Samedi 15 décembre 2018

Le design sort le grand jeu

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 1001 mots

Introduit à Tefaf depuis 2009, le design, dont les représentants sont essentiellement européens, ne cesse d’élever son niveau.

Bien du chemin a été parcouru depuis l’introduction du design à Tefaf. Si la galerie Downtown a fait partie des pionniers en s’installant au sein de la foire dès 2006, la section design n’a véritablement été créée qu’en 2009. « Ce secteur ne demande qu’à se développer à Tefaf et nous touchons là à une préoccupation centrale : le lien entre les arts et les arts déco devient de plus en plus évident aux yeux de tous », explique François Laffanour. Dix galeries sont présentes cette année, en provenance des États-Unis et d’Europe, la France étant particulièrement représentée avec trois galeries. « La France est le pourvoyeur principal pour ce qui est des arts décoratifs au XXe siècle », précise le galeriste de Downtown. Sont introduits cette année dans cette « cour des grands » : Jason Jacques, galerie new-yorkaise spécialisée dans la céramique, l’Anglais Didier Ltd. qui se consacre aux bijoux et la galerie danoise Dansk qui est centrée sur le mobilier scandinave.

Les galeries françaises jouent la diversité
Le stand ouvert à la façon d’un loft, la galerie Downtown, trentenaire depuis peu, se partage entre les grands noms du design qu’elle a contribué à faire connaître – notamment Charlotte Perriand, Serge Mouille ou Jean Prouvé – et des figures moins familières du public international. Parmi elles, Carlo Mollino, personnage majeur du design italien des années 1950, dont sont présentées trois pièces : un lustre monumental de 8 mètres de long, un meuble monté sur miroirs et une porte taillée dans du marbre, à la modernité d’un Ettore Sottsass. De Vassilakis Takis sont montrées des sculptures, et notamment la Télésculpture de 1960, faite de fer, fils de nylon et aimant. Un prototype de Serge Mouille datant de 1954 pour une lampe trépied est également de la partie, aux côtés de deux grandes bibliothèques et d’une table à six pans de Charlotte Perriand. Toujours chez les galeries françaises, l’Arc en Seine opte pour quatre créateurs qu’elle promeut depuis toujours. « Pour nous, cette édition est l’année des matières : parchemin, cuir Hermès, galuchat, plâtre… », indique le fondateur Rafael Ortiz. Jean-Michel Franck est représenté notamment à travers un ensemble composé d’un bureau et d’une chaise Art déco, tous deux gainés de galuchat blanc, et une paire de cabinets recouverts de parchemin. Une paire de lampadaire en patine dorée Pomme de pin de Giacometti est également proposée, le tout sur un très grand stand « permettant aux objets de respirer ». Éric Philippe propose quant à lui le « reflet des différentes nationalités proposées à la galerie : américaine et scandinave ». Ainsi, un ensemble de Frank Lloyd Wright composé d’une table ronde en acajou gris, cerclée de métal et de six chaises cohabite avec un lampadaire du norvégien Jacob Pritz et une paire de fauteuils en lucite de Grosfeld House.

Des pièces historiques dignes de grands musées
Sur le stand de la galerie Dansk, le danois Kaare Klint, précurseur de l’époque moderniste, est mis à l’honneur avec l’Easy chair de 1935 – « pièce maîtresse destinée à l’époque au futur roi du Danemark » – explique la galeriste et la paire de « Mix » Chair de 1931. La pièce de choix d’Yves Macaux, spécialiste de la Sécession viennoise, est sans conteste la table de jeux de Joseph Hoffmann et Carl Otto Czeschka en chêne noirci et cérusé incrusté de bois sculpté et doré, faite pour Karl Wittgenstein. « Les deux autres éditions de ce meuble édité en trois exemplaires ont le statut de trésor national en Autriche », précise la galerie. De son côté, Sebastian Barquet a choisi de plonger le visiteur dans l’œuvre de George Nakashima en recréant le Conoid Studio, et présente entre autres une table à café de 1984, quatre Conoid Chairs de 1970, et le lampadaire Kent Hall de 1990. Quant au joaillier Didier Ltd, il apporte un collier en or de l’artiste surréaliste Meret Oppenheim, inspiré d’un tableau peint pour Max Ernst, et un bracelet en bois et or de Louise Nevelson. Sur le stand de Bel étage, on remarque un lustre et des ensembles d’argenterie de Dagobert Peche tandis qu’Ulrich Fiedler met en exergue une tapisserie Bauhaus de Gunta Stölzi et la Table lamp de Gerrit Thomas Rietveld datant de 1925. L’excellence a décidément de beaux représentants.

L’art contemporain gagne du terrain

La présence de l’art contemporain s’affirme depuis sa très timide introduction en 1991 aux côtés de l’art moderne, et particulièrement depuis ces trois dernières années. Preuve en est, la présence de Mary Poppins, créée en 2010 par Joana Vasconcelos et présentée l’an dernier au château de Versailles : installé dans l’entrée de la foire, le monumental corps tentaculaire fait de tissus et objets préexistants donne le ton. Plus loin, dans les allées consacrées à l’art moderne, le bal continue. Chez Gagosian, le Pluto and Proserpina de Jeff Koons (2010) impose encore une présence tout aussi dérangeante. La galerie bruxelloise Odermatt-Vedovi, présente Abstraktes Bild 780-04 daté et signé de 1992 : fait de larges raclages horizontaux contrecarrés par d’autres, plus étroits et verticaux, le tableau haut en couleur est caractéristique de la série du même nom. Sur le stand de la galerie bâloise Von Bartha, sont présentées deux pièces de Beat Zoderer datant de 2012 : Concrete Cast No.3, et Quadratur des Kreises No.5, jeu sur la forme et la matière, l’ordre et le chaos. Celestina’s House, grand pastel sur papier de Paula Rego (200 x 240 cm) est à voir chez Marlborough Fine Art. Le marchand londonien Adrian Sassoon montre quant à lui Uncontrollable Beauty ; Lichen Cloud de l’artiste japonaise Junko Mori dont le travail du métal étonne comme de coutume. Lentement mais sûrement, l’art contemporain gagne du terrain à Tefaf.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Le design sort le grand jeu

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