Lundi 10 décembre 2018

Russie-Allemagne

Le parlement russe veut empêcher toute restitution

Les grands musées russes prépareraient des expositions des \"trésors secrets\"

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1994 - 738 mots

Le parlement russe veut mettre un coup d’arrêt à toute restitution de biens culturels et d’œuvres d’art pris à l’Allemagne en 1945 et gardés depuis, dans le plus grand secret, dans l’ex-Union Soviétique. De leur côté, les grands musées russes envisagent d’organiser des expositions de ces \"trésors secrets\".

MOSCOU - À la suite d’un débat, le 20 juin, le Parlement a adopté un texte intitulé "du statut juridique et de la conservation des œuvres d’art transférées", qui recommande au "Président de la Fédération de Russie d’utiliser sa haute autorité pour arrêter la restitution des biens culturels transférés en URSS à la suite de la Seconde Guerre mondiale".

Le texte recommande également à l’Assemblée Fédérale de la Fédération de Russie "la préparation et l’adoption d’une loi réglementant les rapports de droit qui naissent au sujet des biens culturels transférés pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui se trouvent sur le territoire de la Russie". Les négociations germano-russes sur cette épineuse question se sont poursuivies le 20 septembre.

Les grands musées russes, le Pouchkine à Moscou et l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, projettent d’organiser une série d’expositions de ces "trésors secrets". Ainsi l’Ermitage organiserait une exposition, pour la fin de 1994, d’impressionnistes et post-impressionnistes (en provenance, vraisemblablement, de collections hongroises passées par l’Allemagne).

Le Trésor de Schliemann
Le Musée Pouchkine prévoit l’exposition du Trésor de Schliemann, dit "Trésor de Priam", avant la fin de 1995 ou le début de 1996.

L’exposition des dessins de la collection Konigs, prise par les Allemands aux Pays-Bas, puis transférée de Berlin à Moscou par les Soviétiques – les Hollandais ont engagé d’énergiques demandes en vue de sa restitution –, est prévue pour le printemps 1995, mais il n’est pas certain que la date soit respectée.

Selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, le Musée Pouchkine organisera à l’automne une exposition de Greco, Goya, Daumier – dont les Blanchisseuses et l’Insurrection  –, deux tableaux recherchés depuis longtemps par Interpol.

Mais le ministère de la Culture de Russie n’a toujours pas donné le feu vert à cette exposition, pas plus qu’à celle de l’Ermitage.

Les recommandations des parlementaires
Les recommandations adoptées par les parlementaires russes se résument à ceci : dans un historique du processus de restitution des biens culturels, les parlementaires rappellent notamment que l’Allemagne, après avoir renoncé officiellement à toute prétention envers les Alliés en vertu de l’Acte de capitulation sans condition, exige maintenant leur restitution. "L’Allemagne et plusieurs pays d’Europe exigent avec insistance la restitution aux anciens propriétaires des biens culturels conservés dans les réserves des musées, les bibliothèques et les archives que la Russie a reçus en dédommagement du préjudice subi pendant la guerre", sans garantir la restitution "des biens culturels russes, tout ce qui a été saisi sur ses territoires occupés pendant la Seconde Guerre mondiale."

"La commission gouvernementale de restitution des biens culturels, créée le 23 juin 1993, a orienté son activité, non pas dans le sens de la restitution par l’Allemagne des biens culturels russes, mais principalement de la restitution unilatérale de la Russie à la partie allemande (...) ".

La Russie était ainsi en passe de perdre des "collections artistiques aussi remarquables que la collection Konigs et le fonds archéologique, dit Trésor de Schliemann."

(...) "Après deux ans de travaux, la Commission gouvernementale n’a toujours pas élaboré de solution juridique du statut des biens culturels transférés, qui défendrait les intérêts de la Russie et son prestige international. La Commission n’a obtenu la restitution à la Russie d’aucune collection ni d’aucun objet d’art saisis durant les années d’occupation allemande de la Russie pendant la guerre. De plus, des œuvres d’art provenant des collections de biens culturels transférés ont été offertes indûment à des personnalités étrangères, alors qu’elles faisaient partie du patrimoine national."

"Les responsables des musées russes souhaitaient pouvoir sortir des réserves ces œuvres, qui n’ont pas été exposées depuis 50 ans. Le ministère de la Culture projetterait d’affecter un bâtiment pour regrouper ces œuvres d’art. Mais dans ce domaine, des intérêts tant politiques que financiers se heurtent incontestablement."

Les parlementaires recommandent au gouvernement de la Fédération de Russie "de stopper toute restitution à des États étrangers ou à des personnes privées de biens culturels transférés en Russie à la suite de la Seconde Guerre mondiale avant l’adoption de la loi fédérale sur cette question", et (...) "orienter l’activité de la Commission vers la recherche et la restitution des objets provenant des archives, des musées et des bibliothèques emmenés hors de Russie à l’époque."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°7 du 1 octobre 1994, avec le titre suivant : Le parlement russe veut empêcher toute restitution

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