Lundi 10 décembre 2018

Saint-Savin

Le centre d’art mural décapité

Le Journal des Arts

Le 5 décembre 2003 - 594 mots

Déficitaire depuis 2001, le Centre international d’art mural (CIAM) est menacé de disparition. Son personnel a été licencié.

 SAINT-SAVIN-SUR-GARTEMPE (Vienne) - Œuvrant depuis quatorze ans à la renommée de l’abbaye de Saint-Savin (classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1983) et à la connaissance de l’art de la fresque, le Centre international d’art mural (CIAM) est menacé de disparition. Ses sept employés ont été licenciés en octobre. Pour ces salariés, dont l’ancienneté était en moyenne de onze ans, l’incompréhension est à la mesure du caractère drastique de la décision.
Installée dans l’abbaye, qui conserve le plus grand ensemble de peintures murales romanes en France, cette association loi 1901 a été créée par l’État, la Région Poitou-Charentes, le département de la Vienne et les communes de Saint-Savin et de Saint-Germain, pour donner une vocation culturelle aux bâtiments abbatiaux (à l’époque inoccupés) et dynamiser le tourisme dans la région. En plus de la gestion de la billetterie et des visites guidées, le CIAM avait pour missions la sensibilisation du public à l’art de la fresque par le biais d’expositions, la formation de professionnels (séminaires internationaux, stages), la recherche et le conseil (deux actions assurées par le centre de ressources du CIAM), l’aide à la création contemporaine (des artistes étaient régulièrement invités à réaliser une œuvre murale dans l’abbaye), et enfin l’édition d’ouvrages spécialisés et de catalogues d’exposition.
« Les recettes issues de la librairie-boutique, de la billetterie et de la formation nous permettaient de nous autofinancer à hauteur de 60 %. Le reste de nos ressources était issu de subventions publiques », déclare la directrice du Centre, Sylviane Van de Moortele, elle aussi licenciée après dix ans de services. Mais cet équilibre financier bascule en 2001, lorsque est créée dans l’abbaye un « parcours d’interprétation » des peintures murales. Censé offrir au plus grand nombre les clefs de compréhension des représentations de Saint-Savin, et conçu pour attirer sur ce site un plus large public, cet équipement muséographique permanent (maquettes, écrans tactiles, vidéos, bornes interactives) représentait un investissement de 1,9 million d’euros ! Trop lourd pour la municipalité de Saint-Savin, propriétaire de l’abbaye, celui-ci a été financé par la communauté de communes du Montmorillonnais (CCM). En contrepartie, la CCM s’est vue confier par la Ville la gestion provisoire des billets d’entrée pour l’église romane, des visites guidées et de la librairie-boutique. « Mais de provisoire, cette solution s’est pérennisée, nous privant de l’essentiel de nos ressources propres », dénonce Sylviane Van de Moortele, qui déplore que la CCM n’ait pas eu recours au personnel du CIAM pour assurer cette régie touristique (une nouvelle équipe a été mise en place), et qu’une structure de gestion unique n’ait jamais vu le jour. « Trop coûteuses, les missions qui faisaient la spécificité du CIAM ne seront probablement pas reconduites, au profit d’une gestion purement touristique. Cette affaire illustre l’incompétence culturelle des élus de petites communes, qui n’ont vu que la dimension territoriale du site de Saint-Savin, pourtant de portée nationale et internationale ». Toujours selon la directrice, ce gâchis est aussi le résultat de conflits personnels et politiques. « Nous sommes dans l’ancienne région de Jean-Pierre Raffarin, le président de la CCM est UMP, et le maire de Saint-Savin, qui est par ailleurs président du CIAM, est communiste. » Son dernier recours consiste en une pétition en faveur du sauvetage du Centre. Adressée à des scientifiques et à des professionnels du patrimoine en France et à l’étranger, celle-ci a recueilli à ce jour quelque 1800 signatures, et devrait être prochainement communiquée à Jean-Pierre Raffarin et à Jean-Jacques Aillagon.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°182 du 5 décembre 2003, avec le titre suivant : Le centre d’art mural décapité

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