Dimanche 16 décembre 2018

Art contemporain

Le Louvre renoue avec les commandes

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 2 août 2007 - 846 mots

Plus de cinquante ans après le plafond de Georges Braque, le musée parisien parvient enfin à relancer la commande de décors pérennes.

PARIS - Après avoir ouvert ses portes à la création contemporaine dans le cadre d’expositions temporaires, le Musée du Louvre, à Paris, renoue enfin avec la commande passée à des artistes vivants, « tradition bicentenaire inaugurée par l’intervention de Delacroix dans la galerie d’Apollon », rappelle Henri Loyrette, président-directeur de l’institution. En octobre 2007, le public pourra ainsi découvrir une peinture monumentale de l’Allemand Anselm Kiefer – ancien élève de Joseph Beuys décidément très sollicité par les institutions françaises – dans la cage de l’escalier nord de la Colonnade du palais, à proximité des salles d’antiquités égyptiennes. Cette œuvre, dont le coût est estimé à 450 000 euros, sera entièrement financée par le mécénat des assurances AGF. Trois autres commandes, elles aussi payées exclusivement grâce au mécénat, viendront par la suite orner l’escalier sud de la Colonnade (Luciano Fabro, estimation : 450 000 euros), les verrières de l’escalier Lefuel (François Morellet, estimation : 600 000 euros) et le plafond de la salle des bronzes (Cy Twombly, est. : 600 000 euros). Cette dernière salle, située à proximité immédiate de la salle Henri II où Georges Braque avait peint ses célèbres Oiseaux en 1953, se verra donc enfin dotée d’un décor, après une succession d’échecs. En 1985, Claude Mollard, premier délégué aux Arts plastiques et « inventeur » de la commande publique, avait en effet déjà approché Simon Hantaï, Jean-Paul Riopelle ou encore Erró pour livrer une composition destinée au plafond de cette salle. Une seule maquette, intitulée Soleil Peinture, avait finalement été réalisée par Gérard Fromanger, avant d’être refusée, en 1989, pour « incompatibilité avec les collections ». L’opposition des conservateurs avait alors eu raison de cette entreprise audacieuse.

« Décadence artistique »
L’histoire des rapports du Louvre avec l’art contemporain est en effet ponctuée d’une succession de rendez-vous manqués. En 1965, le ministre de la Culture André Malraux formait déjà un projet pour un escalier de l’aile de Flore – alors intégrée au circuit du musée –, à l’égal des commandes pour les plafonds de l’opéra Garnier et du théâtre de l’Odéon. Les noms de Pol Bury et de Victor Vasarely – artistes qui étaient peu du goût de Malraux – furent alors avancés dans la presse, mais le projet resta dans les cartons. Vingt ans plus tard, alors que s’engagent les travaux du Grand Louvre, les idées de commandes publiques se multiplient. En 1984, un concours de sculpture est lancé pour combler les niches vides des façades de la rue de Rivoli. Le thème iconographique quelque peu éculé – les généraux français ! – et la faiblesse des propositions motiveront le refus du Centre national des arts plastiques, en charge du dossier. Viendront ensuite les propositions de Claude Mollard, qui, outre le projet pour la salle des bronzes, avait envisagé une collaboration avec Sam Francis (décor d’un plafond du département des Objets d’art) et Martial Raysse. Ce dernier se proposait de peindre des cartouches sur les lambris de la galerie d’Apollon, au grand dam des conservateurs ! Plusieurs camouflets se sont ensuite succédé avant l’achèvement du Grand Louvre. Jean Tinguely et Eduardo Chillida, chargés d’esquisser un projet de sculpture destiné à marquer l’entrée du musée, ne parviennent pas à convaincre, en dépit de l’énergie de Michel Laclotte, directeur du musée acquis à la cause de l’art contemporain. N’est-ce pas ce même Michel Laclotte qui, en avril 1971, alors qu’il n’était encore que conservateur, accrochait un Robert Rauschenberg à côté du Bain turc d’Ingres dans le cadre d’une exposition-dossier ?
En s’ouvrant à nouveau à l’art de son temps, le Musée du Louvre ne fait donc que poursuivre un travail déjà engagé de longue date, mais longtemps vitupéré par les partisans du strict respect des statuts du musée (présenter des œuvres antérieures à 1850). En 1953, l’installation du plafond de Georges Braque avait provoqué un flot de lettres d’indignation. « Si l’on tient absolument à laisser pour nos descendants des marques de notre décadence artistique, il me semble que le Musée d’art moderne représente assez bien notre temps pour ne pas souffrir de l’adjonction de plafonds dans le genre de celui dont on vient de punir notre Louvre », écrivait alors un visiteur du musée. Cette époque semble enfin révolue.

Contrepoint : 3e et dernière !

Lancée en novembre 2004 par la conservatrice Marie-Laure Bernadac, la série d’expositions « Contrepoint » s’achève avec une présentation dans le cadre des salles de sculpture, dans les cours Marly et Puget, mais aussi dans la cour Khorsabad et les salles de sculpture allemande. Onze artistes ont ainsi été invités à se confronter aux collections du musée : Élisabeth Ballet, Richard Deacon, Luciano Fabro, Gloria Friedmann, Anish Kapoor, Robert Morris, Claudio Parmiggiani, Didier Trenet, Michel Verjux, Jacques Vieille et Giuseppe Penone. Ce dernier est le seul à ne pas avoir produit d’œuvre spécifique. « Contrepoint », parcours dans les collections permanentes du Musée du Louvre, jusqu’au 25 juin, tlj sauf mardi 9-18h, jusqu’à 22h les mercredi et vendredi.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°257 du 13 avril 2007, avec le titre suivant : Le Louvre renoue avec les commandes

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