Dimanche 25 février 2018

Le Musée des arts et métiers rouvre enfin

Une nef vouée au culte du progrès

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2008

Dernier des grands travaux de François Mitterrand, le Musée national des arts et métiers rouvre ses portes, après six ans de rénovation, sur une muséographie modernisée, soigneuse de la patine et de l’atmosphère du lieu. Retardée par des fouilles archéologiques, elle a permis une redistribution des espaces et la mise en place d’un parcours s’achevant sur la chapelle.

PARIS - “Je viens vous présenter les moyens de perfectionner l’industrie nationale”, déclarait en 1794 l’abbé Grégoire à la Convention, lors de son discours sur la création d’un Conservatoire des arts et métiers réunissant “les instruments et les modèles de tous les arts, dont l’objet est de nourrir, vêtir et loger”. Deux siècles plus tard, le musée ne nourrit plus pareille ambition. Lieu d’enseignement au XIXe siècle, il a progressivement perdu son rôle éducatif, et les rails qui accompagnent encore le visiteur  ne servent plus depuis longtemps à acheminer les collections dans les salles de cours. Laissé en déshérence par le ministère de l’Éducation nationale, à l’instar du Muséum d’histoire naturelle, il avait fini en 1989, dans le cadre des grands travaux du président Mitterrand, par obtenir les 350 millions nécessaires à sa rénovation. En 1996, l’inauguration de réserves à Saint-Denis (lire l’encadré), propres à abriter ses 80 000 objets et 15 000 documents avait auguré de sa modernisation. Remporté en 1992 par l’architecte italien Andrea Bruno, responsable du réaménagement à Turin du Castello di Rivoli en Musée d’art contemporain, le projet architectural a dû être en partie repensé un an plus tard, lorsque que l’ensemble du site, développé à partir de 1938 par Léon Vaudoyer à côté de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs, a été classé. Partagé avec le Conservatoire national des arts et métiers, le bâtiment offre aujourd’hui 10 000 m2 pour l’exposition d’environ 1 500 objets du XVIIIe siècle à nos jours, répartis en sept sections. Largement simplifié, le parcours en comptait autrefois 8 000 sur une surface équivalente.

Débutant dans le grenier avec les “instruments scientifiques”, la visite se poursuit avec “les matériaux”, “la construction”, “la communication”, “l’énergie”, “la mécanique” et les “transports” au rez-de-chaussée. Chaque chapitre est développé chronologiquement, rythmé par des écrans vidéos où est expliqué le fonctionnement de pièces phares, tel l’atelier de Lavoisier. Ainsi, le long couloir consacré à la communication place l’imprimerie et les stylos face au développement du phonogramme, du cinéma, avant de s’achever sur les satellites.

Patine et écrans vidéos
La conservation des poutres du grenier, des parquets et autres vitrines en verre soufflé confère à l’ensemble une patine inhabituelle dans un musée rénové, mais judicieusement employée dans ce contexte. Noyau historique, l’église, commencée au XIIe siècle et sur laquelle sont intervenus François Mansart au XVIIe siècle, puis Vaudoyer, a été restaurée dans son état du XIXe siècle par Bernard Fonquernie, architecte en chef des Monuments historiques. Mise au jour par les travaux, une sépulture mérovingienne a entraîné des fouilles archéologiques pendant deux ans, retardant d’autant la réouverture prévue en 1998.

Deux siècles plus tôt, le choix de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs pour abriter les machines à tisser et le tour en fer de Vaucanson, les cabinets de physique du siècle des Lumières ou encore le fardier de Cugnot, avait provoqué l’étrange rencontre de la science et de l’architecture ecclésiastique dans une nef désormais vouée au culte du progrès. Profitant du contraste, l’architecte François Deslaugiers y a installé une rampe futuriste qui s’enroule autour d’une maquette de la Statue de la Liberté avant d’accéder à un échafaudage de véhicules, résumé de cent ans de moteurs, de l’avion de Blériot suspendu sous les voûtes au réacteur d’Ariane. Tout en renforçant sa lisibilité et en le mettant aux normes muséographiques actuelles, le réaménagement a réussi à conserver l’imaginaire fantasmatique du lieu, point de départ du Pendule de Foucault d’Umberto Eco : “On entre et on se trouve ébloui par cette conjuration qui réunit l’univers supérieur des ogives célestes et le monde chtonien des dévoreurs d’huile minérale”.

- Musée national des arts et métiers, Conservatoire national des arts et métiers, 60 rue Réaumur, 75003 Paris, tél. 01 40 27 23 31, Internet : www.cnam.fr. Réouverture prévue courant mars, tlj sauf lundi et jf 10h-18h, jeudi 10h-21h30. Catalogue RMN, 128 p., 150 F. ISBN 2-7118-3779-3.

Des réserves et un métro

Rédigé en 1989 par Pierre Piganiol, le rapport préliminaire à la rénovation du Musée des arts et métiers plaçait la création de réserves extérieures parmi les priorités du chantier. Construit par François Deslaugiers et inauguré en 1994 à Saint-Denis (93), le parallélépipède long de 80 m de longueur, large de 20 m et d’une surface de 7 400 m2, abrite sous son fuselage en acier des lieux de stockage, des ateliers de restauration, mais aussi des salles de consultation accessibles aux chercheurs. Source d’inspiration pour Umberto Eco ou Julien Green, le Musée des arts et métiers a également trouvé en Benoît Peeters et François Schuiten, auteurs de la bande dessinée La fièvre d’Urbicande, des amateurs inconditionnels. Ce dernier a même conçu en 1994 la station de métro Arts et Métiers adjacente au musée, transformant le lieu en Nautilus souterrain, improbable “lieu de passage vers les Cités obscures�? (www.urbicande.be).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°100 du 3 mars 2000, avec le titre suivant : Le Musée des arts et métiers rouvre enfin

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