. Deux portraits de Jan Lievens, collaborateur puis concurrent de Rembrandt, sont à découvrir : un Vieil homme barbu à cape brune chez Bernheimer-Colnaghi (Munich), décrit par le professeur Werner Sumowski comme « l’une des plus belles œuvres de l’artiste » et un Saint Pierre pénitent chez Jack Kilgore & Co (New York). Le stand de la galerie de Jonckheere (Paris) présente La Crucifixion, une peinture sur cuivre de Jan Brueghel l’Ancien de 1594, pour la première fois sur le marché en plus de quatre siècles. Noortmann Master paintings de Londres, accroche une magnifique marine de Willem Van de Velde le Jeune, signée et datée 1654. Élève de Simon de Vlieger, il poussait ses réalisations à un réalisme exceptionnel. Chez Haboldt & Co, on peut admirer une nature morte de Peter Claes, dont Picasso et Braque se sont beaucoup inspirés pour le cubisme. Sur les cimaises du stand de Johnny van Haeften (Londres) figure le sensationnel paysage montagneux avec saint Jérôme priant, de Paul Bril (1554-1626), passé en vente chez Christie’s en décembre 2012.

Du côté de la peinture française, un tableau d’Antoine Watteau, artiste très rare sur le marché, figure en bonne place sur les murs d’Éric Coatalem, Le Printemps, des Saisons Julienne (1710). Son confrère, Didier Aaron, accroche un Paysage arcadien avec un temple, de Pierre Patel (1604-1676), passé en vente chez Sotheby’s en 2009. Quant à Jean-François Heim (Paris), il dévoile son stupéfiant portrait de Mardochée d’Anne-Louis Girodet, peint dans les années 1790.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Le temple des tableaux anciens

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