Art contemporain

Le Magasin retrouve un toit

Par Christophe Domino · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2006

Le centre d’art de Grenoble a rénové sa verrière. Mais la baisse de ses crédits le fragilise dans ses missions, et pose la question de l’avenir de semblables institutions chargées de diffuser la création actuelle.

GRENOBLE - À l’heure où les centres d’art concentrent questions et réflexions sur leur nature ou leur identité institutionnelle et fonctionnelle, l’un d’entre eux, et des plus historiques, rouvre ses portes au public : Le Magasin, installé depuis 1986 à Grenoble (Isère). Cette réouverture est un événement pour ceux qui ont pu craindre que le peu d’empressement marqué un temps par les tutelles (en particulier locales) pour assurer l’entretien du bâtiment risquait de conduire à sa disparition. Car cette énorme halle – construite à Paris pour l’Exposition universelle de 1900, réimplantée à Grenoble pour un usage industriel, puis comme entrepôt, et devenue propriété municipale – prenait sérieusement l’eau, au point d’y rendre impossible la tenue d’expositions. Les travaux de réfection des 1 600 m2 de verrière permettent de rendre à nouveau au public ses 3 000 m2, avec la Rue – nef longue de soixante-dix mètres, sous vingt mètres de plafond, que Buren, avant bien d’autres, a occupé dès 1986 –, et diverses salles d’exposition, de projection, la librairie…
Son directeur, Yves Aupetitallot, aura dix ans de maison à la réouverture, le 21 janvier. Il est bien sûr ravi de reprendre une programmation. Celle-ci s’ouvrira avec une installation du Britannique Michael Craig-Martin (un papier peint porteur d’objets banals tracés au trait dans un univers monochrome
dégradé et flashy) ; avec, en parallèle, l’exposition « Cinéma », qui dessine le lien entre le cinéma d’intervention sociale, pionnier de son genre à Grenoble et dans l’histoire de la vidéo, et l’usage du paradigme cinématographique, tel qu’il est réinvesti par des artistes comme Philippe Parreno, Philippe Perrin ou Christelle Lheureux, tous formés… à Grenoble.

Érosion considérable
Mais, s’il y a tout lieu de se satisfaire de cette réouverture, elle ne doit pas pour autant masquer les questions qui se posent à une semblable institution pour l’avenir proche – que son statut national ne suffit pas à épargner. Questions partagées et débattues, justement, puisque ces journées d’ouverture verront aussi se tenir, après des premiers débats à Villeurbanne, la suite des Rencontres nationales des centres d’art 2006, organisées par l’Association des directeurs de centres d’art (DCA) et soutenues, en particulier, par la délégation aux Arts plastiques. Questions posées, bien sûr à la proportion de chaque centre, de leurs besoins et de leurs ambitions. Mais questions globales, qu’un centre pionnier et d’envergure comme Le Magasin concentre : la perte de moyens et de la transformation des engagements publics. Car Le Magasin n’a fait là qu’un entretien minimal. Qu’en sera-t-il de l’adaptation du lieu d’ici deux à trois ans, nécessaire ajustement de l’endroit aux pratiques artistiques ? Et même, qu’en sera-t-il, à terme, du financement général, qui, s’il dépasse un petit peu le million d’euros annuels (tout compris : taxes, masse salariale, fonctionnement), a été réduit de 27 % depuis 1990 ? La part consacrée à ce qui doit demeurer le cœur d’activité, comme le réaffirme Yves Aupetitallot (travail avec les artistes, expositions et publications…) a baissé de moitié depuis 1990 : cette érosion est considérable. Au Magasin (l’un des centres d’art les mieux dotés, c’est-à-dire les moins pauvres) comme ailleurs, les perspectives tournent à l’asphyxie, pendant que les éléments d’évaluation d’impact demeurent inadaptés, fondés sur la seule quantification des visiteurs. Devant le peu d’options offertes par les financements privés en France (lire notre dossier sur le mécénat, p. 15 à 20), la responsabilité des financeurs publics est énorme. Nos politiques le savent-ils assez ? Tout beau, tout nouveau qu’il est, Le Magasin est, aussi, fragile.

MICHAEL GRAIG-MARTIN, jusqu’au 3 septembre, et CINÉMA, jusqu’au 7 mai, Le Magasin-Centre national d’art contemporain, 155, cours Berriat, 38000 Grenoble, tél. 04 76 21 95 84, tlj sauf lundi, 14h-19h. Réouverture au public le 21 janvier (accès gratuit le 22 janvier). Le site Internet rénové du Magasin, www.magasin-cnac.org, a été conçu par Claude Closky. Un livre sur les vingt ans du Magasin paraît aux éditions JPR Ringier, Zurich, 2005, 250 p., 60 euros.

Rencontres nationales des centres d’art 2006, le 19 janvier à Villeurbanne, université Lyon-I (avec l’Institut d’art contemporain), et les 20 et 21 janvier à Grenoble, université Grenoble-III ; rens. www.centresdart2006.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°228 du 6 janvier 2006, avec le titre suivant : Le Magasin retrouve un toit

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