Mercredi 14 novembre 2018

Le fantôme de l’Opéra

Le palais Garnier accueille un ballet inspiré de Degas

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 2 mai 2003 - 540 mots

Quatre-vingt-sept ans après la mort d’Édouard Degas, l’Opéra de Paris rend hommage à l’œuvre de son plus fervent observateur. Née des nombreux travaux de recherches de Martine Kahane, directrice du service culturel à l’Opéra et historienne de la danse, le ballet La Petite Danseuse de Degas retrace la vie du petit rat et modèle de l’artiste Marie van Goethem. Si la chorégraphie manque de relief et la musique est hors sujet, le délice de découvrir les personnages du peintre reprendre vie sur les lieux mêmes où ils brillèrent reste entier.

PARIS - Inspirée par les recherches de l’historienne et directrice du service culturel de l’Opéra de Paris, Martine Kahane (1), Brigitte Lefèvre, directrice de la danse dans ce même établissement, a eu l’idée d’un ballet évoquant la vie de Marie van Goethem. Cette dernière fut le modèle d’Édouard Degas pour la fameuse sculpture de la Petite Danseuse de quatorze ans (1881), dont le naturalisme fit scandale. Martine Kahane, à qui l’on doit les expositions fort documentées de l’“Ouverture du nouvel Opéra” en 1986-1987, le “Foyer de la danse” en 1988, et “Nijinsky” en 2000-2001 au Musée d’Orsay, a formidablement transmis ses connaissances au chorégraphe Patrice Bart pour la réalisation de La Petite Danseuse de Degas. L’occasion rêvée pour la salle de l’Opéra Garnier de remonter le temps et d’accueillir à nouveau les danseuses aux lourds jupons et larges nœuds colorés qui ont fait sa gloire. Les tableaux se succèdent pour revisiter les salles de classe, l’atelier de l’artiste et le fameux bal de l’Opéra, tandis que les décors offrent de subtiles variations sur les thématiques de Degas : éventails et escaliers sans oublier la fameuse vitrine où la sculpture en cire, nature morte si vivante, fut présentée pour la première fois au public. Les danseuses alternent moments de grâce et attitudes calquées sur les études du peintre – bâillements et étirements que l’on retrouve également dans la scène inspirée de la série des “Lavandières”. Les silhouettes noires des abonnés rôdent et séduisent, tandis que les mères, ambitieuses et exigentes, lisent le journal lorsqu’elles n’imposent pas à leurs filles une surveillance rapprochée. La destinée tragique de Marie, qui finit par voler et se prostituer, est hantée par le personnage de l’homme en noir, à la fois artiste et destin, qui l’immortalisera dans son atelier. Malheureusement, la musique aux sonorités jazz et contemporaines, commandée à Denis Levaillant, est en complet décalage avec l’univers théâtral du XIXe siècle. Malgré un ensemble morose parfois dénué d’émotion, la mise en scène est dense, et ce spectacle dépasse la simple reconstitution anecdotique. Un travail de précision allié au souci du détail témoignent de la fidélité artistique de Martine Kahane. Mais l’œuvre de Degas n’était pas dépourvue d’humour, particulièrement quand il s’agit des manigances amoureuses des danseuses, qui, à l’époque, cherchaient parmi les abonnés un homme susceptible de les entretenir. La vision populaire de La Famille Cardinal, de Ludovic Halévy, illustrée par Degas, était teintée d’une certaine légèreté dont La Petite Danseuse de Degas manque cruellement.

(1) Lire 48/14, La Revue du Musée d’Orsay, automne 1998, no 7.

LA PETITE DANSEUSE DE DEGAS

Jusqu’au 9 mai, Opéra Garnier, chorégraphie de Patrice Bart, musique originale de Denis Levaillant. Réservations au 0 892 89 90 90 (0,337 euros la minute).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°170 du 2 mai 2003, avec le titre suivant : Le fantôme de l’Opéra

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